mercredi 5 juin 2019

Les facteurs de risque cardiovasculaire se valent-ils tous chez les diabétiques de type 1 ?

Auteur : 
Louis Potier
Date Publication : 
Mai 2019
 
Article du mois en accès libre
 
Rawshani A, et al. Relative Prognostic Importance and Optimal Levels of Risk Factors for Mortality and Cardiovascular Outcomes in Type 1 Diabetes Mellitus. Circulation. 2019;139:1900–1912. doi: 10.1161/CIRCULATIONAHA.118.037454

 

Il est maintenant bien démontré que le risque cardiovasculaire des patients diabétiques de type 1 (DT1) est augmenté, et que cette augmentation est associée à une diminution importante de l’espérance de vie (plus de 10 ans pour un diabète débutant dans l’enfance) [1,2]. Cependant, même si le rôle de l’hyperglycémie est majeur dans ce sur-risque et que le DCCT a montré qu’un contrôle glycémique intensif permettait de réduire ce risque [3], le poids relatif des autres facteurs de risque cardiovasculaire (FDRCV) a été peu étudié. De même, les cibles optimales associées à un meilleur pronostic cardiovasculaire sont souvent dérivées des études chez le DT2 donc pas forcément adaptées à une population bien différente sur beaucoup d’aspects. Les auteurs de l’étude présentée ici (une équipe suédoise exploitant les données de leurs formidables registres nationaux) avaient déjà montré qu’un contrôle global des FDRCV était associé à un risque CV moins élevé [2]. Ici, ils ont élargi leur recherche en étudiant l’association de 17 FDRCV (ou plutôt marqueur du risque CV incluant des paramètres cliniques, biologiques mais aussi le niveau de revenus, d’éducation, d’activité physique) avec l’incidence de la mortalité et des événements cardiovasculaires au sein des registres nationaux suédois. De plus, le niveau optimal de certains de ces facteurs associés à un moindre risque a également été évalué.
Les données utilisées dans cette étude proviennent du registre Swedish National Diabetes Register qui inclut des informations sur les facteurs de risque, les traitements et les complications du diabète de plus de 95% des patients avec DT1 ou DT2 vivant en Suède. Ont été inclus les individus du registre avec un DT1 (entre 1998 et 2012) et sans antécédent cardiovasculaire, insuffisance rénale chronique ou amputation. Les critères de jugement étaient le décès, les infarctus du myocarde (IDM) et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) fatals et non fatals, et les hospitalisations pour insuffisance cardiaque. Les analyses statistiques avaient pour objectifs d’évaluer la contribution et l’importance relative de chaque FDRCV dans la survenue d’évènements CV. Plusieurs modèles statistiques complexes ont été utilisés notamment l’utilisation de modèles de « machine learning » permettant d’améliorer l’efficacité et la fiabilité des corrélations. Enfin, l’association entre le niveau d’HbA1C, de LDL-c et de pression artérielle systolique (PAS) avec les événements CV a été analysée en prenant comme références les cibles recommandées pour chaque variable.
Au total 32 611 individus ont été inclus dont 9 465 avec des données pour l’ensemble des 17 FDRCV. L’âge moyen à l’entrée était de 33,1±13,1 ans, 46% étaient des femmes, la durée moyenne de diabète était de 18±13 ans, l’HbA1c de 8,2±3,6% et la grande majorité n’avait pas d’albuminurie (84%). Le suivi médian était de 10,4 ans durant lequel 1 809 décès (5,5%) ont été enregistrés. Les analyses montrent que l’âge est le facteur prédicteur le plus important du risque de mortalité mais également des autres types d’événements. De même, tous les FDRCV incluant un paramètre temporel (âge, durée de diabète, âge au diagnostic) avaient un importance relative forte dans la survenue des évènements. Au-delà de ces critères liés à l’âge, l’HbA1c surtout, mais aussi l’albuminurie étaient les plus importants prédicteurs du risque de mortalité. Ainsi, chaque augmentation de 3 points d’HbA1c était associée à un risque de décès augmenté de 22%. D’autres facteurs moins traditionnels ressortent de ces analyses. Ainsi, le niveau de rémunération et d’éducation est un facteur prédicteur important de mortalité, un peu moins pour les autres types d’événements. Pour les AVC, l’activité physique et surtout la PAS ressortaient en bonne place par rapport aux autres événements (risque augmenté de 16% pour une augmentation de 10 mmHg). De même, pour l’insuffisance cardiaque, les facteurs prédicteurs importants étaient principalement ceux liés à la néphropathie diabétique (albuminurie et débit de filtration glomérulaire (DFG)). Il est à noter que la part et le niveau de chaque facteur était variable selon le type d’analyse effectuée. Les auteurs ont donc moyenné la contribution de chaque facteur en prenant en compte chaque type d’analyse (en excluant l’âge). Il en ressort que pour la mortalité, les facteurs prédicteurs sont, par autre d’importance l’HbA1c, l’albuminurie et le DFG, le niveau de revenus, la durée du diabète et la PAS. Pour l’IDM, il s’agissait de la durée de diabète, le LDL-c, l’albuminurie/DFG, l’HbA1C et la PAS alors que pour l’insuffisance cardiaque, l’albuminurie/DFG arrivait en tête avec un hazard ratio (HR) à 3,63 suivi des autres facteurs (HbA1c, LDL-c, PAS et durée de diabète) dans des proportions beaucoup plus faibles de l’ordre de 1,1 de HR. La seconde partie de l’analyse évaluant le niveau optimal des facteurs montrait que les niveaux optimaux de LDL-c et de PAS étaient inférieurs à ceux des recommandations (moins de 120 mmHg pour la PAS et moins de 2 mmol/L de LDL-c). Pour l’HbA1c, une courbe en J était observée avec un point d’inflexion autour de 7,6% pour la mortalité. Il n’y avait pas de courbe en J en revanche dans l’insuffisance cardiaque avec une relation quasi linéaire pour les 3 facteurs.

En conclusion, cette étude, basée sur une large population et utilisant des méthodes statistiques complexes, montre qu’au-delà de l’âge, les facteurs prédicteurs majeurs de la mortalité et des événements CV chez les patients diabétiques de type 1 sont l’HbA1c, la fonction rénale, la durée du diabète, le LDL-c et la PAS. Elle fait apparaitre également qu’il existe un certain degré de variabilité de l’importance pronostique de chaque facteur pour chaque type d’événement suggérant des mécanismes sous-jacents différents. Ainsi, l’insuffisance cardiaque est très dépendante des paramètres rénaux et de l’HbA1c alors que les pathologies athérothrombotiques (IDM, AVC) sont plus liées aux FDRCV traditionnels comme l’HbA1c, le LDL-c et la PAS. Un autre enseignement important de cette étude est le fait que le niveau de LDL-c est un facteur prédicteur important de la mortalité et que les niveaux associés au risque le plus faible (pour tous types d’événement) sont au-dessous des seuils habituellement admis dans un population de patients DT1 jeunes. Attention toutefois, malgré des analyses statistiques robustes, à la pointe des connaissances statistiques actuelles, il faut garder à l’esprit que ce ne sont que des analyses d’association dont la causalité ne peut pas être affirmée formellement. Ainsi, si diminuer le LDL-c jusqu’à des seuils inférieurs à 2 mmol/l chez des DT1 jeunes réduit le risque CV futur ne peut pas être affirmé à partir de telles données.

 

Références

[1] Livingstone SJ, et al. Estimated life expectancy in a Scottish cohort with type 1 diabetes, 2008-2010. JAMA. 2015;313:37-44.
 
[2] Rawshani A, et al. Mortality and Cardiovascular Disease in Type 1 and Type 2 Diabetes. N Engl J Med. 2017;376:1407-1418.
 
[3] Diabetes Control and Complications Trial (DCCT)/Epidemiology of Diabetes Interventions and Complications (EDIC) Study Research Group. Intensive Diabetes Treatment and Cardiovascular Outcomes in Type 1 Diabetes: The DCCT/EDIC Study 30-Year Follow-up. Diabetes Care. 2016;39:686-93.
 


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mardi 30 avril 2019

CGM et grossesse dans le diabète de type 1 en vraie vie : pas d’effet sur les complications fœto-obstétricales

Auteur : 
Michael Joubert
Date Publication : 
Avril 2019
 
Article du mois en accès libre
 
Kristensen K et al. Continuous glucose monitoring in pregnant women with type 1 diabetes: an observational cohort study of 186 pregnancies. Diabetologia 2019 Mar 23.  doi: 10.1007/s00125-019-4850-0[Epub ahead of print].

 

Malgré l’utilisation, maintenant quasi systématique, de schémas d’insulinothérapie intensifiée chez les patientes diabétiques de type 1 (DT1) pendant la grossesse, l’incidence de la croissance fœtale accélérée (LGA – large for gestationnal age) reste très fréquente puisqu’elle concerne environ 50% de ces grossesses [1]. Les fœtus LGA de femmes DT1 présentent d’une part un sur-risque de complications néonatales à court terme (macrosomie, dystocie des épaules, hypoglycémie néonatale, admission en réanimation néonatale notamment) mais également un sur-risque cardiométabolique à plus long terme (obésité, diabéte, pathologies cardiovasculaires) [2,3]. Le principal déterminant de la croissance fœtale accélérée et des risques qui y sont associés est l’hyperglycémie maternelle, raison pour laquelle il est recommandé de viser la normoglycémie pendant la grossesse des femmes DT1. Dans cette situation, l’équilibre glycémique est le plus souvent évalué via la réalisation pluriquotidienne de glycémies capillaires et le dosage trimestriel de l’HbA1c. Dans les registres de vraie vie, le contrôle optimal de ces paramètres n’est obtenu que dans moins de 50% des grossesses DT1, reflétant la grande difficulté de l’ajustement des doses d’insuline et de la diététique pendant cette période [4]. De plus, les glycémies capillaires et l’HbA1c ne révèlent pas la grande variabilité intra et inter-journalière fréquemment observée dans le DT1 et que seule la mesure continue du glucose (CGM – continuous glucose monitoring) peut révéler [5]. Plusieurs études prospectives évaluant l’intérêt du CGM pendant la grossesse des femmes DT1 ont été réalisées, avec des résultats hétérogènes selon que ce système était utilisé par périodes intermittentes ou pendant toute la grossesse, cette dernière option étant associée à un meilleur contrôle glycémique et à une diminution de l’incidence des fœtus LGA et des hypoglycémies néonatales [6]. Cependant, l’association des mesures CGM maternelles aux évènements fœtaux n’a jamais été évaluée, en vraie vie, dans une large population de grossesses DT1. C’est l’objet de cette étude rétrospective menée en Suède, pays dans lequel le CGM est utilisé en routine clinique, depuis plusieurs années, pendant la grossesse des femmes DT1.

Les données de deux centres obstétricaux suédois ont ainsi été analysées rétrospectivement sur la période 2014-2017, à la recherche des grossesses de patientes DT1 de plus de 18 ans, ayant utilisé un CGM et le système de télésurveillance Diasend® qui permet de colliger à distance l’ensemble des données de glucose interstitiel. Les auteurs ont ensuite exclu les grossesses multiples et les grossesses aboutissant à une fausse couche. Après application de ces critères, 186 patientes DT1 ont été retenues pour être incluses dans cette étude. Parmi ces femmes, 84 étaient déjà utilisatrices d’un CGM avant le début de leur grossesse et pour les 102 autres patientes, le CGM a été mis en place dès la première visite de suivi de la grossesse. Il faut souligner que les patientes ont utilisé le CGM de façon permanente pendant toute la grossesse. Le système Dexcom®G4 (rtCGM – real time CGM) (n=92) et le système FreeStyle Libre® (iCGM – intermittent CGM) (n=94) ont été les deux dispositifs utilisés dans cette étude. Les données de ces deux systèmes étaient récupérées en temps réel par les centre obstétricaux via le système de télésurveillance Diasend®, et analysées de façon hebdomadaire par un médecin diabétologue ou une infirmière experte en diabétologie qui conseillaient en retour les patientes quant à l’adaptation des doses d’insuline, afin de viser des taux de glucose ≤ 110 mg/dL à jeun, ≤ 145 mg/dL en post-prandial et entre 110 et 145 mg/dL au coucher. Les paramètres CGM recommandés par le consensus international [7] ont été calculés pour l’ensemble de la grossesse ainsi que pour chaque trimestre (<13 ; 13-28 ; > 28 semaines de gestation). Quelques données CGM ont dû être exclues lorsqu’il y avait moins de 80 de données sur une période de 14 jours. Les critères d’évaluation fœtaux et obstétricaux étaient les suivants : incidence des fœtus LGA et un critère combiné d’événements néonataux comprenant une macrosomie (poids de naissance > 4500 g), une dystocie des épaules, une hypoglycémie néonatale et/ou une admission en réanimation néonatale pour une durée de plus de 24 heures.

Concernant les données au début de la grossesse, les deux groupes (rtCGM et iCGM) étaient comparables sauf pour le pourcentage de patientes sous pompe à insuline (42 vs 16% ; p<0,001) et pour l’ancienneté du diabète (17 vs 14 années ; p<0,05). Pour l’ensemble de la cohorte, le temps moyen dans la cible (TIR60-140 – time in range 60-140 mg/dL) augmentait au cours de la grossesse, passant d’environ 40-50% au premier trimestre à 60-70% au dernier trimestre. En miroir, le temps au dessus de 140 mg/dL diminuait pendant la grossesse, de 40-50% au premier trimestre à 25-35% au dernier trimestre. Enfin, le temps en dessous de 60 mg/dL augmentait pendant le premier trimestre pour être maximal au début du deuxième trimestre (6%) et diminuait ensuite jusqu’à la fin de la grossesse pour atteindre environ 4% à terme. Le auteurs ont donc observé une amélioration globale de l’équilibre glycémique entre le premier et le troisième trimestre (p<0,001). Les résultats pour le temps dans la cible et le temps au dessus de la cible n’étaient pas significativement différents entre les deux groupes rtCGM et iCGM. En revanche, le temps passé en hypoglycémie était significativement plus faible (de même que le LBGI -  low blood glucose index) dans le groupe rtCGM versus iCGM sur l’ensemble de la grossesse (p<0,05). Tous les autres paramètres CGM analysés étaient identiques dans les deux groupes (glycémie moyenne, déviation standard, coefficient de variation, MAGE (mean amplitude of glucose excursion), HBGI (high blood glucose index).
Les événements fœtaux et obstétricaux n’étaient pas non plus différents chez les femmes rtCGM ou iCGM : le terme médian était de 38 semaines avec un taux de césarienne de 47% ; le taux de LGA était de 53%. Les auteurs ont ensuite analysé les caractéristiques des femmes qui portaient un enfant LGA comparativement à celles qui portaient un enfant dont la croissance était normale (non LGA). Après ajustement sur l’âge, le statut tabagique, l’indice de masse corporelle, et le type de dispositif utilisé (rtCGM ou iCGM), Kristensen K et al. ont mis en évidence que le risque de LGA était significativement associé, au deuxième et au troisième trimestres, à un taux moyen de glucose et un temps au dessus de 140 mg/dL plus élevés, ainsi qu’un TIR60-140 et un temps en dessous de 60 mg/dL plus faibles. Par exemple, au 2ème trimestre, le glucose moyen était de 138 ± 18 vs 129 ± 24 mg/dL, le temps au dessus de 140 mg/dL de 41,9 ± 12,8 vs 34,0 ± 15,9%, le TIR60-140 de 51,8 ± 12,3 vs 57,9 ± 14,4% et le temps en dessous de 60 mg/dL de 6,4 ± 4,5 vs 8,0 ± 5,7% chez les femmes portant un enfant LGA versus non LGA (p<0,05). De plus, également au cours des deux derniers trimestres, le LBGI était plus bas en cas de LGA versus non LGA (p<0,01). Enfin, au cours du deuxième trimestre de grossesse, la déviation standard du glucose interstitiel était plus élevée en cas de LGA (53 ± 11 vs 49 ± 13 mg/dL ; p<0,05). Bien sûr, le risque de LGA était associé, à tous les trimestres, à une HbA1c plus élevée (par exemple, au deuxième trimestre 6,4 ± 0,7 vs 6,1 ± 0,8% ; p=0,02). Des résultats similaires ont été retrouvés pour le critère combiné des complications obstétricales et néonatales, la survenue de ces complications étant associée à une HbA1c, un glucose moyen, un temps au dessus de 140mg/dL plus élevés, et à un TIR60-140, un temps en dessous de 60mg/dL, un LBGI plus bas (p<0,05).

Cette publication rapporte pour la première fois en situation de vie réelle, l’évolution des paramètres CGM au cours de la grossesse des femmes DT1 ainsi que les associations observées entre ces paramètres CGM et la survenue des évènements fœtaux, obstétricaux et néo-nataux. De plus, cette étude suggère une non infériorité du iCGM comparativement au rtCGM, sur la survenue de ces évènements. Cette dernière information doit être prise avec précaution compte tenu du caractère observationnel de cette étude et des biais potentiellement associés. Cette étude nous montre également que malgré l’utilisation du CGM associée à une interaction hebdomadaire entre les centres experts et cette population de femmes DT1, les taux de LGA et de césarienne sont restés élevés (53 et 47%, respectivement), à un niveau comparable à ce qui a été retrouvé dans la plupart des études récentes dans lesquelles les femmes n’utilisaient pas le CGM. Cette constatation devrait nous inciter à renforcer encore la prise en charge des femmes DT1 équipées de CGM pendant la grossesse, par un suivi rapproché et des adaptations répétées des mesures thérapeutiques. On peut espérer que dans un avenir proche, les systèmes de boucle fermée puissent optimiser l’utilisation des données de glucose interstitiel et permettre une diminution des complications foeto-obstétricales.

 

Références

[1] Persson M et al. Birth size distribution in 3,705 infants born to mothers with type 1 diabetes: a population-based study. Diabetes Care 2011;34:1145-1149.
 
[2] Persson M et al. Disproportionate body composition and perinatal outcome in large-for-gestational-age infants to mothers with type 1 diabetes. BJOG 2012;119:565-572.
 
[3] Clausen TD et al. (2008) High prevalence of type 2 diabetes and pre-diabetes in adult offspring of women with gestational diabetes mellitus or type 1 diabetes: the role of intrauterine hyperglycemia. Diabetes Care 2018;31:340-346.
 
[4] Murphy HR et al. Improved pregnancy outcomes in women with type 1 and type 2 diabetes but substantial clinic-to-clinic variations: a prospective nationwide study. Diabetologia 2017;60:1668-1677.
 
[5] Monnier L et al. Toward Defining the Threshold Between Low and High Glucose Variability in Diabetes. Diabetes Care 2017;40:832-838.
 
[6] Feig DS et al. Continuous glucose monitoring in pregnant women with type 1 diabetes (CONCEPTT): a multicentre international randomised controlled trial. Lancet 2017;390:2347-2359.
 
[7] Danne T et al. International consensus on use of continuous glucose monitoring. Diabetes Care 2017;40:1631-1640.
 


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vendredi 5 avril 2019

Score calcique coronaire et prédiction du risque cardiovasculaire : ça marche aussi dans le diabète de type 1

Auteur : 
Louis Potier
Date Publication : 
Mars 2019
 
Article du mois en accès libre
 
Guo J et al. The role of coronary artery calcification testing in incident coronary artery disease risk prediction in type 1 diabetes. Diabetologia 2019;62:259-268. doi: 10.1007/s00125-018-4764-2

 

Le risque cardiovasculaire (CV) n’est pas toujours évalué et pris en compte à sa juste mesure chez les patients atteints de diabète de type 1 (DT1). La glycémie et les complications microvasculaires restent en général le principal focus de la prise en charge. Pourtant, il a récemment été montré que le risque CV était fortement augmenté chez le DT1 et entraînait une diminution de l’espérance de vie pouvant aller jusqu’à une quinzaine d’année lorsque le diabète débutait avant 10 ans [1]. Il faut cependant reconnaître que les stratégies d’évaluation du risque CV ne s’appliquent pas ou peu chez les patients DT1 : les modèles de prédiction existant sont dérivés de la population générale ou de patients atteints de diabète de type 2 (DT2). De plus, le dépistage myocardique chez des patients asymptomatiques a montré qu’il n’apportait pas de bénéfice et entraînait le patient dans un processus de surmédicalisation potentiellement délétère. Parmi les nombreux marqueurs intermédiaires du risque CV, le score calcique (CAC – Coronary Artery Calcification) semble tirer son épingle du jeu : c’est un examen simple, facile d’accès, non invasif et qui permet de prédire le risque CV à long terme. Cependant, cette prédiction n’est validée que dans la population générale et chez les DT2, mais pas chez les DT1. C’est l’objectif de cette étude observationnelle prospective.

La cohorte étudiée ici est la Pittsburgh Epidemiology of Diabetes Complications (EDC) study, cohorte historique de patients DT1, qui a inclus des DT1 diagnostiqués avant l’âge de 17 ans, dans l’année suivant la découverte, entre 1950 et 1980. Ici ont été étudié 292 participants sans antécédent CV ayant eu une mesure de CAC entre 1996 et 1998. Parmi eux, 181 ont eu un (ou plusieurs) nouveau(x) CAC entre 2000 et 2002 et/ou entre 2004 et 2006. Le CAC était quantifié conventionnellement par unité Agatston. Le statut CV était évalué 2 fois par an toute la durée du suivi. Un événement coronarien (critère de jugement principal) était défini par un angor, un infarctus du myocarde, une sténose coronaire ≥ 50%, une revascularisation coronaire ou un ECG avec signes d’ischémie. L’incidence des événements était évaluée selon le premier CAC de trois façons : 4 catégories de CAC (0, 1–99, 100–399 and ≥400), 2 catégories (<100 and ≥100), et le CAC en variable continue (après log-transformation). Plusieurs modèles d’ajustement ont été utilisés intégrant les facteurs de risque classique (sexe, durée de diabète, tabac, IMC, HbA1c, hypertension artérielle, albuminurie, HDL- et non-HDL cholestérol, statines). La progression du CAC était également analysée vis-à-vis du risque d’événement coronarien.

L’âge moyen à l’inclusion (premier CAC) était de 39,4 ans et la durée moyenne de diabète de 29,5 ans. Après une durée moyenne de suivi de 10,7 ans, un événement coronarien était survenu chez 76 participants (26%) dont 17% d’IDM fatals et 20% d’IDM non fatals. De façon non surprenante, les participants avec un CAC élevé étaient plus souvent fumeurs, avaient une durée de diabète plus longue et une albuminurie plus élevée. Les sujets ayant fait un événement coronarien avaient un CAC beaucoup plus élevé. Le niveau de CAC était fortement et significativement associé au risque d’événement coronarien avec un Hazard Ratio (95%CI) après ajustement de 3,1 (1,6-6,1), 4,4 (2,0-9,5) et 4,8 (1,9-12,0) respectivement pour les groupes CAC 1–99 (n=86), 100–399 (n=39) et ≥400 (n=19) en comparaison au groupe CAC 0 (n=148). Les résultats étaient similaires pour les autres catégorisations du CAC (binaire et continue) et lorsque qu’uniquement les IDM fatals et non fatals étaient pris en compte.
Chez les patients ayant eu des mesures répétées de CAC, la progression annuelle du CAC étaient également significativement associée au risque d’événements coronariens même après ajustement sur le CAC à l’inclusion. Ainsi, les patients au-dessus de la médiane avaient un HR ajusté de 2,8 (1,1-7,5), p=0,039 en comparaison à ceux en-dessous de la médiane.
Ces résultats montrent donc que le CAC peut être utilisé chez les DT1 comme intégrateur du risque CV afin de mieux évaluer le risque et mettre en place les stratégies de prévention adéquate. Ces résultats sont soutenus par une étude récente du DCCT/EDIC qui a analysé chez 1205 participants l’association entre le CAC (mesuré durant EDIC entre l’année 7 et 9) et le risque d’événements CV survenant pendant les 10 à 13 années suivantes [2]. Après ajustement sur de multiples facteurs, le risque d’événements CV majeurs (IDM non fatal, AVC non fatal, décès CV) était fortement augmenté chez les participants avec CAC entre 100 et 300 (HR 6,05 (2,56-14,30), p<0,0001) et > 300 (HR 5,57 (2,33-13,35) p=0,0001) en comparaison à ceux avec CAC à 0. Reste à savoir si la réalisation du CAC s’accompagnera d’une diminution du taux de survenue d’événements CV chez les patients DT1 (également chez les patients DT2 puisqu’aucune étude randomisée n’a pour l’instant évalué l’impact du CAC sur le risque CV). En attendant, le CAC peut aider le clinicien à mettre en œuvre les mesures de prévention nécessaires au moment opportun, ce qui n’est pas toujours évident à déterminer dans cette population.

 

Références

[1] TRawshani A, et al. Excess mortality and cardiovascular disease in young adults with type 1 diabetes in relation to age at onset: a nationwide, register-based cohort study. Lancet 2018;392:477-486.
 
[2] Budoff M et al. The Association of Coronary Artery Calcification With Subsequent Incidence of Cardiovascular Disease in Type 1 Diabetes: The DCCT/EDIC Trials. JACC Cardiovasc Imaging 2019 Mar 8. pii: S1936-878X(19)30143-3.
 


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jeudi 28 février 2019

Anticorps anti-cœur :  vers un nouveau biomarqueur du risque cardiovasculaire dans le diabète de type 1 ?

Auteur : 
Michael Joubert
Date Publication : 
Février 2019
 
Article du mois en accès libre
 
Campbell-Thompson ML et al. Relative Pancreas Volume Is Reduced in First-Degree Relatives of Patients With Type 1 Diabetes. Diabetes Care 2018. doi: 10.2337/dc18-1512

 

Malgré les progrès concernant la prise en charge thérapeutique des patients atteints de diabète de type 1 (DT1), le risque cardiovasculaire reste largement augmenté dans cette population, d’autant plus lorsque l’équilibre glycémique est mauvais, ce qui concerne jusqu’à un tiers de ces patients [1]. Dans cette population, l’hyperglycémie tient un rôle prépondérant dans la survenue des événements cardiovasculaires, comparativement aux patients atteints de diabète de type 2 (DT2) pour lesquels d’autres facteurs de risque cardiovasculaire sont plus souvent intriqués. Une autre particularité du DT1 est qu’il s’agit d’une pathologie auto-immune qui peut être interprétée comme une réponse immunitaire inadaptée en réaction à des lésions cellulaires des îlots de Langerhans. Bien que cette réaction dysimmunitaire soit principalement médiée par la mise en jeu de l’immunité cellulaire (lymphocytes T), la présence d’auto-anticorps spécifiques des îlots est un marqueur biologique prédictif robuste de survenue du DT1 [2]. Probablement à l’instar de ce qui se passe pour les îlots, une autoimmunité cellulaire cardiaque, ainsi que la présence d’auto-anticorps anti chaine-alpha de la myosine ont été mises en évidence sur des modèles animaux et humains de DT1 en post-infarctus du myocarde, alors qu’une telle réponse immunitaire ne semble pas exister dans les modèles de DT2 avec lésion cardiaque [3]. L’hyperglycémie du DT1 étant à l’origine de lésions des cardiomyocytes, une équipe du prestigieux Joslin Diabetes Center de Boston a émis une hypothèse originale : l’hyperglycémie chronique pourrait induire une auto-immunité cardiaque chez les patients DT1, et cette dysfonction immunitaire et l’état inflammatoire qui y est associé pourraient majorer le risque cardiovasculaire de ces patients.

Afin de tester cette hypothèse, cette équipe a pu accéder à la base de données du DCCT (Diabetes Control and Complications Trial), étude qui a permis d’évaluer notamment la survenue d’évènements cardiovasculaires sur une large cohorte de patients DT1 dont le niveau de contrôle glycémique était variable selon qu’ils avaient été randomisés dans le groupe « conventionnel » ou « intensif ». De plus, les données à long terme de l’étude observationnel post-DCCT EDIC (Epidemiology of Diabetes Interventions and Complications) ont également pu être analysées dans ce travail. Il faut rappeler que la cohorte de l’étude DCCT a été constituée en 1983 et comportait 1441 patients DT1 initialement indemnes de pathologie cardiovasculaire, d’hypertension et d’hypercholestérolémie. Durant les 10 années de suivi, les traitements « conventionnel » et « intensif » ont permis d’obtenir une HbA1c moyenne de 9,1 et 7,2%, respectivement. Après les 10 années d’intervention, les patients ont continué d’être suivi annuellement, de 1994 jusqu’à actuellement, avec une HbA1c moyenne de 8% pour l’ensemble de la cohorte. Parmi les patients de cette cohorte, les auteurs ont sélectionné des sujets qui présentaient, pendant la phase interventionnelle DCCT, une HbA1c inférieure à 7% dans le groupe « intensif », ainsi que des sujets appariés sur l’âge, le sexe et l’ancienneté de diabète qui présentaient une HbA1c supérieure à 9% dans le groupe « conventionnel ». Les patients qui, pendant la phase DCCT, avaient présenté un événement cardiovasculaire (infarctus ou AVC non fatal, décès cardiovasculaire, syndrome coronarien aigu, insuffisance cardiaque ou revascularisation coronaire) ou développé une atteinte rénale (albuminurie ≥ 300 mg/24h et/ou débit de filtration glomérulaire ≤ 60 mL/min), ont été exclus de l’analyse. Pour chacun des patients sélectionnés, les auteurs ont eu accès à au moins trois échantillons de sérum, prélevés longitudinalement pendant l’étude DCCT, sur lesquels la recherche d’auto-anticorps cardiaque a pu être réalisée. Ainsi, 166 patients de l’étude DCCT ont pu être analysés, 83 avec HbA1c ≤ 7% et 83 avec HbA1c ≥ 9%, ainsi que les 266 et 234 échantillons biologiques associés à ces deux groupes de patients, respectivement.

En complément de DCCT/EDIC, trois autres bases de données et biobanques ont été utilisées, afin de servir de contrôle : (i) une cohorte de patients DT2 sans atteinte cardiovasculaire clinique, avec un sous-groupe de 140 sujets avec HbA1c ≤ 7% et un sous-groupe de 70 sujets avec HbA1c ≥ 9% ; (ii) une cohorte de 51 patients atteints de cardiomyopathie chronique de Chagas (Fraction d’éjection moyenne 32%) ; (iii) une cohorte de 115 sujets contrôles en bonne santé. Ce n’est pas un seul auto-anticorps mais un panel d’auto-anticorps cardiaques qui ont été recherchés par immuno-précipitation en phase liquide sur les échantillons disponibles pour l’ensemble de ces patients : anticorps anti chaîne lourde de la myosine, anti sous-unité béta, anti troponine I, anti fragment S1 et anti fragment S2 de la myosine. Les événements cardiovasculaires ont été définis selon un critère composite regroupant les infarctus non fatals, les accidents vasculaires cérébraux non fatals, les décès cardiovasculaire, l’insuffisance cardiaque et les revascularisations coronaires qui sont survenus entre le début de l’étude DCCT et la 20ème année du suivi EDIC. De plus, le score calcique coronaire mesuré entre la 7ème et la 9ème année de la phase EDIC a également été pris en compte.

Les caractéristiques de départ des deux sous-groupes de patients DT1 issus de l’étude DCCT/EDIC étaient globalement comparables, mis à part l’âge des patients qui était de 28±6 et 26±7 ans dans les sous-groupes d’HbA1c ≤ 7 et ≥ 9%, respectivement (p=0,03). Il faut souligner que les profils HLA et la présence d’Ac anti GAD et IA2 étaient similaires entre ces deux sous-groupes.

Au moins 1 auto-anticorps cardiaque était positif pour 46% des patients DT1 avec HbA1c ≥ 9%, 2% des patients DT1 avec HbA1c ≤ 7%, 51% des patients atteints de cardiopathie de Chagas, 7 et 8% des patients DT2 avec HbA1c ≥ 9 et ≤ 7%, respectivement, et 4% des sujets contrôles. L’auto-anticorps cardiaque le plus souvent détecté pour les patients DT1 avec HbA1c ≥ 9% était l’anti-fragment S1, retrouvé pour 27% des sujets de ce sous-groupe, une prévalence similaire aux 31% de patients présentant ce même anticorps dans la cohorte de cardiomyopathie de Chagas. En comparaison, cet anticorps n’était détecté pour aucun des patients DT1 avec HbA1c ≤ 7%. Par ailleurs, les auto-anticorps cardiaques ont été mesurés à des taux significativement plus élevés chez les patients DT1 avec HbA1c ≥ 9%, comparativement aux patients DT1 avec HbA1c ≤ 7%. De plus, la cinétique temporelle des taux d’auto-anticorps était différente dans ces deux sous-groupes, les taux tendant à augmenter chez les DT1 mal équilibrés (HbA1c ≥ 9%) et inversement à diminuer chez les DT1 bien équilibrés (HbA1c ≤ 7%). L’analyse des évènements cardiovasculaires lors du suivi EDIC a montré que la présence d’au moins deux auto-anticorps cardiaques conférait un sur-risque cardiovasculaire majeur (HR 16,1 ; p=0,001). De même, le risque que le score calcique coronaire soit pathologique était également très augmenté chez les patients DT1 porteurs d’au moins deux auto-anticorps (OR 26,7 ; p<0,001). Ce résultat restait identique après ajustements multiples sur le sexe, le statut tabagique et l’hypertension artérielle. Enfin, les patients avec ≥ 2 auto-anticorps cardiaques présentaient un taux plus élevé de CRPus comparativement à ceux avec ≤ 1 auto-anticorps cardiaque (6 vs 1,4 mg/L ; p=0,003).

En résumé, cette analyse montre que chez les patients DT1 sans pathologie cardiovasculaire ou rénale préexistante, le mauvais contrôle glycémique est associé au développement d’une auto-immunité cardiaque. De plus, cette auto-immunité cardiaque est associée à un sur-risque de maladie athéromateuse et d’évènements cardiovasculaires. Enfin, la présence de ces auto-anticorps est également associée à un état inflammatoire qui pourrait faire le lien entre la présence de ces anticorps et la pathologie athéromateuse. Le mécanisme initial du développement de cette auto-immunité cardiaque serait médié par la survenue de lésions myocardiques infracliniques secondaires à l’hyperglycémie. Ces lésions « exposeraient » des protéines musculaires cardiaques qui seraient alors les antigènes responsables de la réponse auto-immune favorisant l’état pro-inflammatoire responsable de l’augmentation du risque vasculaire. La présence similaire d’auto-anticorps cardiaques chez les patients atteints de cardiomyopathie de Chagas renforce cette hypothèse. Le traitement intensif du diabète semble diminuer cette réponse auto-immune cardiaque en réduisant les lésions myocardiques et ainsi l’exposition des antigènes.

Même si ces résultats nécessitent d’être confirmés dans d’autres études, l’auto-immunité cardiaque semble intéressante et pourrait représenter un biomarqueur précoce du risque cardiovasculaire chez les patients DT1. Il faudrait alors que soient développés des kits de dosage de ces anticorps qui ne sont actuellement pas mesurables en dehors de ce type de recherche clinique...

 

Références

[1] Lind M et al. Glycemic control and excess mortality in type 1 diabetes. N Engl J Med 2014;371:1972-1982.
 
[2] Pietropaolo M et al. Humoral autoimmunity in type 1 diabetes: prediction, significance, and detection of distinct disease subtypes. Cold Spring Harb Perspect Med 2012;2:a012831.
 
[3] Lv H et al. Impaired thymic tolerance to α-myosin directs autoimmunity to the heart in mice and humans. J Clin Invest 2011;121:1561-1573.
 


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mardi 29 janvier 2019

Le volume pancréatique, nouveau biomarqueur prédictif de la progression du diabète de type 1 ?

Auteur : 
Camille Vatier
Date Publication : 
Janvier 2019
 
Article du mois en accès libre
 
Campbell-Thompson ML et al. Relative Pancreas Volume Is Reduced in First-Degree Relatives of Patients With Type 1 Diabetes. Diabetes Care 2018. doi: 10.2337/dc18-1512

 

Malgré les avancées diagnostiques et thérapeutiques dans le diabète de type 1 (DT1), la prise en charge de cette pathologie reste très coûteuse [1]. L’incapacité à préserver les cellules bêta pancréatiques sur le long terme pour prévenir le DT1 reste une problématique fondamentale non résolue dans la physiopathologie du DT1 au stage préclinique. Depuis plus de cent ans, différents travaux rapportent une diminution de la taille du pancréas dans le diabète à partir d’études autopsiques [2,3] et radiologiques (échographie, scanner, IRM) avec des diminution de 31 à 52% chez des DT1 anciens et de 26 à 31% chez des DT1 récents. Les ilots pancréatiques ne représentant que 1 à 2% du volume pancréatique fonctionnel, la diminution de volume est donc secondaire à une diminution du volume exocrine. Cette réduction de volume a également été retrouvée chez des donneurs d’organe ayant un anticorps positif pour le diabète de type 1 (AcDT1) [4]. Ces résultats suggèrent que la diminution de la taille du pancréas est parallèle à la diminution de la masse cellulaire bêta. D’autres études ont également montré une diminution des fonctions exocrines mais sans retentissement clinique (diminution de la chymotrypsine et de l’élastase) chez des patients DT1 récents. Les hypothèses expliquant cette diminution de taille du pancréas dans le DT1 sont i) la perte de l’effet insulinotrophique sur les cellules acineuses, ii) la destruction immunologique du tissu pancréatique exocrine, iii) les interactions épigénétiques, génétiques et environnementales [5]. Les avancées dans la technologie de l’IRM continuent d’améliorer la qualité de l’interprétation pancréatique, l’IRM étant devenu un outil diagnostic indispensable pour les pathologies pancréatiques [6]. L’objectif de cette étude était de mesurer par IRM le volume pancréatique (VP) des apparentés du premier degré (APD) avec ou sans AcDT1 et de le comparer à celui de sujets contrôles, n’ayant pas d’histoire familiale de DT1, et de sujets DT1.
Les contrôles (non diabétiques et sans AcDT1) et les patients (DT1 de diagnostic inférieur à un an selon les critères de l’American Diabetes Association) incluent dans cette étude étaient des sujets âgés de 8 à 50 ans,  suivis à la Polyclinique de l’Université de l’Institut du Diabète de Floride. Les APD ont été recrutés par le réseau d’essais du National Institutes of Health, avec un âge limite de 45 ans (âge seuil pour le dosage des anticorps) et ils ont été classés en fonction des résultats de leurs anticorps du DT1 (négatif, un seul anticorps ou multiples anticorps). Les critères d’exclusion comportaient les antécédents d’insuffisance pancréatique exocrine et de pancréatites. Les sujets de l’étude ont été examinés avec recueil de l’histoire médicale, de l’ethnie, du poids, de la taille et avec réalisation d’une IRM abdominale de 45 minutes, sans injection de produit de contraste et sans sédation, après au moins quatre heures de jeune. Toutes les IRM ont été réalisées sur le même appareil. Un total de cinquante deux coupes contiguës centrées sur la région du pancréas a été obtenu et le VP a été calculé après délimitation manuelle du pancréas sur chaque coupe par des spécialistes de l’IRM pancréatiques (trois pour l’étude). Une reconstitution en séquence tridimensionnelle permettait une meilleure résolution, et la mesure d’un coefficient de corrélation interobservateur (ICC) à partir de cinq IRM de sujets confirmant un niveau élevé de concordance (0,86 [IC 95% 0.56, 0.97]). Le VP relatif à l’IMC (RVPIMC) était calculé en divisant le VP par l’IMC. Des tests sanguins incluant dosage de l’HbA1c, de la glycémie à jeun, du Peptide C, du trypsinogène et des AcDT1 (anti-GAD, anti-IA2, anti-Znt8 et anti-insuline) étaient réalisés.
Parmi les 246 sujets recrutés dans cette étude, 12 ne correspondaient pas aux critères d’inclusion (4 DT1 > 45 ans, 7 sans histoire familiale de DT1 et 1 sans sous-groupe attitré), 5 n’ont pas eu d’IRM (3 à cause d’un problème de maintenance de l’IRM, 2 refusant finalement l’examen). Au total, 229 sujets correspondaient aux critères d’inclusion entre 2014 et 2017 avec : 49 sujets contrôles (pas de diabète, pas d’APD diabétique), 61 APD sans anticorps (APD AcDT1-), 31 APD avec un anticorps (APD AcDT1+), 36 APD avec plusieurs anticorps (APD AcDT1++) et 52 DT1 de diagnostic récents. Parmi eux, 44% d’hommes, d’âge moyen 19,6 ans ± 10,5, ancienneté du DT1 0-363 jours avec une moyenne de 175 ± 105 jours. Dans chacun des cinq groupes, l’IMC et le poids augmentaient avec l’âge tandis que le VP augmentait (de la même façon dans les différents groupes sauf celui des DT1 de diagnostic récents). Le poids et la taille étaient significativement et indépendamment associés au VP, motivant le calcul du RVPIMC. Une tendance linéaire significative du RVPIMC était retrouvée entre les groupes (p<0,0001 avec un volume moyen de 3,9 ± 1 ,1 dans le groupe contrôle ; 3,5 ± 0,9 dans le groupe APD AcDT1- ; 3,3 ± 1,1 dans le groupe APD AcDT1+ ; 3.0 ± 1.0 dans le groupe APD AcDT1++ et 2.5 ± 0.2 dans le groupe DT1 de diagnostic récent). Les analyses comparant chaque groupe avec le groupe contrôle non DT1 après ajustement sur l’âge et le sexe retrouvaient, indépendamment du statut immunologique, un VPIMC plus bas par rapport aux contrôles (p≤ 0,01). La distribution du VP a été analysée en fonction du nombre d’anticorps positifs (0, 1, 2, 3 ou 4). Le VP des patients présentant 3 ou 4 AcDT1 étaient plus faibles que celui  des patients ayant 1 ou 2 AcDT1. Par contre, le RVPIMC n’était pas linéairement associé à la durée du diabète dans le groupe DT1. Concernant les paramètres des fonctions endocrines et exocrines, les patients du groupe DT1 avaient une HbA1c et une glycémie à jeun plus élevées avec un peptide-C diminué en comparaison avec les autres groupes ; la concentration en trypsinogène était également diminuée dans le groupe DT1 (p≤0,029).

Cette étude a mesuré pour la première fois de façon non invasive le volume pancréatique des apparentés du premier degré de patients DT1 avec anticorps négatifs et montre qu’il est plus faible que celui des sujets contrôles non DT1, non apparentés à des DT1 et sans AcDT1. Elle confirme la diminution du VP chez les APD des DT1 avec AcDT1 positifs. Ces résultats soulignent la complexité des interactions entre les compartiments endocrine et exocrine du pancréas dans le DT1, et suggèrent qu’un pancréas plus petit pourrait être un facteur prédisposant au DT1 chez des APD. Les mécanismes conduisant à cette réduction de volume du pancréas résultent probablement de nombreuses interactions environnementales (in utero, dans l’enfance, à la puberté) qui pourraient moduler la croissance pancréatique et le risque de progression vers le DT1. Les gènes modulant le risque de DT1 concernent en particulier des déterminants majeurs des molécules de classe 2 du complexe HLA [7]. Ces gènes pourraient avoir un impact dans l’immunité exocrine innée contre les facteurs environnementaux incluant les virus ou bactéries. D’autres études examinant les relations entre les gènes HLA et le VP sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse. De plus, une inflammation infra clinique exocrine pancréatique a été décrite chez des donneurs d’organe DT1, suggérant une pancréatite infra clinique pouvant contribuer à la réduction du VP [8]. Cette étude confirme les données préexistantes dans le DT1 de diagnostic récent  avec une diminution significative du VP, mais elle ne retrouve pas de corrélation entre cette diminution et la durée du diabète, les études antérieures étant controversées sur le sujet avec une absence de corrélation [9] ou une corrélation positive [10]. Ces résultats discordants sont probablement le fait de différences méthodologiques notamment concernant les techniques radiologiques (à jeun ou non) et aussi du fait de la variabilité individuelle du VP. Pour répondre à cette question, des études longitudinales sont nécessaires avec mesure du VP au cours du temps, ces études pourraient permettre aussi d’identifier les sujets à très haut risque de développer un DT1 et d’évaluer des interventions thérapeutiques pour tenter de préserver la masse cellulaire bêta. L’absence de corrélation entre le VP et les mesures des fonctions cellulaires bêta par l’HbA1c et le peptide C suggère que le mécanisme aboutissant à l’insulinopénie n’est pas uniquement lié à l’effet sur la masse cellulaire bêta.  De façon intéressante, les résultats de cette étude retrouvent une tendance à la diminution du niveau de trypsinogène chez les patients APD avec AcDT1, suggérant l’importance de la dysfonction exocrine infraclinique dans la physiopathologie du DT1. La diminution de la sécrétion de trypsinogène pourrait s’expliquer par la diminution de l’effet insulinotropique sur la portion exocrine ou par un effet direct autoimmun sur les cellules acineuses ou par une combinaison de ces effets. D’autres études explorant la fonction pancréatique exocrine dans les stades précliniques du DT1 sont nécessaires pour confirmer et mieux comprendre ces résultats.Afin d’améliorer la surveillance de la progression vers le DT1, de nouveaux biomarqueurs sont nécessaires. En effet si les études d’intervention thérapeutiques n’ont pas fait preuve de bénéfice à long terme, peut être est-ce en partie liée à cause de l’hétérogénéité des patients traités au niveau du stade de leur maladie. Un meilleur phénotypage pourrait permettre de sélectionner des patients pour lesquels un traitement pourrait être utile. Ces résultats sur l’utilisation de l’IRM abdominale pour quantifier le volume pancréatique chez des sujets à haut risque de DT1 sont prometteurs, si des études longitudinales du VP confirmaient une vitesse de diminution du VP prédictive du risque de progression de la normo vers l’hyperglycémie, la mesure du VP serait un biomarqueur utile en pratique clinique. D’autres études nécessitent de confirmer si le VP peut être utilisé comme marqueur prédictif de progression dans le DT1.

 

Références

[1] American Diabetes Association. Economic costs of diabetes in the U.S. in 2017. Diabetes Care 2018;41:917–928.
 
[2] Cecil RL et al. A study of the pathological anatomy of the pancreas in ninety cases of diabetes mellitus. J Exp Med 1909;11:266–290.
 
[3] Löhr M et al. Residual insulin positivityand pancreatic atrophy in relation to duration of chronic type 1 (insulin-dependent) diabetes mellitus and microangiopathy. Diabetologia 1987;30:757–762.
 
[4] Campbell-Thompson M et al. Pancreas organ weight in individuals with disease associated autoantibodies at risk for type 1 diabetes. JAMA 2012;308:2337–2339.
 
[5] Campbell-Thompson M et al. Abnormalities of the Exocrine Pancreas in Type 1 Diabetes. Curr Diab Rep 2015;15:79.
 
[6] Haldorsen IS et al. The role of pancreatic imaging in monogenic diabetes mellitus. Nat Rev Endocrinol2011;8:148–159.
 
[7] Onengut-Gumuscu S et al. Type 1 Diabetes Genetics Consortium. Fine mapping of type 1 diabetes susceptibility loci and evidence for colocalization of causal variants with lymphoid gene enhancers. Nat Genet 2015; 47:381–386.
 
[8] Hardt PD et al. Pancreatic exocrine function in patients with type 1 and type 2 diabetes mellitus. Acta Diabetol 2000;37:105–110.
 
[9] Williams AJ et al. Pancreatic volume is reduced in adult patients with recently diagnosed type 1 diabetes. J Clin Endocrinol Metab 2012;97:E2109–E2113.
 
[10] Garcia TS, et al. Pancreatic size and fat content in diabetes: A systematic review and meta-analysis of imaging studies. PLoS One 2017;12:e0180911.
 


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lundi 14 janvier 2019

Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité : une complication inattendue pour la descendance des femmes diabétiques

Auteur : 
Manuel Dolz
Date Publication : 
Décembre 2018
 
Article du mois en accès libre
 
Xiang AH, et al. Maternal Gestational Diabetes Mellitus, Type 1 Diabetes, and Type 2 Diabetes During Pregnancy and Risk of ADHD in Offspring. Diabetes Care. 2018;41:2502-2508. doi: 10.2337/dc18-0733

 

Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) est l’un des troubles neuro-comportementaux les plus répandus, avec une prévalence estimée à 5,3% dans le monde en 2007 [1]. L'âge moyen du diagnostic est de 7 ans [2]. Le TDAH est caractérisé par des symptômes d’inattention et/ou d’hyperactivité-impulsivité qui interfèrent avec le fonctionnement ou le développement de l’enfant dans plusieurs sphères de sa vie (scolaire, sociale...). En effet, le TDAH donne lieu à une forte incidence de comorbidités : il s’agit le plus souvent de troubles de l’apprentissage (47,3%), de troubles des conduites (28,6%), et/ou d’un trouble oppositionnel avec provocation (22,1%). Une méta-analyse d’études prospectives menées auprès d’enfants atteints de TDAH montre que ces derniers sont également exposés à un risque plus important d’abus de substances et de tabagisme que les enfants qui ne souffrent pas de la maladie [3].
Plusieurs études suggèrent que l'exposition au diabète maternel pendant la grossesse peut augmenter le risque de troubles neuro-comportementaux dans la descendance [4,5]. Des études sur de petits échantillons ont examiné la relation entre le diabète de type 2 (DT2) et le diabète gestationnel (DG) chez la mère pendant la grossesse et le risque de TDAH chez la descendance [5] avec des résultats discordants. Deux études européennes récentes sur de grands échantillons ont montré que les antécédents maternels de diabète de type 1 (DT1) étaient associés au risque de TDAH chez les enfants [6,7]. Cependant, aucune étude n’a évalué l’importance relative du DT1, du DT2 et du diabète gestationnel, ni le moment de survenue ou la gravité du diabète gestationnel pendant la grossesse, en ce qui concerne le risque de TDAH chez les enfants.

C’est dans ce contexte qu’a été conduite cette étude de cohorte longitudinale multi-ethnique. Elle a inclus des enfants nés entre 28 et 44 semaines de gestation dans les hôpitaux du Kaiser Permanente Southern California (KPSC) entre le 1er janvier 1995 et le 31 décembre 2012. Il s’agit de la plus grande étude jamais réalisée dans ce domaine puisque l’échantillon final de l’étude comprenait un total de 333 182 enfants nés de 243 882 mères. Selon les recommandations de KPSC, tous les enfants dès l’âge de 4 ans et les adolescents de moins de 18 ans présentant des symptômes évocateurs de TDAH sont soumis à une ou plusieurs échelles validées d'évaluation du comportement et sont adressés à un spécialiste du comportement. Dans cette étude, pour minimiser les biais de dépistage et de diagnostic, les enfants devaient naître dans un hôpital affilié au KPSC et être inscrits au régime de santé de KPSC à l'âge de 4 ans. Les cas de TDAH ont été identifiés sur la base des codes 314.x de la CIM-9 ou de renouvellements de médicaments spécifiques au TDAH lors d’au moins deux visites pendant la période de suivi. Les 333 182 enfants ont été suivis pendant une durée médiane de 4,9 ans (intervalle IQ 2,2-9,6) après l'âge de 4 ans.
Une analyse comparant directement l'exposition au DT1 ou au DT2 a montré que, par rapport au DT2, le HR du DT1 était de 1,44 (1,00-2,06 ; p=0,05) avant et de 1,16 (0,81-1,67 ; p=0,42) après ajustement pour les facteurs de confusion potentiels. Ainsi, les facteurs de confusion potentiels semblaient expliquer en grande partie la différence de risque de TDAH entre ces deux groupes exposés au diabète.
Parmi les cas de DG, l’âge gestationnel au moment du diagnostic (avant et après ajustement) n’était pas associé au risque de TDAH de l’enfant, ce qui suggère qu’il n’existe pas de fenêtre de vulnérabilité claire pendant la grossesse associée au risque de TDAH de l’enfant. Bien que le DG dans son ensemble ne soit pas associé au risque de TDAH chez l'enfant, il apparaît cependant que les enfants exposés à un DG justifiant un traitement médicamenteux présentent un risque significativement plus élevé que les enfants du groupe sans diabète (HR ajusté 1,26 [IC 95% 1,14-1,41] ; p<0,001). De même, la fréquence des enfants atteints de TDAH était de 5,5% pour les groupes DG nécessitant un médicament (8 614 femmes, soit 29% des DG, dont 84% recevaient de l'insuline) contre 4,5% dans le groupe DG sans médicament (p<0,001). Le risque de TDAH chez les enfants était donc significativement plus grand pour le groupe DG avec médicament que pour le DG sans médicament (HR 1,48 [IC 95% 1,30-1,68] ; p<0,001). Les femmes nécessitant des médicaments antidiabétiques pendant la grossesse peuvent présenter une hyperglycémie relativement grave nécessitant un traitement médicamenteux visant à faire baisser le taux de glucose. Après ajustement, le DG traité reste significativement associé à un risque plus élevé de TDAH par rapport au groupe DG sans médicament (HR ajusté 1,38 [IC 95% 1,20-1,59] ; p<0,001).
Certains biais de confusion potentiellement non mesurés, dus à la fois à des facteurs intra-utérins, à des événements post-nataux (tels que l'utilisation de paracétamol/acétaminophène [8], l’exposition à la pollution atmosphérique [9], les modalités d'accouchement, la détresse néonatale, la survenue d’hypoglycémies, ou d’un traumatisme crânien) ou encore à une susceptibilité génétique ne peuvent être exclus. Mais l'inclusion de co-variables tels que la pré-éclampsie/éclampsie, la présence ou l'absence d'anomalies congénitales, le poids à la naissance et l'âge gestationnel à l'accouchement ont eu peu d'incidence sur les estimations du risque.

Dans cette étude, bien que les femmes diabétiques pendant la grossesse recevaient des lecteurs et des bandelettes pour mesurer leur glycémie au domicile, on peut regretter l’absence de données réellement exploitables concernant l’équilibre glycémique dans les différents groupes. En effet les données des auto-mesures de glucose n’ont pas été colligées dans les dossiers médicaux de manière systématique et peu de patientes ont eu un suivi de leur HbA1c à chaque trimestre. Par conséquent, les données sur l'HbA1c sont très limitées et ce sous-ensemble peut ne pas être représentatif de la population de l’étude. Cette étude nous apprend tout de même qu’au cours du premier trimestre, les taux moyens d'HbA1c chez les DT1, DT2, DG avec médicament, DG sans médicament et grossesses non diabétiques étaient de 7,6%, 6,8%, 6,1%, 5,6% et 5,4%, respectivement. Cette « hiérarchie » s’est maintenue tout au long de la grossesse, bien que les différences aient été moins importantes au deuxième et troisième trimestres. Ces données laissent à penser que le degré de contrôle de la glycémie peut jouer un rôle dans l'explication du risque. Néanmoins, des études complémentaires seront nécessaires pour évaluer formellement la relation entre le niveau de contrôle glycémique pendant la grossesse et le risque de TDAH chez les enfants.

Les résultats de cet article concernant le sur-risque de TDAH dans le groupe exposition au DT1 sont en accord avec une étude suédoise de registre montrant un sur-risque de 35% de TDAH chez les enfants exposés au DT1 maternel comparativement aux enfants de la population générale [7]. Cette étude a également montré que le DT1 paternel était associé à un sur-risque de 20% de TDAH dans la descendance. Le plus grand risque associé au DT1 maternel versus paternel est en accord avec l’hypothèse d'un impact de l'environnement glycémique intra-utérin dans la survenue étiologie du TDAH. Mais le fait qu’il existe un risque élevé associé au DT1 à la fois paternel et maternel suggère que la prédisposition génétique associée à l'immunité pourrait jouer un rôle dans la survenue d'un TDAH [6].
Il est important de rappeler que la répartition démographique des membres du KPSC représente globalement la population des résidents du sud de la Californie ; ainsi, cette étude ne peut-être généralisée. Toutefois pris dans leur ensemble, les résultats de cette étude suggèrent qu'une hyperglycémie sévère nécessitant un traitement médicamenteux pour traiter le diabète pendant la grossesse, qu'il s'agisse d'un DT1, d'un DT2 préexistant, ou d'un DG peut être associée à un risque accru de TDAH chez les enfants. Les mécanismes biologiques potentiels qui lient le risque de TDAH dans la descendance et dans un environnement glycémique sous-optimal pendant la grossesse sont inconnus et peuvent impliquer de multiples voies. Cette hyperglycémie peut prédisposer les fœtus au stress, à l'inflammation chronique, à l'hypoxie et à l'hyperinsulinémie fœtale, qui peuvent à leur tour entraver le développement du cerveau du fœtus pendant les périodes prénatales critiques et entraîner des troubles neuro-comportementaux plus tard dans la vie. L'épigénétique pourrait être un autre mécanisme potentiel. Une étude chez l’animal a montré que l’hyperglycémie maternelle chronique pendant la grossesse augmentait l’excitation de l’hippocampe et modifiait le comportement des enfants [10].
Cette étude doit donc nous inciter à être d’autant plus attentifs à l’équilibre glycémique durant la grossesse de nos patientes diabétiques pour ne pas potentiellement impacter sur le développement neuro-comportemental de leurs enfants.

 

Références

[1] Polanczyk G, et al. The worldwide prevalence of ADHD: a systematic review and metaregression analysis. Am J Psychiatry 2007;164(6):942-948.
 
[2] Visser SN, et al. Trends in the parent-report of health care provider diagnosed and medicated attention-deficit/ hyperactivity disorder: United States, 2003-2011. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 2014 Jan;53(1):34-46.e2.
 
[3] Wilens TE, et al. Does ADHD predict substance-use disorders? A 10-year follow-up study of young adults with ADHD. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 2011 Jun;50(6):543-53.
 
[4] Ornoy A, et al.  Effect of maternal diabetes on the embryo, fetus, and children: congenital anomalies, genetic and epigenetic changes and developmental outcomes. Birth Defects Res C Embryo Today 2015 Mar;105(1):53-72.
 
[5] Ornoy A, et al. School-age children born to diabetic mothers and to mothers with gestational diabetes exhibit a high rate of inattention and fine and gross motor impairment. J Pediatr Endocrinol Metab 2001;14(Suppl. 1):681-9.
 
[6] Instanes JT, et al. Attention-deficit/hyperactivity disorder in offspring of mothers with inflammatory and immune system diseases. Biol Psychiatry 2017 Mar 1;81(5):452-9.
 
[7] Ji J, et al. Type 1 diabetes in parents and risk of attention deficit/hyperactivity disorder in offspring: a population based study in Sweden. Diabetes Care 2018 Apr;41(4):770-774.
 
[8] Liew Z, et al. Acetaminophen use during pregnancy, behavioral problems, and hyperkinetic disorders. JAMA Pediatr 2014 Apr;168(4):313-20.
 
[9] Perera FP, et al. Early-life exposure to polycyclic aromatic hydrocarbons and ADHD behavior problems. PLoS One 2014 Nov 5;9(11):e111670.
 
[10] Chandna AR, et al. Chronic maternal hyperglycemia induced during mid-pregnancy in rats increases RAGE expression, augments hippocampal excitability, and alters behavior of the offspring. Neuroscience 2015 Sep 10;303:241-60.
 


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mardi 4 décembre 2018

Le traitement intensif de la parodontite, aussi efficace sur le diabète qu’un traitement hypoglycémiant ?

Auteur : 
Camille Vatier
Date Publication : 
Novembre 2018
 
Article du mois en accès libre
 
D’Aiuto F, et al. Systemic effects of periodontitis treatment in patients with type 2 diabetes: a 12 month, single-centre, investigator-masked, randomised trial. Lancet Diabetes Endocrinol 2018 Nov;6(12):954-965. doi: 10.1016/S2213-8587(18)30038-X. [Epub ahead of print].

 

L’inflammation est un élément perturbateur du contrôle glycémique dans le diabète et est directement impliquée dans l’athérosclérose et la maladie rénale chronique [1] qui sont les causes majeures de mortalité prématurée chez les diabétiques. Pourtant, il n’est pas démontré à ce jour que traiter l’inflammation est efficace pour améliorer le contrôle glycémique et diminuer, de ce fait, le risque de complications du diabète de type 2. La parodontite est une maladie inflammatoire chronique, l’accumulation de bactéries sur la surface des dents n’étant pas confinée qu’à la cavité orale [2]. Elle est associée à une majoration du risque de diabète, de maladies cardiovasculaires et d’insuffisance rénale terminale [3]. Le traitement de la parodontite se déroule en trois phases : une phase initiale avec des soins dentaires de base, des conseils d’hygiène buccale, de détartrage ; une phase corrective après réévaluation à 8 semaines avec soins chirurgicaux parodontaux (en cas d’hygiène buccale optimale) ou avec répétition de détartrages et de débridements des racines (en cas d’hygiène buccale non optimale) pendant 1 à 2 mois, et une phase finale après réévaluation 3 mois après la fin des soins précédents. La phase finale est un protocole ouvert, le plus souvent avec des conseils d’hygiène dentaire et des soins non chirurgicaux de nettoyage dentaire réalisés tous les 3 mois. Tonetti et al. [4] ont montré précédemment que le traitement efficace de la parodontite conduit, à 6 mois, à la diminution des marqueurs inflammatoires systémiques et à l’amélioration de la fonction endothéliale, marqueur de l’athérosclérose. D’autres études ont montré une amélioration du contrôle glycémique après traitement de la parodontite à court terme (suivi de 2 à 6 mois) avec une diminution de l’HbA1c de 0,3-0,4% [5]. Cependant ces études concernent des petits échantillons de patients, diabétiques de type 1 et 2, avec parfois des traitements locaux ou systémiques adjuvants. Le bénéfice potentiel du traitement de la parodontite sur les complications du diabète reste donc incertain.

Dans ce travail, D’Aiuto et al. ont fait l’hypothèse qu’un traitement parodontal efficace, avec réduction de l’inflammation locale et systémique, permettrait l’amélioration du contrôle glycémique chez des patients diabétiques de type 2, et ainsi l’amélioration des fonctions vasculaires, rénales et de la qualité de vie. Il s’agit d’une étude randomisée monocentrique de douze mois en groupe parallèle, à l’insu de l’investigateur (seul le personnel dentaire connaissait le groupe de traitement) pour déterminer l’effet du traitement parodontal intensif (non chirurgical et chirurgical) par rapport au traitement habituel (contrôle dentaire régulier avec polissage et détartrage des dents) sur l’équilibre du diabète. Les patients ont été inclus dans l’étude s’ils présentaient un diabète de type 2 (selon les critères diagnostic de l’OMS) depuis plus de 6 mois et une parodontite modérée à sévère (≥ 20 poches parodontales de plus de 4mm de profondeur et alvéolyse atteignant plus de 30% de perte osseuse) avec plus de 15 dents. Les critères d’exclusion étaient une maladie systémique non contrôlée autre que le diabète (maladie cardiovasculaire, hypertension artérielle, pathologie hépatique, pulmonaire, insuffisance rénale terminale, cancer, infection par le VIH ou l’hépatite B), traitement chronique par des traitements affectant les tissus parodontaux (phénytoïne ou cyclosporine) de plus de deux semaines, traitement antibiotique chronique, grossesse ou allaitement. Les patients étaient randomisés dans deux groupes : traitement parodontal intensif (TPI) ou traitement parodontal contrôle (TPC), en tenant compte de la durée du diabète, du statut tabagique, du sexe et de la sévérité de la parodontite. Les affectations de traitements n’étaient connues par le clinicien dentiste et le patient que le premier jour du traitement, les autres investigateurs (infirmières collectant les mesures anthropométriques et les échantillons sanguins, les biologistes, l’équipe de traitement des données) étant en aveugle jusqu’à la fin de l’étude. L’ensemble des patients a reçu les mêmes informations concernant l’hygiène dentaire, et les mêmes prises en charge d’extraction dentaire si nécessaire.  Les patients du groupe TPI ont reçu les trois étapes décrites ; les patients du groupe TPC ont reçu détartrage et polissage de toutes les dents à l’inclusion, 2, 6, 9 et 12 mois et pour ceux qui le nécessitaient, à la fin de l’étude, un traitement additionnel parodontal était réalisé. Les patients ayant une progression de la parodontite étaient sortis d’étude pour être adressés à un centre spécialisé de prise en charge. Les traitements du diabète étaient gérés par l’endocrinologue habituel en utilisant les mêmes recommandations dans les deux groupes, et l’équipe de diabétologie n’était pas informée du groupe des patients. Les paramètres dentaires et cliniques (tabac, pression artérielle, poids, taille, tour de taille) étaient mesurés par deux examinateurs entrainés. A chaque visite, l’HbA1c, la glycémie, les paramètres lipidiques, l’insulinémie, la créatininémie, la CRPus ainsi que d’autres marqueurs inflammatoires et endothéliaux étaient mesurés ; le HOMA, la clairance de la créatinine et le risque cardiovasculaire (à partir du calculateur de risque de l’UKPDS) étaient calculés. Un questionnaire diététique semi-quantitatif et un questionnaire de qualité de vie étaient remplis au début et à la fin de l’étude. Le critère principal de jugement était la différence d’HbA1c entre les deux groupes à 12 mois ; les critères secondaires étaient la différence d’HbA1c à 6 mois, la différence de glycémie, d’insulinémie, de créatininémie, de fonction endothéliale à 6 et 12 mois. Le nombre de patients nécessaires pour montrer une différence de 1% d’HbA1c entre les deux groups était de 129 individus par groupe.
Entre le 1er octobre 2008 et le 31 octobre 2012, 1765 patients diabétiques de type 2 ont été examinés et sur les 885 patients éligibles à cette étude, 264 patients ont été randomisés (133 dans le groupe TPI et 131 dans le groupe TPC) : 62,5% d’hommes, 57 ans d’âge moyen, 8,1% d’HbA1c et 24% de patients insulinotraités. Le profil de risque cardiométabolique initial était comparable dans les deux groupes, et le régime et le mode de vie n’ont pas changé au cours de l’étude. Vingt patients ont été perdus de vue (12 et 8 dans les groupes TPI et TPC respectivement). Il existait quelques différences concernant le traitement entre les deux groupes à l’inclusion (plus de bêta bloquants, d’ARAII et d’aspirine dans le groupe TPC). Après deux mois, 63 patients du groupe TPI avaient une bonne hygiène (score de plaque dentaire ≤ 20%) et au moins une poche parodontale de plus de 6mm de profondeur nécessitant un traitement chirurgical pour améliorer le détartrage de la surface des racines. 55 patients n’avaient pas une hygiène dentaire optimale et 15 n’avaient pas de poche parodontale de plus de 6mm de profondeur nécessitant la poursuite des détartrages sous anesthésie locale (n=70).
L’HbA1C était diminuée de 0,6% à 12 mois (IC 0,1-1 ; p=0,0101) dans le groupe TPI par rapport au groupe TPC après ajustement sur l’âge, le sexe, l’ethnicité, le statut tabagique et la durée du diabète et en intention de traiter (pas de différence significative à 6 mois). Dans le groupe TPI, 67% des patients ont eu une diminution de plus de 0,9% de l’HbA1c contre 33% dans le groupe TPC (p=0,0284) à un an, baisse confirmée après ajustement sur les modifications thérapeutiques. A 12 mois, tous les paramètres cliniques parodontaux étaient significativement meilleurs dans le groupe TPI avec une diminution significative dès 2 mois de traitement pour atteindre une différence de 21% en fin d’étude pour le score de plaque dentaire (IC 15-26, p<0,0001), de 26% pour le score hémorragique (IC 21-31 ; p<0,0001), de 0,8 mm de profondeur de poches parodontales (IC 0,6-1,0 ; p<0,0001), et 27 poches parodontales en moins (IC 22-32 ; p<0,0001). Concernant les autres critères métaboliques secondaires, la glycémie à jeun a diminué dans le groupe TPI mais pas l’insulinémie, le HOMA, les lipides plasmatiques. Au sein du groupe TPI, il n’y avait pas de différence significative en terme d’HbA1c entre le groupe traitement chirurgical (n=63) et non chirurgical (n=70) avec un taux de 7,7+/-0,1%. Concernant les paramètres inflammatoires, la CRP et le TNFα étaient significativement plus bas à 12 mois dans le groupe TPI (-1 mg/L; IC 0,8-1,2 ; p=0,0102 et -0,4 pg/mL ; IC 0,2-0,6 ; p=0,0201 respectivement) mais il n’y avait pas de différence pour les autres marqueurs inflammatoires ou endothéliaux. Les patients du groupe TPI avaient un risque de coronaropathie à 10 ans plus faible à la fin de l’étude que ceux du groupe TPC (-1,1% ; IC 1,0-1,2 ; p=0,0323) ; ils avaient également un débit de filtration glomérulaire plus élevé (+4,1 mL/min/1,73m² ; IC 1,4-6,8  ; p=0,0031). Les effets secondaires étaient comparables dans les deux groupes, de même que les changements de prescriptions médicamenteuses, concernant plus de 20% de patients. La diminution d’HbA1c à 12 mois était corrélée aux évolutions des paramètres parodontaux, du débit de filtration glomérulaire, à la baisse de la CRP et du TNFα. La diminution de la CRP était corrélée aux paramètres parodontaux et au TNFα. Les scores de qualité de vie étaient plus élevés dans le groupe TPI à 12 mois (0,83 ; IC 0,29-1,38 ; p=0,0034) avec amélioration de la qualité de vie au travail, de la confiance en soi et des conditions de vie.

Les résultats de ce travail montrent que le traitement parodontal intensif améliore le contrôle métabolique des patients DT2 à 12 mois par rapport à la prise en charge standard de la parodontite. La diminution de l’HbA1c et de la glycémie à jeun s’accompagnent d’une amélioration de la fonction vasculaire et rénale, d’une diminution de l’inflammation systémique et d’une amélioration de la qualité de vie. Ceci suggère une relation entre parodontite, contrôle glycémique et contrôle des complications du diabète. Ce travail souligne que la santé dentaire est un axe important de la prise en charge des patients DT2.
En deuxième ligne de la prise en charge thérapeutique du DT2, les traitements antidiabétiques permettent une diminution de l’HbA1c de 0,4 à 0,9% équivalent à l’effet du traitement parodontal intensif retrouvé dans cette étude. Jusque là, il n’existait que de petites études et méta-analyses pour juger de l’effet potentiellement bénéfique du traitement de la parodontite sur le contrôle glycémique, sans conclusion réelle. La plus grosse étude sur le sujet, l’essai multicentrique sur diabète et traitement parodontal (DPTT) [6], présentait deux groupes de 257 patients chacun et ne retrouvait pas d’amélioration de la santé parodontale et pas de bénéfice glycémique à 6 mois, mais les patients inclus souffraient de parodontite peu sévère et les résultats du traitement parodontal étaient limités.
Au-delà de l’effet métabolique, les résultats suggèrent également un effet positif du traitement parodontal sur les complications cardiovasculaires et rénales du diabète. Dans une étude précédente randomisée chez des patients non diabétiques [4], il a été montré une amélioration de la fonction endothéliale après 6 mois de traitement parodontal. Ces résultats se confirment ici et à 12 mois chez des patients DT2 à haut risque cardiovasculaire. De plus, il est rapporté une diminution de 1,1% du risque cardiovasculaire UKPDS à 10 ans ; ce résultat est à interpréter avec précaution, d’autant que dans l’UKPDS, une diminution de 0,9% d’HbA1c s’accompagnait d’une amélioration marginale du risque de mortalité cardiovasculaire [7] entre le groupe intensif et le groupe contrôle. Le traitement parodontal pourrait améliorer le risque cardiovasculaire via son effet hypoglycémiant, et si ces résultats se confirmaient dans de larges études interventionnelles, le traitement parodontal serait une nouvelle cible de la prévention cardiovasculaire chez les diabétiques. Concernant l’amélioration de la fonction rénale retrouvée dans le groupe TPI, elle pourrait passer par l’effet positif endothélial puisque les lésions glomérulaires endothéliales sont l’une des premières anomalies de la néphropathie diabétique. Une des originalités de ce travail est l’étude de la qualité de vie avec une amélioration dans le groupe TPI.
Une des limites de ce travail est la différence de traitements entre les deux groupes notamment concernant l’aspirine, les bêta-bloquants, les ARAII. Cependant, des analyses de sensibilité post-hoc dans les sous groupes ne prenant pas ces traitements confirment la diminution de l’HbA1c dans le groupe TPI. Il faudra d’autres études pour confirmer l’efficacité du traitement parodontal chez les patients DT2 indépendamment du traitement cardiométabolique. Enfin cette étude est monocentrique, ce qui limite l’extrapolation possible des résultats à tous les patients DT2, mais les patients étaient recrutés à partir de différents centres médicaux.

En conclusion, la prévalence de la parodontite est de plus de 50% et chez les sujets diabétiques, les formes sévères représentant environ un cas sur deux [8]. Cette étude souligne le potentiel effet métabolique favorable du traitement parodontal chez les DT2. Ces résultats sont, comme toujours, à confirmer et à approfondir dans des études plus longues et avec un plus grand nombre de patients. Cependant, ils suggèrent qu’une évaluation bucco-dentaire systématique et que le traitement intensif d’une parodontite devraient faire partie intégrante de la prise en charge efficace d’un diabète de type 2.

 

Références

[1] Tuomi N, et al. The many faces of diabetes: a disease with increasing heterogeneity. Lancet 2014;383:1084-94.
 
[2] Artese HP, et al. Periodontal therapy and systemic inflammation in type 2 diabetes mellitus: a meta-analysis. PLoS One 2015;10:e0128344.
 
[3] Borgnakke WS, et al. Effect of periodontal disease on diabetes: systematic review of epidemiologic observational evidence. J Periodontol 2013;84:S135-52.
 
[4] Tonetti MS, et al. Treatment of periodontitis and endothelial function. N Eng J Med 2007;356:911-20.
 
[5] Simpson TC, et al. Treatment of periodontal disease for glycaemic control in people with diabetes mellitus. Cochrane Database Syst Rev 2015;6: CD004714.
 
[6] Engebretson SP,  et al. The effect of nonsurgical periodontal therapy on hemoglobin A1c levels in persons with type 2 diabetes and chronic periodontitis: a randomized clinical trial. JAMA 2013;310:2323-32.
 
[7] Stevens RJ, et al. The UKPDS risk engine: a model for the risk of coronary heart disease in type II diabetes (UKPDS 56). Clin Sci (Lond) 2001;101:671-79.
 
[8] White DA, et al. Adult Dental Health Survey 2009: common oral health conditions and their impact on the population.Br Dent J 2012;213:567-72.
 


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