lundi 8 juin 2026

L'absorption orale du glucose est augmentée au cours des stades précoces de la stéatose hépatique d'origine métabolique

Auteur : 
Alexia Rouland
Date Publication : 
Mai 2026
 
Article du mois en accès libre
 
Domenico Tricò, Tongzhi Wu, Noemi Cimbalo & al. Oral glucose absorption is enhanced in early metabolic dysfunction-associated steatotic liver disease. Diabetologia. Avril 2026. doi : 10.1007/s00125-026-06730-5

 

La stéatose hépatique d'origine métabolique (metabolic dysfunction-associated steatotic liver disease ou MASLD) est un enjeu de santé publique, puisqu'elle affecte environ 40% des adultes à travers le monde et confère un risque augmenté de carcinome hépatocellulaire et de mortalité cardiovasculaire [1]. La MASLD comprend un spectre de pathologies allant de la simple stéatose à la stéatohépatite, la fibrose et la cirrhose. De plus en plus d’études ont mis en évidence de profondes altérations de l'absorption orale du glucose chez les individus avec une MASLD. Elles plaident en faveur du rôle de l'augmentation du flux de glucose en période post-prandiale au niveau du foie dans la lipogénèse de novo, l'inflammation et la fibrose [2,3]. L'absorption orale du glucose, quantifiée in vivo par le taux d'apparition du glucose plasmatique après ingestion orale (rate of appearance of oral ingested glucose ou RaO) est un déterminant majeur de la glycémie post-prandiale et de la réponse insulinique. Le RaO est régulé par la vidange gastrique, qui détermine le taux d'entrée du glucose ingéré dans l'intestin grêle, et par l'expression des transporteurs du glucose au niveau de la partie supérieure de l'intestin grêle. Les études réalisées jusque-là ont inclus des patients avec une MASLD avancée et se sont intéressées à des éléments évaluant de façon indirecte l'absorption orale du glucose (par exemple, l'expression des transporteurs au glucose ou le profil glycémique après un test d’hyperglycémie provoquée par voie orale, ou HGPO). Finalement, il existe peu de données sur la dynamique in vivo du flux de glucose ainsi que ses déterminants, en particulier dans les premiers stades de la MASLD.

L’hypothèse principale des travaux présentés ici est que l'absorption orale du glucose est plus importante chez les individus dans les premiers stades de la MASLD par rapport à des sujets contrôles. Les auteurs ont utilisé une technique validée de traceur double, incluant une administration à la fois intraveineuse et orale d'un isotope stable du glucose, pour quantifier la cinétique d’absorption intestinale du glucose après une charge en glucose, tout en évaluant la captation du glucose par les tissus périphériques et la production hépatique de glucose. Ils ont également exploré, dans une seconde cohorte, la relation entre la vidange gastrique après une charge en glucose (en utilisant un test respiratoire à l'acétate marqué) et un marqueur de la stéatose hépatique, l’Hepatic Steatosis Index (HSI).

Pour la première étude, des sujets âgés de 18 à 65 ans, sans diabète et ayant un indice de masse corporelle (IMC) entre 18 et 40 kg/m² ont été recrutés à l'hôpital universitaire de Pise en Italie. La stéatose hépatique a été définie par une échographie faite par un radiologue expert, et la MASLD a été définie selon les recommandations en vigueur [4]. Les sujets avec une MASLD au stade de fibrose hépatique ont été exclus. Chaque participant a réalisé une HGPO avec 75 g de glucose marqué pour pouvoir quantifier les flux métaboliques.

Concernant la deuxième étude, des participants âgés de 18 à 70 ans sans diabète et ayant un IMC entre 18 et 30 kg/m² ont été recrutés à Adélaïde en Australie. Ces participants étaient ceux d’une étude déjà réalisée sur une autre thématique. Une HGPO avec 75 g de glucose a été réalisée chez ces participants avec des mesures de vidange gastrique. La stéatose hépatique a cette fois-ci été évaluée en utilisant le HSI, marqueur indirect de stéatose hépatique. Si le score était ≥ 36, le patient était considéré comme à haut risque de MASLD. Si le score était < 30, le patient était considéré comme indemne de MASLD. Le temps de demi-vidange gastrique a aussi été mesuré (T50).

Pour la première étude, 42 volontaires ont réalisé l'HGPO. L'âge moyen était de 45 ± 14 ans, avec 25 hommes et 17 femmes inclus. L'IMC moyen était de 26,7 ± 4,6 kg/m². Vingt individus sur quarante-deux avaient une MASLD, soit 47,6%. Les groupes étaient comparables en termes d’âge, de sexe et de tension artérielle. Dans le groupe MASLD, l’IMC était plus élevé (+3,8 ± 1,3 kg/m² ; p = 0,007) tout comme l’hémoglobine glyquée (HbA1c) (+3,2 ± 1,5 mmol/mol [0,3 ± 0,1%] ; p = 0,036), le LDL cholestérol (+0,5 ± 0,3 mmol/L ; p = 0,010), les triglycérides (+0,8 ± 0,4 mmol/L ; p = 0,0001), les ALAT (+8 ± 3 UI/L ; p = 0,021) et les gamma-GT (+19 ± 8 UI/L ; p = 0,005). La glycémie à jeun et après 2 heures post-HGPO étaient similaires entre les deux groupes. Cependant, la glycémie à 1 heure post-HGPO, le pic de glucose et l'aire sous la courbe du glucose entre 0 et 120 minutes (glucose AUC0-120) étaient plus élevés dans le groupe MASLD que dans le groupe contrôle. Le RaO était plus élevé dans le groupe MASLD, en particulier 1 heure post-HGPO, avec un RaO AUC0 – 60 33,6% supérieur dans le groupe MASLD par rapport au groupe contrôle (+318 ± 142 µmol/kg ; p= 0,031). Dans le groupe MASLD, la quantité totale de glucose absorbée était 51,6% plus élevée à 1 heure post-HGPO (+6,4 ± 1,8 g ; p = 0,001) et 53,2% plus élevée à 2 heures (+10,7 ± 3,6 g ; p = 0,005). Ces différences persistaient après ajustement sur l'âge, le sexe, l’HbA1c ainsi que l'IMC (p < 0,02 pour tous). La production endogène de glucose (EGP) était similaire dans les deux groupes à jeun et partiellement diminuée après HGPO chez tous les sujets.  L'insulinémie plasmatique était plus élevée dans le groupe MASLD, à jeun (+38 ± 10 pmol/L ; p = 0,0004) et tout le long de l'HGPO (AUC0 – 120 +15 ± 7 nmol/L.min ; p = 0,031), avec un taux de sécrétion d’insuline (ISR) plus élevé à jeun (+26 ± 12 pmol/min/m² ; p = 0,039) ainsi qu'à 1 heure post-HGPO (+102 ± 48 pmol/min/m² ; p= 0,038). Il n'y avait pas de différence entre les groupes concernant la résistance hépatique à l'insuline (p = 0,207 et p = 0,296 pour l'ISR, p = 0,066 pour l’Hepatic Insulin Resistance Index). La résistance à l'insuline du tissu adipeux était plus importante dans le groupe MASLD (p = 0,008). En régression logistique univariée, l'absorption orale du glucose a été identifiée comme un facteur prédictif de MASLD. Pour chaque augmentation d’une déviation standard du RaO AUC0 – 60, l’Odds Ratio (OR) de MASLD était de 2,11 (IC 95% [1,04 – 4,30] ; p = 0,039). La relation entre l'absorption du glucose et la MASLD restait statistiquement significative dans les modèles multivariés après ajustement sur l'âge, le sexe et l’HbA1c (OR : 2,61, IC 95% [1,10 – 7,79] ; p = 0,048), et après ajustement sur l'IMC (OR : 4,73, IC 95% [1,53 – 24,26] ; p = 0,022.

Concernant la 2ème étude, 91 participants ont réalisé l'HGPO avec une mesure de la vidange gastrique et ont été inclus : 48 hommes et 43 femmes. L'âge moyen était de 30 ans (23-40), l'IMC moyen était de 24,6 ± 3,4 kg/m², l’HbA1c moyenne était de 34,9 ± 3,1 mmol/mol (5,3 ± 0,3%). Le HSI moyen était à 33 (29 – 36). Par rapport à la première étude, la population de l’étude était différente avec notamment un IMC plus bas. Après prise du glucose par voie orale, la glycémie était plus élevée à 1 heure et 2 heures post-HGPO dans le groupe HSI ≥ 36 par rapport au groupe avec HSI < 30. Il n'y avait pas de différence dans le T50 ou la rétention gastrique à 1 heure de l'HGPO, que ce soit avant ou après ajustement sur l'âge, le sexe, l’HbA1c ou l'IMC.

Cette publication est la première à s'intéresser aux flux de glucose post-prandiaux chez des individus avec une MASLD à un stade précoce. Les auteurs ont montré qu’en comparaison aux individus contrôles, les individus avec une MASLD sans fibrose hépatique avaient une absorption du glucose oral de plus de 50% supérieure aux autres, ce qui résultait en un taux plasmatique de glucose plus élevé et une réponse à l'insuline plus élevée après une charge orale en glucose. De plus, la MASLD au stade précoce était associée à une diminution de l'insulinosensibilité périphérique, alors que la sensibilité hépatique à l'insuline était préservée. Il n'y avait pas d'association entre la vidange gastrique et l'estimation du contenu hépatique en graisse dans la seconde cohorte de sujets. Toutes ces observations sont en faveur d'une augmentation de l'absorption orale du glucose, probablement due à une plus grande absorption au niveau intestinal plutôt qu'à une accélération de la vidange gastrique, à des stades précoces de la MASLD. Ainsi, l'absorption du glucose est retrouvée comme une cible biologiquement plausible et actionnable pour la prévention et la prise en charge de la MASLD.

Les mécanismes à l’origine de ces altérations sont divers. Le glucose est absorbé au niveau de l'intestin et arrive au foie via la veine porte, où un flux excessif de glucose pourrait stimuler l'accumulation de triglycérides intrahépatiques et ainsi favoriser la progression de la MASLD. De plus, une augmentation de l'absorption orale du glucose, et donc de la glycémie plasmatique avec un état d'hyperinsulinémie, pourrait stimuler la lipogénèse de novo et altérer la sortie des lipides du foie. Les mécanismes moléculaires pourraient comporter une transcription plus importante de certains facteurs clefs (comme ChREBP ou SREBP-1c) [5]. L'élévation rapide du glucose en situation post-prandiale pourrait également favoriser la formation des produits terminaux de la glycation et des espèces réactives de l'oxygène, ce qui pourrait stimuler le relargage de cytokines pro-inflammatoires. De plus, l'activation persistante de la lipogénèse de novo pourrait être à l'origine de la production de substances lipotoxiques comme les diacylglycérols ou les céramides, ce qui pourrait activer la voie de l’inflammation.
La vidange gastrique est aussi un déterminant important du RaO. Le fait que le T50, tout comme la rétention gastrique à 1 heure post-HGPO, soient similaires entre les individus avec des niveaux élevés ou bas de HSI suggère que la vidange gastrique n'est pas un mécanisme majeur dans la survenue de la stéatose hépatique.

Cette étude présente quelques limites : 1) le design de l'étude ne permet pas de prouver la causalité ainsi que la direction des associations retrouvées entre le RaO et la MASLD, 2) la stéatose et la fibrose hépatiques ont été déterminées en utilisant des méthodes opérateur-dépendant ou indirectes, avec des potentiels biais de classification. De plus, la stéatose hépatique était mesurée par échographie dans la première étude et estimée par le HSI dans la deuxième. L'utilisation de différentes méthodes a pu introduire de l'hétérogénéité dans les observations, 3) la taille de l'échantillon était relativement faible, 4) l'étude inclut deux cohortes indépendantes avec des caractéristiques différentes, en particulier en ce qui concerne l'IMC, 5) même si les associations persistaient après ajustement sur l'IMC, des facteurs de confusion résiduels liés à l’adiposité ne peuvent pas être exclus, 6) le RaO AUC0 – 120 ne reflète pas la totalité de la charge de 75 g de glucose, avec une absorption possible au-delà des 120 minutes, une extraction splanchnique, un stockage du glucose sous forme de glycogène ou une conversion métabolique avant le passage systémique, ce qui n'a pas pu être quantifié.

En conclusion, cette étude est la première à montrer une augmentation du RaO chez les sujets avec une MASLD à un stade précoce, en utilisant une méthode in vivo avec un traceur radiomarqué. L'absence de corrélation entre la vidange gastrique et la stéatose hépatique suggère que l'absorption se ferait plutôt à un niveau intestinal, en concordance avec les études précédentes réalisées. Ces résultats sont en faveur d’une absorption orale du glucose altérée dans la MASLD qui pourrait représenter une cible pour sa prévention et son traitement.

 

Références

[1] Younossi ZM, Golabi P, Paik JM, Henry A, Van Dongen C, Henry L (2023) The global epidemiology of nonalcoholic fatty liver dis ease (NAFLD) and nonalcoholic steatohepatitis (NASH): a systematic review. Hepatology 77(4):1335–1347.
 
[2] Trico D, Galderisi A, Mari A, Santoro N, Caprio S (2019) One hour post-load plasma glucose predicts progression to prediabetes in a multi-ethnic cohort of obese youths. Diabetes Obes Metab 21(5):1191–1198.
 
[3] Phillips LK, Deane AM, Jones KL, Rayner CK, Horowitz M (2015) Gastric emptying and glycaemia in health and diabetes mellitus. Nat Rev Endocrinol 11(2):112–128.
 
[4] European Association for the Study of the Liver (EASL); European Association for the Study of Diabetes (EASD); European Association for the Study of Obesity (EASO). EASL-EASD-EASO Clinical Practice Guidelines on the management of metabolic dysfunction-associated steatotic liver disease (MASLD). J Hepatol. 2024 Sep;81(3):492-542.
 
[5] Smith GI, Shankaran M, Yoshino M et al (2020) Insulin resistance drives hepatic de novo lipogenesis in nonalcoholic fatty liver disease. J Clin Investig 130(3):1453–1460.
 


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mardi 19 mai 2026

Hyperglycémie lors d’une pancréatite aiguë et progression vers un diabète précoce après guérison : résultats préliminaires de l’étude DREAM

Auteur : 
Florian Mourre
Date Publication : 
Avril 2026
 
Article du mois en accès libre
 
Kathleen M. Dungan & al. Hyperglycemia During Acute Pancreatitis and Progression to Early-Onset Diabetes After Recovery: Preliminary Findings From the Diabtes Related to Acute Pancreatitis and Its Mechanisms (DREAM) Study, Diabetes Care 2026; dc252885. doi : 10.2337/dc25-2885

 

Le diabète est une maladie dont les mécanismes physiopathologiques sont nombreux et complexes, et dont l’origine peut être reliée à différentes causes, notamment pancréatiques. Bien que la pancréatite chronique soit une cause bien connue de diabète [1], la pancréatite aiguë (PA) peut aussi conduire à l’apparition d’un diabète et pourrait être la première cause de diabète d’origine pancréatique du fait de sa fréquence [2]. L’American Diabetes Association recommande d’ailleurs de réaliser un dépistage du diabète 3 à 6 mois après un épisode de PA [3]. Cependant, les facteurs prédictifs de développer un diabète secondaire à une PA et sa temporalité restent mal connus et nécessitent d’être explorés afin d’identifier les personnes qui bénéficieraient le plus de ce dépistage. L’hyperglycémie induite par le stress, c’est-à-dire une hyperglycémie transitoire survenant lors d’une maladie aiguë et résolutive après guérison de celle-ci, est liée à des mécanismes métaboliques de contre-régulation et représente un facteur de risque de développer un diabète [4]. Cette hyperglycémie transitoire peut survenir lors d’un épisode de PA, même modéré. Dans ce cas, une inflammation pancréatique est présente en plus d’une inflammation systémique et pourrait mener à une dysfonction des cellules béta sécrétrices d’insuline, contribuant à l’hyperglycémie. Ce mécanisme, distinct de l’hyperglycémie de stress, pourrait être un facteur pronostic dans la survenue d’un diabète dans ce contexte. Les auteurs ont donc étudié la prévalence de l’hyperglycémie dans la PA chez les individus non diabétiques, les facteurs de risque de l’hyperglycémie dans la PA et sa signification pronostique sur le risque de développer un diabète précocement après l’épisode de PA.

Pour cela, les auteurs ont analysé les résultats préliminaires de l’étude DREAM (Diabetes Related to Acute Pancreatitis and Its Mechanisms – diabète lié à une pancréatite aiguë et ses mécanismes), qui est une cohorte prospective étudiant l’histoire naturelle du diabète après une PA. Il s’agit d’une étude multicentrique sponsorisée par le National Institute of Health proposée aux personnes entre 18 et 75 ans ayant eu un épisode de PA dans les 90 derniers jours. Les critères d’exclusion étaient l’existence d’une pancréatite chronique, d’une nécrose pancréatique nécessitant une nécrosectomie ou un drainage, d’une chirurgie pancréatique, d’une tumeur pancréatique, d’une grossesse, d’une maladie ou d’un traitement pouvant avoir une influence sur la survenue d’un diabète ou un diabète préexistant à la PA. Au total, 710 individus ont accepté de participer à l’étude, et 395 ont été inclus, la majorité des participants exclus étant des patients vivant avec un diabète (164 personnes) ou n’ayant pas eu l’intégralité de leur évaluation métabolique dans la période prévue par l’étude (135 participants). Les auteurs ont utilisé les glycémies mesurées lors du passage à l’hôpital des participants, ont conservé la glycémie la plus élevée pour les analyses (les glycémies mesurées étant à 92% des glycémies veineuses, le reste étant des glycémies capillaires), et ont exploré deux seuils d’hyperglycémie pour répondre à leur objectif : 140 mg/dL (HG140) et 200 mg/dL (HG200). Les participants ont ensuite bénéficié d’une évaluation métabolique 3 mois après l’épisode de PA, avec une consultation médicale, un dosage de la glycémie à jeun, de l’hémoglobine glyquée et une hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) avec 75g de glucose. Un participant était considéré comme ayant un diabète secondaire à la PA si 1) deux résultats biologiques étaient anormaux (glycémie à jeun ≥ 126 mg/dL, HbA1c ≥ 6,5% [48 mmol/mol]), 2) si glycémie ≥ 200 mg/dL à 2h lors de l’HGPO, 3) s’ils prenaient un traitement antidiabétique, 4) si un diagnostic de diabète avait été réalisé par un professionnel de santé, ou 5) en cas de présence de symptômes de diabète et d’une glycémie ≥ 200 mg/dL. Le prédiabète était défini par une HbA1c entre 5,7 et 6,49%, une glycémie à jeun entre 100 et 125 mg/dL ou une glycémie à 2h lors de l’HGPO entre 140 et 199 mg/dL. Concernant les analyses statistiques, les auteurs ont utilisé une régression logistique multi-ajustée (âge, sexe, ethnie, indice de masse corporelle [IMC], triglycérides, débit de filtration glomérulaire [DFG], étiologie de la PA, indice de comorbidité de Charlson) avec un ajustement pas à pas pour déterminer le meilleur modèle.

Parmi les 395 participants, 37,5% atteignaient le critère HG140 et 7,1% le critère HG200. Les participants atteignant le seuil HG140 étaient un peu plus âgés (médiane 50,8 [40,1 – 61,4] ans vs 47,5 [35,4 – 58,9] ans, p = 0,03) que ceux qui n’atteignaient pas ce seuil. Le sexe et l’ethnie étaient comparables entre les groupes, sauf pour les participants d’origine asiatique qui atteignaient plus souvent le seuil HG200. Il n’y avait pas de différence statistiquement significative entre les groupes concernant le sexe, l’hypertension, le tabac, les antécédents familiaux de diabète, l’IMC, les antécédents de PA et les traitements par glucocorticoïdes, excepté pour les triglycérides qui étaient plus élevés chez les participants qui atteignaient le seuil HG200 (158 [98 – 245] mg/dL vs 99 [73 – 154] mg/dL, p = 0,01). Les participants atteignant HG140 et HG200 avaient une plus grande proportion de PA sévère, de nécrose pancréatique, de critères du syndrome de réponse inflammatoire systémique, de défaillance d’organe, d’admission en soins intensifs, de support nutritionnel, et passaient plus de temps à l’hôpital. Les facteurs prédictifsd’HG140, dans le modèle multi-ajusté pas à pas, étaient la gravité de la PA (modérée/sévère vs légère) avec un odd ratio (OR) de 3,57 (intervalle de confiance à 95% 1,82 - 7,24), l’ethnie asiatique (vs caucasien) avec un OR de 3,40 (IC 95% 1,24 – 9,95) et l’âge avec un OR de 1,10 (IC 95% 1,01 – 1,17) pour une différence de 5 ans. L’étiologie idiopathique de la pancréatite était associée à un plus faible risque d’atteindre HG140 comparativement à un calcul biliaire (OR 0,39, IC 95% 0,22 – 0,67). Enfin, à la visite de suivi (médiane 111 jours après la PA), chez les participants n’ayant pas atteint HG140, seuls 1,2% présentaient un diabète, contre 14,8% de ceux ayant atteint HG140 (p < 0,001), une proportion montant à 42,9% pour le seuil HG200 (vs 3,5% chez ceux n’atteignant pas ce seuil, p < 0,001).

L’hyperglycémie aiguë pendant une PA était donc un phénomène fréquent, avec 37,5% des patients présentant une glycémie ≥ 140 mg/dL et 14,8% d’entre eux développant un diabète dans les suites. Inversement, 98,5% des patients n’ayant pas atteint ce seuil n’avaient pas développé de diabète à la visite de suivi, soulignant la spécificité de ce critère. Ces résultats étaient accrus pour un seuil de glycémie fixé à 200 mg/dL. Il est également important de noter que 57% des patients ayant dépassé 200 mg/dL de glycémie lors de la PA n’avaient pas développé de diabète à la consultation de suivi, soulignant le caractère transitoire de l’hyperglycémie dans cette situation aiguë et la nécessité d’une évaluation prudente du diabète dans cette population. L’hyperglycémie de stress est un phénomène bien établi dans les pathologies aiguës, avec jusqu’à 60% de patients ayant une glycémie ≥ 140 mg/dL lors d’un infarctus du myocarde [5], mais a été peu étudié dans la PA. Une étude rétrospective [6] montrait des résultats similaires avec un risque de diabète accru en cas d’hyperglycémie aiguë lors d’une PA, mais environ 1/3 de la cohorte était perdue de vue. Les résultats de l’étude DREAM viennent confirmer ces données.

Les points forts de cette étude comprennent le design prospectif et multicentrique, la diversité de la population et de la gravité des PA, et l’évaluation métabolique réalisée après la PA. La principale limite d’après les auteurs est le fait que les contrôles glycémiques lors de l’hospitalisation pour la PA étaient à la discrétion du service prenant en charge le patient ayant pu conduire à l’inclusion dans les analyses de patients dont le diabète préexistait, à laquelle on peut rajouter le faible nombre de personnes (28) atteignant le seuil HG200 limitant la significativité des résultats avec les nombreuses variables incluses dans le modèle de régression logistique.

En conclusion, les hyperglycémies sont fréquentes lors d’un épisode de PA et peuvent être utilisées pour prédire la survenue précoce d’un diabète après la guérison. L’absence d’hyperglycémie a aussi une valeur prédictive négative importante, suggérant une faible probabilité de diabète précoce après PA. Surveiller la glycémie lors d’un épisode de pancréatite aiguë pourrait donc aider à la stratification du risque de diabète et faciliter la coordination des soins à la sortie de l’hôpital.

 

Références

[1] Hart PA, Bellin MD, Andersen DK, & al. Type 3c (pancreatogenic) diabetes mellitus secondary to chronic pancreatitis and pancreatic cancer. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2016;1(3):226-237.
 
[2] Peery AF, Murphy CC, Anderson C, & al. Burden and Cost of Gastrointestinal, Liver, and Pancreatic Diseases in the United States: Update 2024. Gastroenterology. 2025;168(5):1000-1024.
 
[3] American Diabetes Association Professional Practice Committee for Diabetes*; 2. Diagnosis and Classification of Diabetes: Standards of Care in Diabetes-2026. Diabetes Care. 2026;49(Supplement_1):S27-S49.
 
[4] Wang X, Cheng FTF, Lam TYT, & al. Stress hyperglycemia is associated with an increased risk of subsequent development of diabetes among bacteremic and nonbacteremic patients. Diabetes Care 2022;45:1438–1444.
 
[5] Capes SE, Hunt D, Malmberg K, Gerstein HC. Stress hyperglycaemia and increased risk of death after myocardial infarction in patients with and without diabetes: a systematic overview. Lancet. 2000;355(9206):773-778.
 
[6] Zhang J, Wang X, Lv Y, & al. Impact of stress hyperglycemia on long-term prognosis in acute pancreatitis without diabetes. Intern Emerg Med. 2024;19(3):681-688.
 


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lundi 13 avril 2026

Consommation de viande rouge pendant la grossesse et l'enfance et risque de diabète de type 1 : résultats de la cohorte ABIS

Auteur : 
Madleen Lemaitre
Date Publication : 
Mars 2026
 
Article du mois en accès libre
 
Lampousi, AM, Zeng, J, Löfvenborg, J.E. & al. Red meat intake during pregnancy and childhood and risk of type 1 diabetes: findings from the ABIS birth cohort. Diabetologia (2026). doi : 10.1007/s00125-026-06671-z

 

L’implication de la consommation de viande rouge dans le risque de survenue d’un diabète de type 1 (DT1) reste incertaine. La viande rouge est mise en cause en raison de sa capacité à modifier la composition du microbiote intestinal [1] et de sa grande similitude avec les épitopes auto-immuns humains. De plus, les nitrites présents dans la viande rouge transformée peuvent former des composés de nitrosamides dans l'intestin, dont il a été démontré qu'ils sont cytotoxiques pour les cellules bêta pancréatiques in vitro [2]. Conformément à ces observations, des études épidémiologiques ont établi un lien entre la consommation de viande et de nitrites pendant l'enfance et un risque accru de DT1 [3]. Cependant, l'impact spécifique de la consommation de viande rouge et de ses principaux types (à savoir le bœuf et le porc) pendant l'enfance n'a pas été étudié. De plus, un risque accru de DT1 a été observé chez les enfants dont les mères consomment de grandes quantités de viande rouge pendant l'allaitement, mais pas au cours de la grossesse. Il convient de noter que ces études se sont concentrées sur des enfants présentant des génotypes HLA à haut risque, et il n'est pas certain que leurs résultats s'appliquent à la population générale. A partir de ce constat, les auteurs ont cherché à déterminer si la consommation de viande rouge par la mère durant la grossesse et par l’enfant au cours de la petite enfance était associée au développement du DT1, et si ces associations étaient modulées par une prédisposition génétique (via le typage HLA et les antécédents familiaux de DT1).

Les auteurs ont analysé les données de 15 717 enfants participant à la cohorte All Babies In Southeast Sweden (ABIS) (étude de cohorte prospective menée en population, qui a invité tous les parents d'un enfant né dans le sud-est de la Suède entre le 1er octobre 1997 et le 1er octobre 1999 à participer), suivis pour la survenue d’un DT1 via les registres nationaux jusqu’à l’âge de 24–26 ans. Au total, 167 nouveaux cas de DT1 ont été identifiés, dont 162 avec des données alimentaires disponibles. La consommation alimentaire a été évaluée à l’aide de questionnaires sur la fréquence alimentaire pendant la grossesse et aux âges de 1, 2 ans 1/2 et 5 ans. Des modèles de Cox ont permis d’estimer les hazard ratios (HR) et intervalles de confiance (IC) ajustés pour le risque de DT1 en fonction de la consommation de viande rouge, y compris le bœuf, le porc et les saucisses, analysée en termes de fréquence de consommation (élevée vs. faible) et par portion par semaine. Les analyses ont été stratifiées en fonction du génotype de risque HLA et des antécédents familiaux de DT1.

À la fin de la période de suivi, l'âge moyen était de 25,3 ans (IQR 23,7–26,2 ans). L'âge moyen au moment du diagnostic du DT1 était de 12,5 ans (IQR 1,1–24,6 ans), avec un taux d'incidence de 41 cas pour 100 000 personnes-années. Les caractéristiques des enfants pour lesquels des données complètes étaient disponibles aux âges de 1, 2 ans1/2 et 5 ans étaient généralement similaires à celles des enfants pour lesquels des données complètes étaient disponibles à la naissance, à l’exception du niveau d’éducation de la mère, qui était plus élevé, et du tabagisme pendant la grossesse, qui était moins fréquent. La fréquence médiane de consommation de viande rouge était de 3 portions par semaine pendant la grossesse et de 4,5 portions par semaine à 1, 2 ans1/2 et 5 ans. La fréquence de consommation de viande rouge pendant la grossesse ou à l'âge de 1 an n'était pas associée au risque de DT1. Les HR correspondants par portion par semaine étaient respectivement de 0,98 (IC 95% 0,90-1,07) et 0,98 (IC 95% 0,88-1,08). Dans les analyses spécifiques selon le type de viande, une fréquence plus élevée de consommation de bœuf à l'âge de 5 ans était associée à un risque accru de DT1 (HR 1,29 [IC 95% 1,05-1,58]), avec une tendance similaire pour l'exposition à l'âge de 2 ans 1/2 (HR 1,12 [IC 95% 0,93-1,36]). L'association à l'âge de 5 ans était significative chez les enfants présentant des génotypes HLA à haut risque (HR 1,40 [IC 95% 1,11-1,78]) ou des antécédents familiaux de DT1 (HR 1,56 [IC 95% 1,08-2,26]). En revanche, aucune association statistiquement significative n'a été observée chez les enfants présentant des génotypes HLA à faible risque (HR 0,34 [IC 95% 0,10-1,19]) ou sans antécédents familiaux de DT1 (HR 1,20 [IC 95% 0,92-1,56]). Aucune association n'a été mise en évidence pour une consommation plus fréquente de bœuf pendant la grossesse ou à l'âge de 1 an, ni pour le porc et les saucisses quel que soit l’âge. Les analyses stratifiées selon l’âge de découverte du DT1 (< 10 ans vs. ≥ 10 ans) suggèrent que l'association ne varie pas en fonction de l'âge au moment du diagnostic.

En résumé, cette étude visait à examiner le lien entre la consommation de viande rouge et de ses principaux types par la mère au cours de la grossesse et pendant la petite enfance, et le risque de développer un DT1 au sein d’une cohorte représentative de la population du sud-est de la Suède. Aucun lien entre la fréquence de consommation plus élevée de viande rouge (toutes catégories confondues) par la mère ou pendant l’enfance et le risque de développer un DT1 n’a été identifié. Les analyses par type de viande ont cependant révélé un risque accru de DT1 associé à une consommation plus élevée de bœuf pendant l'enfance, mais pas plus tôt dans la vie, surtout chez les personnes avec des prédispositions génétiques. Cette association avec le bœuf est en résonance avec l’association entre la consommation de bœuf et la polyarthrite rhumatoïde démontrée antérieurement. Également, une vaste étude cas-témoins avait retrouvé une association entre la consommation de viande rouge et le DT1 lent (LADA, latent autoimmune diabetes in adults), qui était plus marquée chez les individus présentant une prédisposition liée au HLA ou des antécédents familiaux de DT1 [4]. De plus, il a été démontré que le bœuf génère des niveaux plus élevés d’AGE par rapport à d’autres viandes lorsqu’il est cuit à haute température. Les AGE sont impliqués dans le dysfonctionnement des cellules bêta et l'altération de la sécrétion d'insuline dans des modèles expérimentaux, ce qui fournit une autre voie biologique plausible par laquelle la consommation de bœuf pourrait influencer le risque de DT1. Les auteurs évoquent d’autres pistes mécanistiques mais qui manquent de robustesse telles que la teneur en fer du bœuf, la croissance rapide des consommateurs de bœufs, etc. Il est intéressant de noter que les auteurs n’ont pas observé de lien entre la fréquence de la consommation totale de viande rouge et le DT1 dans cette large population. Ce résultat contraste avec celui d’études prospectives antérieures qui avaient mis en évidence des liens entre la consommation de viande pendant l’allaitement ou la petite enfance et un risque accru d’auto-immunité des îlots pancréatiques et de DT1. Cependant, ces études se concentraient sur des populations génétiquement prédisposées.

Cette étude présente de nombreuses forces : (1) analyse des sous-types de viande, (2) menée en population générale et non pas uniquement en population génétiquement prédisposée, (3) longue période de suivi, (4) s’appuyant sur des registres nationaux et (5) avec des recueils alimentaires réguliers et de qualité. Cependant, certaines faiblesses sont à noter : un taux de participation diminuant au fil du temps pouvant induire un biais de sélection, le caractère déclaratif des enquêtes alimentaires a pu être source d’erreurs, une fréquence de la consommation de viande évaluée selon différentes catégories, ... De plus, malgré un ajustement pour un large éventail de covariables, les auteurs n’ont pas pu tenir compte de l'apport énergétique total ni des habitudes alimentaires globales.

En conclusion, d’après les résultats de ces travaux, les auteurs suggèrent que la consommation de bœuf pendant l'enfance pourrait contribuer au développement du DT1 chez les individus génétiquement à risque. Cependant, des études supplémentaires sont indispensables pour confirmer ce résultat et en clarifier le mécanisme sous-jacent.

 

Références

[1] Larsson SC, Ericson U, Dekkers KF & al. (2025) Meat intake in relation to composition and function of gut microbiota. Clin Nutr 45:124–33.
 
[2] Longnecker MP, Daniels JL. (2001) Environmental contaminants as etiologic factors for diabetes. Environ Health Perspect 109(Suppl 6):871–6.
 
[3] Lampousi AM, Carlsson S, Löfvenborg JE. (2021) Dietary factors and risk of islet autoimmunity and type 1 diabetes: a systematic review and meta-analysis. EBioMedicine 72:103633.
 
[4] Löfvenborg JE, Ahlqvist E, Alfredsson L & al. (2021) Consumption of red meat, genetic susceptibility, and risk of LADA and type 2 diabetes. Eur J Nutr 60(2):769–79.
 


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jeudi 12 mars 2026

Les enfants vivant avec un diabète et présentant au moins une caractéristique extrapancréatique non auto-immune devraient bénéficier d’un dépistage de diabète monogénique

Auteur : 
Ninon Foussard
Date Publication : 
Février 2026
 
Article du mois en accès libre
 
Rebecca Myers & al., for Monogenic Diabetes Consortium. Children With Diabetes and At Least One Non-Autoimmune Feature Should Be Considered for Monogenic Diabetes Testing, The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, Volume 111, Issue 2, February 2026, Pages e362–e367. doi : 10.1210/clinem/dgaf430

 

Les tests de dépistage d’un diabète monogénique effectués chez les enfants ciblent actuellement le diabète de type MODY (Maturity Onset Diabetes of the Young) et les diabètes syndromiques (présentant des caractéristiques extrapancréatiques non auto-immunes). Bien qu’il soit essentiel d’établir leur diagnostic afin d’orienter la stratégie thérapeutique, d’affiner le pronostic ou de prendre en charge les complications associées [1], les diabètes monogéniques demeurent sous-diagnostiqués. En effet, de nouveaux sous-types de diabète monogénique sont continuellement découverts [2], les recherches sur les syndromes récessifs sont limitées car rares, et l’expressivité clinique peut être variable [1,3].

L’objectif de cette étude était d’évaluer si les tests génétiques de dépistage d’un diabète monogénique doivent être systématiquement effectués chez les enfants vivant avec un diabète et présentant au moins une caractéristique extrapancréatique non auto-immune pouvant faire suspecter un diabète syndromique. Il s’agit d’une étude multicentrique, incluant des centres de diabétologie de 14 pays entre mai 2016 et octobre 2023 (principalement en Turquie, au Pakistan, en Inde et au Soudan). Les participants inclus présentaient un diabète apparu entre l’âge de 9 mois et 18 ans, et au moins une caractéristique extrapancréatique non auto-immune. Les résultats des auto-anticorps des îlots pancréatiques étaient disponibles pour 58% des enfants (anti-GAD, anti-IA-2 et anti-ZnT8). Un score pondéré de risque génétique du diabète de type 1 (DT1) (T1DGRS) était généré à partir de 10 polymorphismes nucléotidiques simples associés au DT1 et d’une population de référence comprenant des patients vivant avec un DT1 du Wellcome Trust Case Control Consortium (WTCCC) [4,5]. Un séquençage ciblé de nouvelle génération a été utilisé pour analyser un ensemble de gènes connus pour causer un sous-type de diabète monogénique, de façon dominante ou récessive (MODY : GCK, HNF1A, HNF1B, INS ; diabète syndromique : DNAJC3, EIF2AK3, INSR, MANF, PIK3R1, PTF1A, SLC19A2, SLC29A3, TARS2, TRMT10A, WFS).

Parmi les 183 patients inclus, 56% habitaient en Turquie, 15% au Pakistan et 7% en Inde. L'âge médian d'apparition du diabète était de 7 ans (IQR 3-11), le Z-score de l’indice de masse corporelle (IMC) était de -0,3 (IQR -1,3 à 0,8). Quatre-vingt-onze d’entre eux (50%) présentaient une consanguinité parentale et 99 (54%) des caractéristiques extrapancréatiques affectant au moins deux organes, dont 18,7% de symptômes neurologiques, 13,2% de troubles musculosquelettiques et 12,3% d’atteintes oculaires. Des tests non sélectifs des gènes d’un diabète monogénique ont permis d'identifier une origine génétique chez 33% [61/183] des participants, dont 56 enfants avec un diabète syndromique. Plus spécifiquement, 84% [51/61] des variants pathogènes étaient récessifs, et les variants les plus fréquemment retrouvés étaient WFS1 (46%), SLC19A2 (12%) et SLC29A3 (12%). Les patients diagnostiqués comme porteurs d’un diabète monogénique versus non-monogénique ne différaient pas en termes d’âge au moment du diagnostic, d’IMC, d’hémoglobine glyquée (HbA1c) et d’antécédents familiaux de diabète. Cependant, les enfants avec un diabète monogénique présentaient une consanguinité parentale plus élevée (62% contre 19%, p = 0,012) et avaient plus fréquemment une atteinte extrapancréatique concernant au moins deux organes (72% contre 46%, p < 0,0001). Plus précisément, chez les enfants avec un diabète monogénique, 28% présentaient une seule atteinte extrapancréatique, 27% avaient deux localisations et 45% trois ou plus, et cette répartition différait de celle observée chez les enfants sans variant pathogène identifié (respectivement 53%, 32% et 14% ; p < 0,0001). En outre, parmi les enfants présentant des variants pathogènes associés à un diabète syndromique, seuls 59% [33/56] présentaient les caractéristiques cliniques reconnues de leur syndrome. Concernant les auto-anticorps anti-îlots, un diabète monogénique a été plus fréquemment diagnostiqué chez les patients dont les auto-anticorps étaient négatifs par rapport à ceux présentant des auto-anticorps positifs (48% [34/71] contre 3% [1/35], p < 0,0001). L’utilisation du score pondéré de risque génétique de DT1 T1DGRS a, quant à lui, montré un diagnostic de diabète monogénique plus fréquent chez les patients à faible T1DGRS (< 50e centile de la population vivant avec un DT1) par rapport à ceux présentant un T1DGRS élevé (≥ 50e centile) (58% vs 3%, p < 0,0001). En outre, lorsque ces deux paramètres étaient utilisés en combinaison, les enfants présentant un faible T1DGRS et des auto-anticorps négatifs présentaient plus fréquemment un diabète monogénique (48% [57/118]) par rapport à ceux présentant un T1DGRS élevé et des auto-anticorps négatifs (7% [2/29]), et ceux avec des auto-anticorps positifs (3% [1/35] ; p < 0,0001).

En résumé, dans cette étude réalisée chez 183 enfants vivant avec un diabète et au moins une atteinte extrapancréatique non auto-immune, un diabète monogénique était diagnostiqué chez un tiers des patients présentant au moins une caractéristique clinique non auto-immune, bien que l’atteinte de plusieurs organes soit plus fréquente. Il faut noter que 62% des enfants avec un diabète monogénique présentaient une consanguinité parentale. De plus, la moitié des enfants diagnostiqués d’un diabète syndromique n’avaient pas de manifestation clinique connue associée à leur syndrome. Parmi les variants pathogènes, 84% étaient récessifs, les plus courants étant WFS1, SLC19A2 et SLC29A3, ce qui diffère des études menées en Angleterre et en France où HNF1B est le plus fréquemment retrouvé [1,3], reflétant probablement la forte consanguinité de cette cohorte mais aussi une origine ethnique non-européenne. En outre, 8% [5/61] des patients diagnostiqués d’un diabète monogénique dans cette cohorte présentaient des variants génétiques non liés à un diabète syndromique, suggérant l'importance de réaliser un panel monogénique complet chez ces enfants, incluant les gènes syndromiques, non syndromiques (par exemple, MODY) et dominants comme récessifs. Enfin, un diabète monogénique était plus fréquemment retrouvé chez les patients dont les auto-anticorps étaient négatifs et dont le score pondéré de DT1 T1DGRS était bas, suggérant que les auto-anticorps anti-îlots et le T1DGRS pourraient aider à affiner la sélection des patients pouvant bénéficier d'un test génétique à la recherche d’un diabète monogénique.

Les points forts de cette étude sont : (1) son caractère multicentrique et international et (2) sa taille - ses auteurs précisent qu’il s’agit de la cohorte de ce type la plus importante compte tenu de la rareté de cette pathologie. Parmi les principales limites de l’étude : (1) cette cohorte est issue de populations fortement consanguines, ce qui limite l'extrapolation à des populations non consanguines, (2) tous les tests d'auto-anticorps des îlots pancréatiques n'ont pas été effectués dans un laboratoire centralisé, et les méthodes de traitement peuvent donc ne pas être standardisées, (3) l’utilisation d’un panel génétique de séquençage ciblé de nouvelle génération limite l'identification de nouveaux gènes causaux et d’autres études restent nécessaires avec une approche non ciblée, (4) les centiles T1DGRS ont été dérivés d'une cohorte européenne alors que le score T1DGRS est plus faible chez les personnes non-européennes vivant avec un DT1.

Cette étude suggère que les enfants vivant avec un diabète et présentant au moins une atteinte extrapancréatique non auto-immune devraient bénéficier d’un dépistage de diabète monogénique, et que la mesure des auto-anticorps anti-îlots et le score T1DGRS pourraient aider à affiner leur sélection. Néanmoins, d’autres études restent nécessaires, notamment dans des populations présentant d’autres origines ethniques.

 

Références

[1] Colclough K, Ellard S, Hattersley A, Patel K. Syndromic monogenic diabetes genes should be tested in patients with a clinical suspicion of maturity-onset diabetes of the young. Diabetes. 2022;71(3):530‐537.
 
[2] Montaser H, Patel KA, Balboa D, & al.  Loss of MANF causes childhood-onset syndromic diabetes due to increased Endoplasmic Reticulum stress. Diabetes. 2021;70(4):1006‐1018.
 
[3] Saint-Martin C, Bouvet D, Bastide M, Bellanne-Chantelot C. Gene panel sequencing of patients with monogenic diabetes brings to light genes typically associated with syndromic presentations. Diabetes. 2022;71(3):578‐584.
 
[4] Johnson MB, Patel KA, De Franco E, & al. A type 1 diabetes genetic risk score can discriminate monogenic autoimmunity with diabetes from early-onset clustering of polygenic autoimmunity with diabetes. Diabetologia. 2018;61(4):862‐869.
 
[5] Burton PR, Clayton DG, Cardon LR, & al.  Genome-wide association study of 14,000 cases of seven common diseases and 3,000 shared controls. Nature. 2007;447(7145):661‐678.
 


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mercredi 4 février 2026

Les inhibiteurs du SGLT2 sont associés à une réduction de la mortalité et des décompensations hépatiques chez les sujets vivant avec une cirrhose MASH et un diabète de type 2

Auteur : 
Alexia Rouland
Date Publication : 
Janvier 2026
 
Article du mois en accès libre
 
Kim, Ko, & al. SGLT-2 Inhibitors Are Associated With Lower Mortality and Decompensation in Patients With MASH Cirrhosis and Type 2 Diabetes. Liver Int 2026 Feb;46(2):e70490. doi : 10.1111/liv.70490

 

La MASLD (Metabolic Dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease) est une maladie chronique du foie fréquente, dont la prévalence augmente partout dans le monde. Environ 2/3 des patients vivant avec un diabète de type 2 (DT2) ont une MASLD, parmi lesquels 17% ont une fibrose avancée. La présence d'un DT2 est un facteur de risque indépendant de progression vers la fibrose, avec un risque multiplié par 1,7 [1]. Les inhibiteurs du SGLT2 (i-SGLT2) ont prouvé qu’ils pouvaient réduire la mortalité chez les patients présentant une insuffisance cardiaque ou une maladie rénale chronique, mais ils ont aussi montré un bénéfice au niveau hépatique, avec une amélioration des transaminases ainsi que de la stéatose hépatique. Dans une étude récente [2], les i-SGLT2 étaient associés à une diminution du risque de complications associées au foie (incluant la décompensation hépatique) et de cirrhose chez les sujets avec une MASLD et un DT2 en comparaison à l'utilisation des inhibiteurs de la DPP4, avec aussi un impact positif sur la mortalité. Les i-SGLT2 ont donc montré leur potentiel pour améliorer la prise en charge des patients avec un DT2 présentant une MASLD ou une MASH (Metabolic Dysfunction-Associated Steato-Hepatitis). Cependant, peu d'informations sont actuellement disponibles sur leur rôle chez les patients avec une cirrhose d'origine métabolique et un DT2. Cette étude permet donc d'évaluer l'association entre l’utilisation des i-SGLT2 et la mortalité toute cause ainsi que la survenue des évènements hépatiques chez des patients avec une cirrhose d'origine métabolique et un DT2.

Il s'agit d'une étude rétrospective multinationale réalisée à partir du TriNetX Global Research Network. Cette base de données permet un accès en temps réel à des données de santé de 150 millions de patients venant de 141 établissements de soins de plusieurs pays répartis sur les six continents. Les sujets âgés d'au moins 18 ans et vivant avec un DT2 ainsi qu'une cirrhose MASH ont été inclus entre le 1er avril 2013 (date à laquelle les i-SGLT2 ont été approuvés aux États-Unis) et le 20 mai 2025. Les patients présentant un diabète de type 1 ou d'autres causes de maladie chronique du foie y compris infectieuses, génétiques, auto-immunes, toxiques, ou liées à l'alcool ont été exclus. Les patients étaient divisés en deux cohortes basées sur leur exposition ou non aux i-SGLT2. Seuls les patients ayant débuté un traitement par i-SGLT2 dans l'année précédant ou suivant le diagnostic de cirrhose MASH ont été inclus. Le critère de jugement principal était un critère composite incluant la mortalité toute cause, les évènements de décompensation hépatique (ascite, péritonite bactérienne, encéphalopathie hépatique et rupture de varices œsophagiennes), et les principaux effets indésirables d’origine hépatique (MALO) (évènement de décompensation hépatique associé au carcinome hépatocellulaire et au syndrome hépatorénal). Les critères de jugement secondaires regroupaient les composants individuels des MALO, des événements du MACE (Major Adverse Cardiovascular Event) (infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque congestive, AVC et procédures de revascularisation), l'insuffisance rénale aiguë, l’insuffisance rénale chronique, les cancers hépatiques, les cancers extra-hépatiques et ceux en lien avec l'obésité (cancers gastro-intestinaux (œsophage, estomac, côlon, rectum, pancréas et foie), du sein, de la thyroïde, utérins, de l'ovaire, du rein ainsi que le myélome multiple). Tous les critères de jugement ont été évalués jusqu'à 10 ans de suivi. Un score de propension a été utilisé pour évaluer l'impact des potentiels facteurs de confusion. Les scores de propension de chaque patient ont été obtenus à l’aide d’une analyse de régression logistique. Les modèles de Cox ont été utilisés pour déterminer les Hazard Ratio et les intervalles de confiance à 95%.

Les auteurs ont identifié 51 427 patients avec un DT2 et une cirrhose MASH, parmi lesquels 6833 (13,28%) traités par i-SGLT2. Après matching, chaque groupe incluait 6449 sujets. Les caractéristiques démographiques des patients ainsi que leurs comorbidités étaient les mêmes dans les deux groupes, à l’exception du traitement par atorvastatine plus fréquent dans le groupe de sujets traités par iSGLT2. Les patients traités par i-SGLT2 avaient aussi une hémoglobine glyquée plus élevée (7,5% versus 7,2%) ainsi qu'une albuminémie plus élevée (38 g/l versus 37 g/l) mais ces différences n'étaient pas cliniquement significatives. Le risque de mortalité toute cause à 10 ans était de 12,5% dans le groupe de sujets traités par i-SGLT2 versus 23,1% chez ceux non traités par i-SGLT2 (p < 0,01), ce qui correspondait à une diminution du risque de mortalité toute cause de 42% (HR : 0,58, IC 95% [0,53 – 0,63], p< 0,001). L'utilisation d’i-SGLT2 était associée à une diminution des événements de décompensation hépatique de 15% (HR 0,85 [IC 95% 0,81 – 0,90], p < 0,001) ainsi qu'une diminution des MALO de 12% (HR 0,88 [0,83 – 0,93], p < 0,001). Concernant les MALO, l’utilisation des i-SGLT2 était associée à une diminution du risque d'ascite de 12% (HR 0,88 [0,79 – 0,98], p = 0,02) une diminution du risque d'encéphalopathie hépatique de 13% (HR  0,87 [0,78 – 0,97], p = 0,01) ainsi qu'une diminution du syndrome hépatorénal de 23% (HR  0,77 [0,61 – 0,97], p= 0,02). Aucune différence statistiquement significative n'a été retrouvée pour les ruptures de varices œsophagiennes, le carcinome hépatocellulaire et la péritonite bactérienne. Il n'y avait pas de différence statistiquement significative entre les groupes en ce qui concerne le risque d'événement du MACE, le risque d'insuffisance rénale aiguë et chronique. Aucune différence significative n'a été retrouvée en ce qui concerne le risque de cancer du foie, le risque de cancer extra-hépatique ou le risque de cancers liés à l'obésité entre les deux groupes.

Ces données suggèrent que l'utilisation des i-SGLT2 est intéressante non seulement pour le contrôle du DT2 mais aussi pour la prévention des complications hépatiques dans cette population, ainsi que pour la réduction de la mortalité toute cause. Les mécanismes précis permettant d'expliquer ces différences restent peu connus. Le relargage de substances pro-inflammatoires et l'activation des cellules immunitaires jouent des rôles clef dans la physiopathologie de la fibrose hépatique. Le TNF alpha et l’IL-6 favorisent la survenue de dommages hépatiques et agissent de façon synergique avec le TGF bêta pour promouvoir la fibrose dans les cirrhoses MASH. Il a été suggéré que les i-SGLT2 pourraient empêcher le relargage de ces cytokines pro-inflammatoires et donc permettraient de réduire l'environnement inflammatoire global ainsi que le processus de fibrogénèse, réduisant ainsi la progression de la fibrose jusqu'à la décompensation [3]. Il existe dans la cirrhose une altération de l'architecture hépatique avec une augmentation de la résistance vasculaire intrahépatique, ce qui amène à une hypertension portale proportionnelle à l'importance de la fibrose. Des études récentes ont montré que le gradient de pression dans la veine hépatique pouvait être utilisé pour estimer la sévérité de la maladie hépatique et prédire la survenue des épisodes de décompensations hépatiques et des complications liées au foie. Une augmentation du gradient de pression dans la veine hépatique n'est pas seulement associée à une augmentation du risque de décompensation hépatique et de MALO, mais aussi à une augmentation des décès liés au foie. Les i-SGLT2 ont montré leur efficacité pour réduire l'hypertension portale par la réduction de la production des ROS (reactive oxygen species) [4]. Ainsi, les i-SGLT2 semblent avoir des effets à la fois anti-inflammatoires mais aussi de réduction de l'hypertension portale, ce qui pourrait expliquer la réduction du risque de décompensation hépatique et de MALO chez les utilisateurs de ces molécules. La promotion de la natriurèse par les i-SGLT2 pourrait aussi être un autre mécanisme permettant la réduction de l’ascite, et donc la réduction de la mortalité chez les sujets avec une cirrhose.

Il existe plusieurs limites à cette étude. Tout d'abord, il s'agit d'une étude rétrospective, pour laquelle la causalité ne peut pas être établie. Ensuite, les événements ont été identifiés à l'aide de codage, ce qui peut induire un biais de codage ou de mauvaise classification. De plus, il est possible que certains facteurs de confusion n'aient pas été renseignés dans les dossiers, comme le régime alimentaire, le mode de vie, le statut socio-économique et ce même après matching. Le sexe a été inclus dans les covariables de matching, ce qui n'a pas permis d'évaluer séparément les hommes et les femmes. Enfin, les causes spécifiques de mortalité n'ont pas pu être déterminées dans cette étude eût égard à la structure de la base de données.

En conclusion, le sémaglutide en traitement adjuvant améliore, dans cet essai clinique randomisé contrôlé, le contrôle glycémique et la perte de poids chez les personnes atteintes de TSS traitées par APSG et présentant des troubles métaboliques précoces. L'utilisation des aGLP-1 serait donc une stratégie potentielle d'intervention précoce intéressante pour réduire le risque cardio-métabolique chez ces patients. Néanmoins d'autres études à plus grande échelle et à plus long terme restent nécessaires pour confirmer ces résultats.

 

Références

[1] Huang DQ, Wilson LA, Behling C, Kleiner DE, Kowdley KV, Dasarathy S, & al. Fibrosis Progression Rate in Biopsy-Proven Nonalcoholic Fatty Liver Disease Among People With Diabetes Versus People Without Diabetes: A Multicenter Study. Gastroenterology. août 2023;165(2):463-472.e5.
 
[2] Chung SW, Moon HS, Shin H, Han H, Park S, Cho H, & al. Inhibition of sodium-glucose cotransporter-2 and liver-related complications in individuals with diabetes: a Mendelian randomization and population-based cohort study. Hepatol Baltim Md. 1 sept 2024;80(3):633‑48.
 
[3] Abu-Hammour MN, Abdel-Razeq R, Vignarajah A, Khedraki R, Sims OT, Vigneswaramoorthy N, & al. Sodium-Glucose Cotransporter 2 Inhibitors and Serious Liver Events in Patients With Cirrhosis. JAMA Netw Open. 2 juin 2025;8(6):e2518470.
 
[4] Colletta A, Cooper KM, Placentino G, Devuni D, Colletta C. Sodium-glucose cotransporter-2 inhibitor therapy improves renal and hepatic function in patients with cirrhosis secondary to metabolic dysfunction associated steatotic liver disease and type 2 diabetes. Front Endocrinol. 2025;16:1531295.
 


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mercredi 14 janvier 2026

Les antécédents familiaux de diabète de type 2 retardent la progression du diabète de type 1 chez les enfants présentant une auto-immunité : données de la cohorte TEDDY

Auteur : 
Blandine Tramunt
Date Publication : 
Décembre 2025
 
Article du mois en accès libre
 
Veijola R. & al. Family history of type 2 diabetes delays development of type 1 diabetes in TEDDY children with islet autoimmunity. Diabetologia. 2025 Dec 8. doi : 10.1007/s00125-025-06613-1

 

Le diabète de type 1 (DT1) est plus fréquent parmi les enfants apparentés à une personne vivant avec un DT1 au premier degré (FDR) mais également au second degré (SDR) comparativement à ceux sans antécédent familial [1]. De même, les maladies auto-immunes (MAI) surviennent plus fréquemment dans la population pédiatrique vivant avec un DT1 et dans leur famille [1]. Si les études antérieures ont comparé les caractéristiques du DT1 au diagnostic selon la présence ou non d’antécédents familiaux de DT1 ou de MAI, peu de données existent quant au rôle de l’histoire familiale dans l’initiation du processus de la maladie (i.e. signes précoces d’auto-immunité) ou la progression de la maladie (i.e. du stade pré-1 ou 1 au stade 3). De même, certains auteurs ont rapporté que les antécédents familiaux de diabète de type 2 (DT2) étaient associés à un âge plus avancé lors du diagnostic de DT1 [2] mais peu de données existent sur l’influence des antécédents familiaux de DT2 sur le processus de la maladie préalablement au diagnostic clinique.

L’objectif de cette étude était de déterminer, à partir des données de la cohorte TEDDY (The Environmental Determinants of Diabetes in the Young), si les antécédents familiaux de DT1, de DT2 ou toute MAI parmi les FDR et les SDR étaient associés au développement de l’auto-immunité anti-îlots ou à la progression du DT1 (stade 1 vers stade 3) chez les enfants.

L’étude TEDDY est une étude de cohorte, prospective, observationnelle, d’enfants recrutés au stade de nouveaux nés entre 2004 et 2010 en Finlande, en Allemagne, en Suède et aux États-Unis selon leur génotype HLA-DR-DQ. Un total de 8676 enfants avec un génotype HLA-DR-DQ à haut risque de DT1 ont été inclus dans l’étude TEDDY et suivis régulièrement notamment quant à l’apparition d’une auto-immunité anti-îlots ou d’un DT1 clinique. Les antécédents familiaux de diabète (DT1 et DT2) et de MAI chez les FDR ou SDR ont été recueillis sur la base de questionnaires (données disponibles pour 8558 et 7479 enfants, respectivement pour les FDR et SDR). Les auto-anticorps (anticorps anti-insuline [IAA], anti-GAD [GAD], anti-IA2 [IA2]) ont été mesurés tous les 3 mois pendant les 4 premières années puis de manière biannuelle par la suite sauf en cas de positivité. Une confirmation par un second dosage était réalisée en cas de positivité. Les données ont été analysées jusqu’au 31 Janvier 2016. Les critères principaux de jugement étaient le développement d’une auto-immunité anti-îlots et la progression vers un stade 3 (clinique) de DT1.

Au total, 7479 enfants ont été inclus dans cette analyse. Une histoire familiale de DT1 était retrouvée parmi 11,3% et 9,9% d’entre eux chez leur FDR et SDR, respectivement. Des antécédents familiaux de DT2 parmi les FDR étaient retrouvés pour seulement 1,7% des enfants de la cohorte alors que 32,4% d’entre eux avait au moins un SDR présentant un DT2. Une positivité persistante des auto-anticorps anti-îlots était retrouvée chez 669 enfants et un diagnostic clinique de DT1 avait été porté chez 233 enfants. Le temps de suivi médian après séroconversion était de 6,5 ans (IQR 3,3-8,5). Concernant l’histoire familiale de diabète sur l’apparition d’une auto-immunité anti-îlots, un antécédent de DT1 parmi un FDR augmentait significativement le risque d’auto-immunité comparativement à l’absence d’antécédent (HR 2,2 [IC à 95% : 1,8-2,8], p < 0,001). Ce risque était d’autant plus important que l’antécédent de DT1 était présent chez le père (HR 2,5 [1,9-3,2], p < 0,001) ou la fratrie (HR 3,5 [2,5-4,8], p < 0,001) comparativement à la mère (HR 1,4 [0,9-2,0], p = 0,106). En revanche, un antécédent de DT2 ou de MAI parmi les FDR ou les SDR n’était pas associé au développement d’une auto-immunité anti-îlots. Concernant l’histoire familiale de diabète sur la progression de la maladie, un antécédent de DT2 parmi les SDR retardait la progression vers un stade clinique de DT1 comparativement à l’absence d’antécédent familial de DT2 (HR 0,61 [IC95% : 0,44-0,86] ; p = 0,004). Ainsi, le moment où 80% des enfants avec auto-immunité persistante étaient indemnes de DT1 était survenu 14,3 mois plus tard chez les participants ayant un SDR avec DT2 comparé à ceux qui n’avaient pas de SDR avec DT2. La probabilité cumulée sur 5 ans de DT1 après séroconversion était de 24% chez les enfants qui avaient un antécédent de DT2 parmi les SDR comparé à 38% chez les enfants sans histoire familiale de DT2.

Les résultats de cette étude indiquent que l’histoire familiale de DT1 et de DT2 aurait un impact différent sur l’histoire de la maladie, un antécédent familial de DT1 favorisant la survenue de l’auto-immunité anti-îlot (donnée déjà largement documentée), un antécédent familial de DT2 ralentissant la progression de la maladie. Si cette dernière observation parait surprenante, elle rejoint des données déjà publiées quant à un âge plus tardif à la découverte du DT1 parmi les enfants ayant un antécédent familial de DT2 [2,3]. De plus, le fait que cette observation soit retrouvée de manière homogène dans les quatre pays de l’étude soutient, pour les auteurs, la validité de celle-ci et fait alors poser la question du mécanisme physiopathologique impliquée. Les auteurs émettent l’hypothèse d’une interaction entre les gènes de susceptibilité du DT2 et la progression du DT1 en supposant que les enfants ayant un membre de la famille avec un DT2 auraient une meilleure « résistance » des cellules bêta. Des études complémentaires restent nécessaires pour d’une part, confirmer ces observations, et d’autre part, comprendre les mécanismes impliqués. Par ailleurs, des limites sont à prendre en compte : 1) le fait que cette étude ne s’intéressait qu’aux enfants avec un génotype HLA-DR-DQ à haut risque de DT1, limitant la généralisation des données, 2) le recueil des antécédents via des questionnaires pouvant induire un biais de classification concernant le type de diabète.

Dans cette étude, en accord avec les données de la littérature, une histoire familiale de DT1 était associée à un risque accru de développer une auto-immunité anti-îlots. En revanche, les antécédents familiaux de DT2 étaient associés à une plus lente progression vers un stade clinique de DT1. Si ces données nécessitent probablement d’être consolidées dans d’autres cohortes, elles offrent des perspectives de travail intéressantes quant aux déterminants génétiques et environnementaux du DT1.

 

Références

[1] Alhonen, S. & al. Extended Family History of Diabetes and Autoimmune Diseases in Children with and without Type 1 Diabetes. Diabetes Care 2011, 34, 115–117.
 
[2] Thorn, L.M. & al. Effect of Parental Type 2 Diabetes on Offspring with Type 1 Diabetes. Diabetes Care 2009, 32, 63–68.
 
[3] Zalloua, P.A. & al. Type-2 Diabetes Family History Delays the Onset of Type-1 Diabetes. J Clin Endocrinol Metab 2002, 87, 3192–3196.
 


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mercredi 10 décembre 2025

Liraglutide en post accident vasculaire cérébral ischémique mineur ou accident ischémique transitoire à haut risque chez les patients vivant avec un diabète de type 2 : un essai clinique randomisé

Auteur : 
Ninon Foussard
Date Publication : 
Novembre 2025
 
Article du mois en accès libre
 
Huili Zhu & al. Liraglutide in Acute Minor Ischemic Stroke or High-Risk Transient Ischemic Attack With Type 2 Diabetes : The LAMP Randomized Clinical Trial. JAMA Intern Med. Published Online: November 3, 2025. doi : 10.1001/jamainternmed.2025.5684

 

Le diabète de type 2 (DT2) est un facteur de risque majeur d’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique aigu mineur ou d’accident ischémique transitoire (AIT) à haut risque [1], qui sont associés à un risque élevé de récidive (jusqu’à 13% dans les 90 jours) [2]. Bien qu’il soit établi que les analogues du glucagon like peptide-1 (aGLP-1) réduisent l’incidence des évènements cardiovasculaires majeurs chez les patients vivant avec un DT2 présentant un risque cardiovasculaire élevé, il n’existe pas d’essai clinique randomisé évaluant spécifiquement leur effet pour la prévention de la récidive de l’AVC d’origine ischémique [3].

L’objectif de l’étude LAMP (Liraglutide in Acute Minor ischemic stroke or high-risk transient ischemic attack Patients with type 2 diabetes) était d’évaluer la sécurité et l’efficacité du liraglutide à prévenir la récidive d’un AVC chez les patients vivant avec un DT2 et ayant présenté un AVC aigu mineur ou un AIT à haut risque.

L’essai LAMP (NCT03948347) est un essai multicentrique (27 hôpitaux chinois), prospectif, randomisé, contrôlé, ouvert mais évalué en aveugle. Il a été mené du 25 juin 2019 au 27 décembre 2023. Il est à noter que le recrutement a été stoppé avant le verrouillage de la base de données et sans levée de l'anonymat, en raison d'un recrutement inférieur aux prévisions et de contraintes financières. Pour être éligibles, les participants devaient être âgés de 50 ans ou plus, présenter un AVC mineur avec un score ≤ 3  sur l'échelle NIHSS (National Institutes of Health Stroke Scale) (échelle de 0 à 42 ; les scores plus élevés indiquant un AVC plus grave) ou un AIT à haut risque tel que déterminé par un score ABCD2 (âge, élévation de la pression artérielle lors de la première évaluation après l'AIT, faiblesse unilatérale, troubles de la parole, durée des symptômes et diabète) ≥ 4 (fourchette de 0 à 7 ; les scores plus élevés indiquant un risque plus élevé), être dans les 24 heures suivant l'apparition des symptômes, et vivre avec un DT2 (connu ou nouvellement diagnostiqué). Les critères d'exclusion comprenaient le diagnostic d'hémorragie intracrânienne au scanner, un AVC iatrogène ou cardiogénique, une thrombolyse ou un traitement endovasculaire, ou un traitement par aGLP-1 au cours des 3 mois précédant l’inclusion. Pour les patients ayant présenté un AVC antérieurement, aucune séquelle ne devait être présente. Les patients éligibles étaient ensuite randomisés suivant un rapport 1:1 par blocs (taille des blocs : 4) dans les 24 heures suivant l'apparition des symptômes neurologiques, dans le groupe liraglutide (1x/j, avec une titration par 0,6 mg la 1ère semaine, puis 1,2 mg la 2ème et enfin 1,8 mg jusqu'au 90ème jour, adaptée à la tolérance) et le groupe contrôle. Seules les personnes chargées d'évaluer les résultats et les statisticiens ignoraient la répartition. Les deux groupes recevaient un traitement standard conforme aux recommandations pour l’AVC ou l’AIT [4]. Il est à noter que les inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type-2 étaient prohibés et que l’objectif glycémique était 140-180 mg/dL. Le critère d'évaluation principal était la récidive d’AVC (ischémique ou hémorragique) après 90 jours, défini respectivement comme : (1) nouveaux déficits neurologiques focaux non  attribuables à des causes non ischémiques d'une durée inférieure à 24h avec preuve par neuro-imagerie d'un nouvel infarctus cérébral, ou d'une durée ≥ 24 heures, avec ou sans preuve d’imagerie ; et (2) symptômes de dysfonctionnement neurologique évoluant rapidement, causés par l'accumulation de sang dans le parenchyme cérébral non traumatique, le système ventriculaire ou l'espace sous-arachnoïdien. Les critères d'évaluation secondaires comprenaient le pourcentage de nouveaux événements vasculaires cliniques (par exemple, AVC ischémique ou hémorragique, AIT, infarctus du myocarde et décès vasculaire) et les excellents résultats fonctionnels définis par un score sur l’échelle de Rankin modifiée (mRS) mesurant l’invalidité globale chez les patients après un AVC ≤ 1 (fourchette de 0 à 6 ; les scores plus élevés indiquant un handicap plus élevé), à J90. Les critères d'évaluation de la sécurité comprenaient l'hémorragie intracrânienne symptomatique, l'hypoglycémie, les troubles gastro-intestinaux, la pancréatite et la mortalité toutes causes confondues dans les 90 jours.  En outre, l’efficacité et la sécurité ont été analysées en intention de traiter. Lorsque plusieurs événements se sont produits, le délai avant le 1er événement a été pris en compte. Les patients sans survenue du résultat primaire ont été censurés au moment du décès, du dernier contact ou à 90 jours, selon l’éventualité survenant en premier.

Parmi 928 patients éligibles, 636 patients ont été randomisés (âge médian [IQR], 63,5 [57,8-70,0] ans ; dont 231 femmes [36,3%]). Trois-cents dix-sept d’entre eux (49,8%) ont reçu le traitement standard associé au liraglutide, et 319 (50,2%) le traitement standard seul, 32 patients du groupe liraglutide (10,1%) n'ont pas respecté l'utilisation prescrite du liraglutide (définie comme l'arrêt du traitement pendant plus de 20% de la durée de l'étude). Dans les 90 jours, 25 patients (7,9%) du groupe liraglutide et 44 (13,8%) du groupe témoin ont présenté une récidive d'AVC (Hazard Ratio (HR) 0,56 ; IC à 95 %, 0,34-0,91 ; P = 0,02). En analyse de sous-groupes, les effets du liraglutide étaient plus prononcés chez les fumeurs et les participants de sexe masculin, ce qui suggère que le tabagisme et le sexe ont influencé l’effet du liraglutide. En ce qui concerne les résultats secondaires, de nouveaux événements vasculaires cliniques sont survenus dans les 90 jours chez 27 patients (8,5%) du groupe liraglutide et chez 50 (15,7%) du groupe témoin (HR, 0,53 ; IC à 95%, 0,33-0,84 ; P = 0,01).  En outre, une proportion significativement plus élevée de patients (mRS ≤ 1) dans le groupe liraglutide (274 [87,3%]) que dans le groupe témoin (246 [77,8%]) ont obtenu d'excellents résultats fonctionnels (OR, 1,95 ; IC à 95%, 1,28-3,00 ; P = 0,002). Des troubles gastro-intestinaux ont été signalés chez 60 patients (18,9%) ayant reçu du liraglutide et chez 13 patients (4,1%) dans le groupe témoin (HR, 4,81 ; IC à 95%, 2,64-8,78 ; P < 0,001). Concernant les autres événements indésirables, ils étaient faibles et similaires entre les deux groupes : 1 cas d’hémorragie intracrânienne symptomatique a été observé chez 1 patient (0,3%) du groupe liraglutide, contre 2 patients (0,6%) dans le groupe témoin (HR, 0,48 ; IC à 95%, 0,04-5,27 ; P = 0,5), et aucune différence significative n'a été observée en termes d'incidence de pancréatite, d’hypoglycémie, ou de mortalité toutes causes confondues.

Les résultats de cet essai clinique randomisé multicentrique suggèrent que, chez les patients chinois vivant avec un DT2 et venant de présenter un AVC mineur ou un AIT à haut risque, le traitement par liraglutide introduit dans les 24 heures suivant l’apparition des symptômes pourrait réduire la récidive d'événement neuro-vasculaire (HR 0,56) et améliorer le pronostic à 90 jours, sans augmentation de l’incidence des hémorragies intracrâniennes symptomatiques ou de la mortalité. Une méta-analyse à grande échelle avait préalablement suggéré le rôle des aGLP-1 dans la prévention primaire des AVC [5]. En outre, dans les analyses de sous-groupes, les effets du liraglutide semblaient plus prononcés chez les fumeurs et les participants de sexe masculin. Cependant, la taille de l’échantillon n'a pas atteint l'objectif initial, ce qui pourrait entraîner une puissance insuffisante pour détecter de manière fiable les effets d'interaction. Les forces de cette étude sont (1) son caractère multicentrique, (2) le fait qu’il s’agisse de la première étude randomisée de phase 3 évaluant l’efficacité du liraglutide dans cette indication. Parmi les limites principales de cette étude, nous pouvons relever : (1) son arrêt prématuré entraine une incertitude concernant la validité externe de ses résultats et leur généralisation, (2) le caractère ouvert de l’étude (traitement attribué connu des participants et des médecins) peut être responsable d’un biais malgré une évaluation et une analyse statistique en aveugle, (3) les centres uniquement chinois ne permettent pas une généralisation des résultats à l’échelle mondiale, (4) l’absence de collecte de données concernant l’HbA1C ou l’indice de masse corporelle à 90 jours ne permet pas d’évaluer si l’amélioration du contrôle glycémique ou de la perte de poids pourrait contribuer aux effets bénéfiques neurovasculaires observés, (5) le nombre relativement faible d’événements du critère d’évaluation principal survenus (n = 69) expliquent que ces résultats doivent être interprétés avec prudence, nécessitant une validation par des essais cliniques réalisés à plus grande échelle.

Les résultats de cet essai clinique randomisé suggèrent que le liraglutide, versus un traitement standard seul, pourrait réduire le risque de récidive des AVC chez les patients atteints de DT2 en post AVC ischémique aigu mineur ou AIT à haut risque lorsque celui-ci est introduit précocement. Toutefois, compte tenu de l'arrêt prématuré de l'essai, de la petite taille de l'échantillon et du nombre limité d'événements, la possibilité que ces résultats soient dus au hasard ne peut être exclue. Ainsi, des études plus vastes et plus puissantes sont nécessaires pour confirmer les effets observés.

 

Références

[1] Sarwar N, Gao P, Seshasai SR, & al. Emerging Risk Factors Collaboration. Diabetes mellitus, fasting blood glucose concentration, and risk of vascular disease: a collaborative meta-analysis of 102 prospective studies. Lancet. 2010;375(9733):2215-2222.
 
[2] Pan Y, Jing J, Li H, & al. Abnormal glucose regulation increases stroke risk in minor ischemic stroke or TIA. Neurology. 2016;87(15):1551-1556.
 
[3] Sattar N, Lee  MMY, Kristensen SL, & al. Cardiovascular, mortality, and kidney outcomes with GLP-1 receptor agonists in patients with type 2 diabetes: a systematic review and meta-analysis of randomised trials. Lancet Diabetes Endocrinol. 2021;9(10):653-662.
 
[4] Powers WJ, Rabinstein AA, Ackerson T, & al. American Heart Association Stroke Council.  2018 Guidelines for the early management of patients with acute ischemic stroke: a guideline for healthcare professionals from the American Heart Association/American Stroke Association. Stroke. 2018;49(3):e46-e110..
 
[5] Giugliano D, Scappaticcio L, Longo M, & al. GLP-1 receptor agonists and cardiorenal outcomes in type 2 diabetes: an updated meta-analysis of eight CVOTs. Cardiovasc Diabetol. 2021;20(1):189.
 


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