lundi 26 février 2018

Metformine et insuffisance rénale : nouvelles données pharmacocinétiques

Auteur : 
Michael Joubert
Date Publication : 
Février 2018
 
Article du mois en accès libre
 
Lalau JD et al. Metformin Treatment in Patients With Type 2 Diabetes and Chronic Kidney Disease Stages 3A, 3B, or 4. Diabetes Care 2018 Jan 5. pii: dc172231. 10.2337/dc17-2231. [Epub ahead of print].

 

Dans toutes les recommandations et prises de position d’experts, la metformine (MET) reste le traitement de première intention dans le diabète de type 2 (DT2). Les données de pharmacocinétique concernant la MET montrent que cette molécule n’est pas métabolisée, qu’elle ne se lie pas aux protéines, et qu’elle est rapidement éliminée par le rein. L’élimination rénale de la MET fait appel à un mécanisme de filtration glomérulaire passive et à un mécanisme de sécrétion tubulaire active qui est limité et ne peut compenser la perte de filtration glomérulaire lorsque le DFG s’abaisse [1]. C’est la raison pour laquelle il est recommandé de ne pas utiliser la MET en cas d’insuffisance rénale modérée à sévère, cette situation pouvant aboutir, en théorie, à une accumulation de la molécule et à un risque majoré d’acidose lactique, complication rare mais grave chez les patients utilisateurs de ce traitement. Du fait d’une probable surestimation de ce risque, les autorités de santé américaines et européennes ont assoupli les modalités de prescription de la MET, levant la contre-indication de ce traitement pour les patients présentant une insuffisance rénale modérée (stade 3A, débit de filtration glomérulaire DFG entre 45 et 59 mL/mn et stade 3B, DFG entre 30 et 44 mL/min), sous couvert d’une réduction posologique [2,3]. Cette décision n’était pas étayée par des données pharmacocinétiques jusqu’à ce qu’une équipe française décide de répondre à cette question.

Jean-Daniel Lalau et al. ont réalisé une étude à plusieurs volets chez des patients DT2 sans (stade 1, DFG 90-120 mL/min) ou avec insuffisance rénale de stade 2, 3A, 3B, 4, ou 5 (DFG 60-89, 45-59, 30-44, 15-29 et <15 mL/min) comportant : (i) une étude pharmacocinétique après une dose unique de 500 mg de MET (ii) une évaluation de la concentration plasmatique et érythrocytaire après une semaine de MET et (iii) une étude d’exposition à la metformine sur 4 mois. Pour ces trois volets, le principal critère d’évaluation était la concentration plasmatique de MET, considérée comme modérément élevée pour des valeurs de 2,5-5 mg/L et élevée pour des valeurs > 5 mg/L, seuil de sécurité à ne pas dépasser d’après la FDA [4]. Les patients inclus dans cette étude étaient atteints de DT2, avec une HbA1c > 6,5%, un taux de lactate de base < 2,5 mmol/L et une fonction rénale allant du stade 1 au stade 5. Leur fonction rénale devait en outre être stable (< 30% de variation du DFG sur les 3 mois précédant l’étude) et ils étaient exclus s’ils changeaient de plus de 2 stades d’insuffisance rénale pendant l’étude. Les différentes explorations ont été analysées par sous-groupes de patients, selon leur fonction rénale (groupe 1, 2, 3A, 3B, 4 et 5). L’insuffisance hépatique sévère, la grossesse et l’allaitement étaient des critères de non inclusion dans cette étude.

Pour l’étude de pharmacocinétique, cinq patients des groupes 3A, 3B et 4, traités depuis au moins un mois par MET, recevaient une dose unique de 500 mg de MET à 08h30 le jour de l’exploration, avec dosages de MET plasmatique et érythrocytaire avant la prise et à 0,5, 1, 2, 4, 6, 8, 12 et 24 heures après la prise. Pour tous les paramètres pharmacocinétiques étudiés (AUC, Tmax, T1/2, Cmax, Cavss (average steady state concentration)), aucune différence n’a été mise en évidence entre les trois groupes 3A, 3B et 4.

Concernant l’étude d’exposition pendant une semaine, 78 patients répartis dans les groupes 1, 2, 3A, 3B, 4 et 5 recevaient trois séquences d’une semaine de traitement par MET à 500, 1000 ou 2000 mg/j, avec une semaine de wash-out entre chaque séquence. Les dosages de MET plasmatique étaient réalisés 12 heures après la dernière prise de MET à chaque semaine de traitement. A la dose de 500 mg/j, seul un patient (dans le groupe 4) a présenté une MET plasmatique entre 2,5 et 5 mg/L. A la dose de 1000 mg/j, 5 patients ont présenté une MET plasmatique entre 2,5 et 5 mg/L, et un patient une valeur de MET > 5 mg/L (tous dans les groupes 4 et 5). A la dose de 2000 mg/j, 17 patients ont présenté une MET plasmatique entre 2,5 et 5 et deux patients > 5 mg/L (dans les groupes 3A, 3B, 4 et 5). Pour toutes les doses testées de MET, les auteurs ont mis en évidence une relation inverse entre le DFG et la concentration plasmatique de MET, 12 heures après la dernière prise de la séquence de traitement d’une semaine. Pour cette étude d’exposition d’une semaine, aucun patient n’a présenté d’hyperlactatémie > 5 mmol/L. Seul un patient a présenté une élévation modérée des lactates entre 2,5 et 3 mmol/L, sans corrélation avec son taux plasmatique de MET qui était bas. Au terme de cette étude d’exposition d’une semaine, les auteurs ont choisi d’utiliser une dose de MET de 1500, 1000 et 500 mg/j pour les patients des groupes 3A, 3B et 4, respectivement, pour l’étude d’exposition de 4 mois.

Pour cette étude d’exposition de 4 mois, dernier volet de l’exploration, 46 patients des groupes 3A, 3B et 4 ont reçu 1500, 1000 et 500 mg/j de MET pendant 4 mois. La concentration de MET plasmatique ainsi que la lactatémie étaient mesurées chaque mois, 12 heures après la dernière prise de MET (ou 24 h pour les patients du groupe 4 ne prenant que 500 mg/j le matin). La concentration plasmatique de MET est restée stable tout au long de l’étude, pour les patients des trois groupes, avec seulement quelques valeurs de MET plasmatique entre 2,5 et 5 mg/L mais aucune valeur > 5 mg/L. Quant à la lactatémie, seulement 6 patients ont présenté des valeurs > 2,5 mmol/L dont un seul patient > 5 mmol/L dans un contexte d’infarctus. La MET a dû être interrompue chez seulement 2 patients. Aucune corrélation n’a été mise en évidence entre la concentration plasmatique de MET et la lactatémie.

Ces données robustes constituent le premier rapport exposant clairement la pharmacocinétique de la metformine chez les patients DT2 en insuffisance rénale modérée ou sévère. A la lumière de ces résultats, il apparaît que la dose de 500 mg/j de MET n’a pas entraîné d’élévation de la concentration plasmatique de ce médicament au dessus du seuil de sécurité de 5 mg/L, quelque soit le DFG considéré. En revanche, la dose de 2000 mg/j de MET était clairement trop élevée pour les patients DT2 avec une insuffisance rénale stade 3, 4 ou 5. La dose intermédiaire de 1000 mg/j était responsable d’une élévation de la concentration plasmatique de MET > 2,5 mg/L chez quelques patients.

Ainsi, ces données suggèrent que les doses de MET à ne pas dépasser chez les sujets DT2 avec une insuffisance rénale stade 3A (DFG 45-59 mL/min) et stade 3B (DFG 30-44 mL/min) sont respectivement de 1500 et 1000 mg/j. De plus, cette étude ouvre la voie à une réflexion d’utilisation de MET pour des patients DT2 présentant une insuffisance rénale stade 4 (DFG 15-29 mL/min), avec une posologie adaptée de ce médicament. Il faut cependant souligner que le MET reste encore à ce jour contre-indiquée en cas de DFG < 30 mL/min. Concernant la sécurité d’utilisation, le dosage de MET plasmatique étant coûteux et sa concentration n’étant pas corrélée à la lactatémie, il semble plus pragmatique de proposer un dosage de lactate pour les patients DT2 insuffisants rénaux fragiles, notamment lors d’un événement intercurrent, afin de décider de la poursuite ou non de ce traitement. En effet, une lactatémie à deux reprises entre 2,5 et 5 mmol/L ou une seule fois > 5 mmol/L doit faire arrêter la MET, afin de ne pas exposer le patient à l’acidose lactique, complication rare mais grave de ce traitement.

 

Références

[1] Smith HW et al. The renal clearances of substituted hippuric acid derivatives and other aromatic acids in dog and man. J Clin Invest 1945;24:388-404.
 
[2] The EuropeanMedicines Agency (EMA). Use of metformin to treat diabetes now expanded to patients with moderately reduced kidney function: recommendations for patients with kidney impairment updated in product information [Internet], 2016. Available from (Accessed 7 March 2017) :
 
[3] The U.S. Food and Drug Administration (FDA). Drug Safety Communication : FDA revises warnings regarding use of the diabetes medicine metformin in certain patients with reduced kidney function [Internet], 2016. Available from (Accessed 7 March 2017) :
 
[4] The U.S. Food and Drug Administration (FDA). FDA label approved (revised) on 07/19/2013 for Metformin Hydrochloride, ANDA no. 091664 [Internet], 2013. Available from (Accessed 7 March 2017) :
 


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mardi 6 février 2018

Février 2018, de grosses nouveautés pour FreeStyle LibreLink

2 nouveautés intéressantes au menu de ce début février 2018 !   Commençons par les diabétiques utilisateurs de l’application LibreLink sur leurs smartphones Android. L’application LibreLink, disponible sur Android depuis maintenant plus d’un an et demi pour les utilisateurs Français, connaît une grosse mise à jour technique. En effet, depuis ce Mardi 6 février 2018, […]

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mercredi 31 janvier 2018

Quels sont les facteurs de survie des patients diabétiques de type 2 en hémodialyse ?

Auteur : 
Bénédicte Gaborit
Date Publication : 
Janvier 2018
 
Article du mois en accès libre
 
Triebswetter S et al. Long-Term Survivor Characteristics in Hemodialysis Patients with Type 2 Diabetes, Am J Nephrol. 2018; 47 : 30-39. doi: 10.1159/000485842

 

L’insuffisance rénale chronique terminale et le recours à l’hémodialyse concernaient en 2010 un total de 2,6 millions de personnes dans le monde. En 2030, ce chiffre atteindra plus de 5,4 millions d’individus [1]. Dans 22 % des cas, la maladie causale est le diabète [2]. Ceci représente un vrai challenge médico-économique car toutes les études pointent le sur-risque cardiovasculaire de ces patients. Bien que de nombreuses études aient tenté de prédire la survie chez les patients hémodialysés, peu se sont intéressées à une population uniquement diabétique sur le long terme (> 10 années de suivi) [3,4]. L’objectif de cette étude était de décrire la survie des patients diabétiques de type 2 (DT2) en hémodialyse d’après un essai randomisé multicentrique prospectif, l’étude 4D (German Diabetes Dialysis Study), et son étude observationnelle de suivi afin de déterminer les facteurs associés à la mortalité, prédéfinis en fonction de l’expertise clinique, la littérature et la possibilité de récupération des données.

L’étude 4D est un essai randomisé prospectif qui a inclus 1255 patients DT2 âgés entre 18 et 80 ans recrutés dans 178 centres de dialyse allemands entre mars 1998 et octobre 2002 [5]. Les patients ont été randomisés en double aveugle dans un bras atorvastatine 20 mg/jour (n = 619) ou placebo (n = 636). Le critère principal d’évaluation était un critère composite incluant la mortalité cardiovasculaire, l’infarctus non fatal et l’accident vasculaire cérébral non fatal. Dans l’étude princeps publiée dans le New England Journal of Medicine, il n’y avait pas de différence significative pour ce critère à la fin des 4 ans de suivi. Dans l’étude observationnelle de suivi, la poursuite de la statine a été laissée à la discrétion du néphrologue du patient. Lors de cette phase de suivi, des questionnaires ont été envoyés aux néphrologues par mail en 2006 et 2011. En l’absence de réponse, les médecins traitants, la famille, les centres hospitaliers et les mairies ont été contactées afin d’obtenir les certificats de décès.

Le critère d’analyse principal de l’étude était la mortalité toutes causes. Dix paramètres initiaux ont été choisis afin d’évaluer leur possible association avec la mortalité globale : âge, sexe, maladie cardiovasculaire, maladie cérébrovasculaire ou maladie artérielle périphérique, durée d’évolution du diabète, hémoglobine glyquée (HbA1c), albumine, indice de masse corporelle (IMC), et état de santé général. La maladie cardiovasculaire (CaVD) était définie par la survenue d’un des événements parmi les suivants avant le début de l’étude : infarctus du myocarde, pontage aorto-coronarien, angioplastie coronaire, arythmie, fibrillation auriculaire, valvulopathie, ou œdème aigu du poumon. La maladie cérébrovasculaire (CeVD) était un composite d’accident vasculaire cérébral (AVC), accident ischémique transitoire (AIT) et déficit neurologique ischémique prolongé réversible. La maladie artérielle périphérique (PVD) était définie par la présence d’une artériopathie oblitérante des membres inférieurs, et/ou la survenue d’une gangrène avant le début de l’étude. La perte d’autonomie était définie par la nécessité d’une aide à domicile au moins 1 heure et demi par jour pour la mobilité, l’hygiène, ou la nutrition. Pour toutes les variables, les données initiales issues de la visite de randomisation ont été utilisées.

Sur les 1255 patients DT2 en hémodialyse inclus dans l’étude 4D, 103 étaient vivants après les 11,5 années de médiane de suivi. Vingt patients ont été perdus de vue (1 pendant l’étude 4D, 19 durant la phase de suivi), et 46 ont été transplantés d’un rein ou d’une double greffe rein-pancréas. Les patients du groupe survivant étaient significativement plus jeunes (59,3 ± 8,8 versus 66,3 ± 8,0 ans, p<0,001 respectivement), étaient plus souvent des hommes (68 versus 53%, p=0,003), et avaient moins de maladie cardiovasculaire (33 versus 61%, p<0,001) ou de maladie artérielle périphérique (26,2 % versus 48,6%, p<0,001) que les patients du groupe non survivant. Les patients du groupe survivant avaient de plus une durée d’évolution du DT2 plus faible (16,3 ± 8,2 versus 18,3 ± 8,9 années, respectivement, p=0,034), un équilibre glycémique statistiquement meilleur (HbA1c 6,4 ± 1,3 versus 6,8 ± 1,3%, p=0,004), un IMC plus élevé (29 ± 5 versus 27,4 ± 4,8 kg/m2), moins de perte d’autonomie (8,7 versus 24,6%, p=0,001), et une durée de dialyse légèrement plus importante (12,9 versus 12,3 heures/semaine). Les deux groupes n’étaient par contre pas différents en termes de profil tensionnel ou lipidique.

Le risque de mortalité toutes causes augmentait de 3% par an avec l’âge (Hazard ratio 1,03, IC 95% [1,02-1,04]). Il n’existait pas de différence significative pour le sexe. La présence de maladie cardiovasculaire et artérielle périphérique étaient les paramètres qui étaient le plus associés à la mortalité (CaVD HR=1,42 IC 95% [1,25-1,62] et PVD HR=1,55 IC 95% [1,36-1,76], respectivement). Le déséquilibre glycémique représenté par l’HbA1c était associé à un sur-risque (HR=1,08 IC 95% [1,03-1,14]), de même pour la perte d’autonomie (HR=1,20 IC 95% [1,03-1,39]). Il n’existait pas d’association de la mortalité avec la maladie cérébrovasculaire, ou la durée d’évolution du diabète. En revanche, l’IMC élevé et le maintien des taux d’albumine étaient statistiquement associés à la survie : chaque augmentation d’1g/dL d’albumine diminuait le risque de 28% HR=0,72 IC 95% [0,59-0,89] ; chaque augmentation d’1 kg/m2 de l’IMC diminuait le risque de 2% HR=0,98 IC 95% [0,96-0,99].

Cette étude montre, chez des patients hémodialysés chroniques diabétiques de type 2, que la maladie artérielle coronaire et périphérique sont les facteurs les plus associés à la mortalité sur le long terme. Plus que la durée d’évolution du diabète, l’équilibre glycémique est significativement associé à un sur-risque alors que l’on retrouve le paradoxe du surpoids qui semble protecteur, probablement en miroir de la dénutrition, puisque l’IMC élevé et l’albumine sont significativement associés à la survie. Cette étude confirme les résultats d’autres études de mortalité effectuées sur des populations semblables en hémodialyse [4,6], mais étend ces données sur une population uniquement diabétique sur le long terme (au-delà de 10 ans). Le lien entre HbA1c et mortalité chez les hémodialysés n’est pas constant dans les études. L’augmentation du turnover érythrocytaire, et les traitements de stimulation de l’érythropoiétine conduisant à une réduction du temps de glycation de l’hémoglobine, l’HbA1c n’est peut être pas le juste reflet de la moyenne glycémique, ni le meilleur marqueur de suivi chez ces patients hémodialysés. De plus, on ne peut que regretter l’absence de suivi de ce paramètre qui n’a été évalué qu’au début de l’étude. La sous-population des patients atteints de DT2 représentant aux Etats-Unis déjà 45% de la population en hémodialyse, il est fort à penser que d’autres études viendront corroborer ces résultats intéressants.

 

Références

[1] Liyanage T, et al. : Worldwide access to treatment for end-stage kidney disease: a systematic review. Lancet 2015; 385: 1975–1982.
 
[2] ERA-EDTA Registry: ERA-EDTA Registry Annual Report 2013. Academic Medical Center, Department of Medical Informatics, Amsterdam, 2015.
 
[3] van Diepen M, et al. : Predicting mortality in patients with diabetes starting dialysis. PLoS One. 2014 Mar 4;9: e89744..
 
[4] Freedman BI, et al. : Glycated albumin and risk of death and hospitalizations in diabetic dialysis patients. Clin J Am Soc Nephrol 2011; 6: 1635–1643..
 
[5] Wanner C, et al : Atorvastatin in patients with type 2 diabetes mellitus undergoing hemodialysis. N Engl J Med 2005; 353: 238–248.
 
[6] Segall L, et al. : Protein-energy wasting, as well as overweight and obesity, is a long-term risk factor for mortality in chronic hemodialysis patients. Int Urol Nephrol 2014; 46: 615–621.
 


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dimanche 7 janvier 2018

L'imagerie fonctionnelle rétinienne : une méthode passionnante et très prometteuse pour étudier les troubles cognitifs des patients DT2.

Auteur : 
Manuel Dolz
Date Publication : 
Décembre 2017
 
Article du mois en accès libre
 
Ciudin A, et al. Retinal Microperimetry: A new tool for identifying patients with type 2 diabetes at risk for developing Alzheimer disease. Diabetes 2017 Dec;66(12):3098-3104. doi: 10.2337/db17-0382

 

Les patients atteints de diabète de type 2 (DT2) présentent une augmentation de la prévalence de troubles cognitifs légers (MCI pour mild cognitive impairment) et un risque significativement plus élevé de développer une maladie d'Alzheimer (MA) comparativement aux individus non diabétiques d'âge comparable [1]. Les MCI sont caractérisés par une déficience cognitive mise en évidence lors des tests standards (MMSE par exemple) mais sans altération des activités quotidiennes, et représentent un état transitoire entre des fonctions cognitives normales et la démence. Le taux de conversion annuel des MCI vers la démence varie entre 10% et 30% dans la population générale [2]. A présent, une atteinte cognitive sévère peut être considérée comme une «nouvelle» complication du diabète à long terme avec des conséquences parfois dramatiques pour les sujets affectés et leurs familles et avec un impact significatif en termes de santé publique [3]. Or le nombre de patients atteints de DT2 et de MCI ou de démence devrait augmenter en raison de l’augmentation conjointe de l’incidence du diabète et du vieillissement de la population dans le monde. Par conséquent, des stratégies sont nécessaires pour identifier les patients diabétiques qui sont à risque de démence.
Les auteurs rappellent que la rétine, en raison de ses correspondances anatomiques, embryologiques et physiologiques avec le cerveau, offre une «fenêtre» unique et facilement accessible pour étudier de manière non invasive les pathologies cérébrales [4]. Il apparaît, par conséquent, raisonnable de proposer que l'évaluation de paramètres rétiniens liés à la neurodégénérescence, comme la fonction rétinienne, pourrait être utile pour identifier les patients DT2 qui présentent un risque élevé de développer une MA.
Plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour mesurer la fonction rétinienne dont la micropérimétrie qui, dans des études récentes, serait encore plus sensible que l'électrorétinographie multifocale pour détecter les changements fonctionnels précoces de la rétine [5-6]. Il s’agit d’un test simple, non invasif et rapide, qui peut être utilisé dans la pratique clinique. La micropérimétrie mesure la sensibilité rétinienne en termes d'intensité lumineuse minimale que les patients peuvent percevoir lorsque des taches de lumière stimulent des zones spécifiques de la rétine. Elle permet donc une corrélation topographique exacte entre les détails du fond d'œil et la sensibilité à la lumière (sensibilité différentielle à la lumière). L'examinateur obtient donc une réponse fonctionnelle de la zone sélectionnée. Les altérations périmétriques reflètent l'atteinte des fibres visuelles.

Les principaux objectifs de cette étude étaient 1) d'évaluer si la sensibilité rétinienne évaluée par micropérimétrie est corrélée avec les paramètres de l'imagerie cérébrale anatomique (IRM) et fonctionnelle (TEP-18FDG) ; 2) déterminer si la sensibilité rétinienne évaluée par micropérimétrie discrimine les différents stades de déficience cognitive chez les patients DT2 (absence de déficience cognitive, MCI, et MA).

Il s’agit d’une étude cas-témoins prospective espagnole qui a inclus 35 patients atteints de MCI, sélectionnés parmi 214 patients DT2 consécutifs qui consultaient dans une clinique de la mémoire de Barcelone.
Les principaux critères d'inclusion étaient un âge supérieur à 65 ans, un DT2 découvert depuis plus de 5 ans, l’absence de rétinopathie diabétique ou la présence d’une rétinopathie non proliférante minime. Les patients présentant une rétinopathie diabétique plus avancée ont été exclus car une atteinte microvasculaire sévère peut contribuer à la neurodégénérescence rétinienne. Les autres principaux critères d'exclusion étaient : les patients atteints d'autres maladies neurodégénératives du cerveau ou de la rétine (par exemple, un glaucome) ou de maladies cérébro-vasculaires ; un taux d’HbA1c > 10%.
Chaque patient MCI a été apparié à un patient DT2 avec MA et un patient DT2 avec une cognition normale (NC). Les critères d’appariement étaient l'âge (79,55 ± 5,66 vs 77,02 ± 4,88 et 75,71 ± 7,04 ans, pour MCI, MA et NC respectivement), l’ancienneté du diabète (11,40 ± 6,92 vs 13,34 ± 9,70 vs 12,65 ± 6,50 ans) et les facteurs de risque cardiovasculaire classiques (hypertension et dyslipidémie). Les groupes étaient comparables en termes d’IMC (27,24 ± 3,92 vs 28,60 ± 4,24 vs 29,53 ± 3,79 kg/m²), de sexe (42,85 vs 51,42 vs 57,14 % d’hommes) ou d’antécédents familiaux de MA. Par ailleurs, 20 sujets sans diabète ont été inclus comme sujets témoins pour chacune des catégories cognitives (MA, MCI et NC).
Tous les patients ont eu des évaluations neuropsychologiques, neurologiques et psychiatriques complètes. La neurodégénérescence du cerveau a été évaluée par IRM (pour les changements structurels) et en TEP-18FDG (pour les changements fonctionnels). Les mesures de TEP-18FDG ont été réalisées sur les régions d'intérêt choisies, car souvent rapportées dans la littérature comme ayant un hypométabolisme chez des patients atteints de MA. L’analyse par micropérimétrie automatisée après dilatation pupillaire, a permis d’évaluer 29 points de mesure permettant la détection de petites anomalies du champ visuel dans la zone péri-fovéolaire. L'appareil calculait automatiquement l’index de fiabilité (qui évalue l'exactitude du test). Les valeurs moyennes de sensibilité rétinienne et de fiabilité des deux yeux ont été utilisées pour l’analyse.

Les résultats de ce travail suggèrent que la sensibilité rétinienne évaluée par micropérimétrie est bien liée à la neurodégénérescence du cerveau. En effet, la sensibilité rétinienne était significativement plus faible chez les patients DT2-MA que chez les patients DT2-MCI (17,11 ± 6,32 vs 21,68 ± 4,06 pour MA et MCI respectivement ; p < 0,0001). De plus, les patients DT2-MA et DT2-MCI présentaient une sensibilité rétinienne plus faible que les patients DT2 de même âge ayant une cognition normale (23,90 ± 1,40, p = 0,027). Des résultats similaires ont été obtenus dans le groupe témoin sans diabète, mais la différence entre les sujets NC et MCI n'a pas atteint le seuil de significativité. La moyenne de l'index de fiabilité du test de micropérimétrie était > 90% et non significativement différente dans tous les groupes (92,57 ± 10,92 vs 94,88 ± 7,16 vs 97,66 ± 8,97), indiquant ainsi que les mesures de sensibilité étaient précises. Une corrélation (r = 0,50; p < 0,0001) a été trouvée entre la sensibilité rétinienne et l'échelle cognitive ADAS-Cog chez les patients DT2 avec déficience cognitive.

Dans cette étude, la sensibilité rétinienne est également bien corrélée avec les paramètres topographiques de perte de tissu cérébral et d’hypométabolisme cérébral chez les patients DT2 avec déficience cognitive.
En IRM, une réduction significative des volumes du cerveau entier, de la substance grise, de l'hippocampe et du cortex moyen a été observée chez les patients atteints de MA par rapport aux patients atteints de MCI (p variant de 0,002 à < 0,001). En ce qui concerne la TEP-18FDG, une réduction significative de l'absorption du glucose a été détectée chez les patients atteints de MA par rapport aux patients atteints de MCI dans le cerveau entier, le gyrus angulaire, le gyrus cingulaire et en temporal (p variant de 0,016 à < 0,001).
La sensibilité rétinienne était directement corrélée avec le volume total de la substance grise (r = 0,38, p < 0,01), avec l'épaisseur moyenne du cortex (r = 0,37, p < 0,01) et le volume hippocampique (r = 0,35; p < 0,01). De plus, la sensibilité rétinienne était corrélée avec l'absorption du glucose dans le cerveau entier (r = 0,66; p < 0,001), dans le cortex angulaire gauche (r = 0,46; p < 0,001) et angulaire droite (r = 0,64; p < 0,001), dans la partie postérieure du cortex cingulaire (r = 0,48; P < 0,001) et en région temporale (gauche temporale: r = 0,55, p <  0,001; droite temporale: r = 0,32, p = 0,02). A noter qu’il existait une corrélation entre la sensibilité rétinienne et l'âge (r = 0,44, p <0,001), mais que toutes les corrélations entre la sensibilité rétinienne et les données d'IRM et de TEP-18FDG sont restées significatives après ajustement pour l'âge.

Guy De Maupassant avait écrit « L'oeil. En lui, il y a l'âme, il y a l'homme qui pense, l'homme qui aime, l'homme qui rit, l'homme qui souffre ! ». Ces mots raisonnent d’un sens nouveau à la lecture de cet article.

En effet, les diabétiques avec MCI ou MA sont des êtres potentiellement en souffrance : en plus des complications plus spécifiquement gériatriques (dénutrition, chutes, perte d’autonomie, isolement social…), une dysfonction cognitive non reconnue peut affecter l'observance du traitement et l'autogestion du diabète, entraînant ainsi un mauvais contrôle glycémique, des épisodes hypoglycémiques sévères plus fréquents et davantage d'hospitalisations [7]. L'identification des patients avec des stades prodromiques de la MA, comme le MCI, est donc essentielle. Cela permet de personnaliser leur prise en charge en adaptant les objectifs et les traitements et en sélectionnant les patients pour lesquels un bilan psychométrique plus exhaustif dans des centres spécialisés serait indiquée.

Les résultats de ce travail suggèrent que la neurodégénérescence de la rétine et du cerveau se développent en parallèle.

L’étude fonctionnelle du fond d’œil de patients diabétiques par micropérimétrie apparaît être un test de dépistage fiable pour identifier les patients DT2 aux premiers stades de la déficience cognitive. Comparativement à d’autres techniques qui sont plus difficiles à mettre en œuvre et chronophages, la micropérimétrie est un test simple qui nécessite moins de 5 min pour évaluer la fonction rétinienne. De plus cet examen est indépendant de la fixation et de tout autre mouvement oculaire [8]. Par conséquent, elle peut être particulièrement recommandée chez les patients âgés atteints de déficience cognitive.

Cette étude n’est pas exempte de certaines limites, en particulier l'inclusion de patients sélectionnés sur des critères stricts ce qui ne permet pas d'extrapoler les résultats à l'ensemble des patients DT2. Par conséquent, une étude avec des critères de sélection moins stricts sur une plus grande population sera nécessaire avant de conclure définitivement sur l’intérêt de cette technique afin d’examiner indirectement les événements qui se produisent dans le cerveau au cours des processus neurodégénératifs.

Tout de même, j’ose croire que nous sommes au début d’une nouvelle ère d’évaluation des processus neurodégénératifs grâce à l’exploration de notre rétine. Alors gardons l’œil ouvert !

 

Références

[1] Kopf D, Frölich L. Risk of incident Alzheimer's disease in diabetic patients: a systematic review of prospective trials. J Alzheimers Dis 2009;16(4):677-85.
 
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[4] Cheung CY, et al. Imaging retina to study dementia and stroke. Prog Retin Eye Res 2017 Mar;57:89-107.
 
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doi : 10.2147/PRBM.S36238. eCollection 2016.
Review. PubMed PMID: 26855601
PubMed Central PMCID: PMC4727517
 
[8] Rohrschneider K, et al. Use of fundus perimetry(microperimetry) to quantify macular sensitivity. Prog Retin Eye Res 2008 Sep;27(5):536-48.
 


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vendredi 8 décembre 2017

Quel intérêt pour l’oxygénothérapie hyperbare dans la prise en charge du pied diabétique ischémique ?

Auteur : 
Kamel Mohammedi
Date Publication : 
Novembre 2017
 
Article du mois en accès libre
 
Katrien T.B. et al. Hyperbaric Oxygen Therapy in the Treatment of Ischemic Lower Extremity Ulcers in Patients With Diabetes: Results of the DAMO2CLES Multicenter Randomized Clinical Trial. Diabetes Care 2017 [Epub ahead of print]. doi: 10.2337/dc17-0654

 

Le « pied diabétique » est un problème majeur de santé publique. Les patients diabétiques ont un risque élevé, estimé entre 3 et 11 %, de développer une ulcération du pied [1]. Plusieurs complications sont impliquées dans le développement du pied diabétique, notamment la neuropathie périphérique, les infections, et l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs. Cette dernière complication est souvent associée à un pronostic podologique sévère [1, 2] avec un risque très élevé d’amputation majeure [3]. Les ulcères ischémiques des membres inférieurs sont souvent difficiles à cicatriser, nécessitant une prise en charge complexe et multidisciplinaire [4]. L’oxygénothérapie hyperbare (HBOT) permet d’améliorer l’oxygénation des tissus ulcérés, d’améliorer la cicatrisation, et éventuellement de prévenir les amputations [5-7]. Néanmoins, l’efficacité de la thérapie HBOT n’a pas été clairement démontrée, particulièrement en cas de pied diabétique ischémique. L’étude DAMO2CLES (Does Applying More Oxygen (O2) Cure Lower Extremity Sores?) a été conçue et conduite pour évaluer l’intérêt de la thérapie HBOT, en adjuvant des soins standards et de la revascularisation, dans la cicatrisation des ulcères ischémiques de pied et la prévention des amputations majeures, chez les patients diabétiques.

L’étude DAMO2CLES est un essai clinique multicentrique (24 centres aux Pays-Bas et un centre en Belgique) randomisé en 2 groupes parallèles comparant les soins standards seuls ou combinés à la thérapie HBOT. Les participants diabétiques (type 1 ou 2) répondant à tous les critères suivants ont été inclus : ulcère chronique (≥ 4 semaines) du pied gradé 2 à 4 selon la classification de Wagner, avec une atteinte ischémique nécessitant une revascularisation dont l’indication devait être retenue avant la randomisation. Les principaux critères d’exclusion ont été : antécédent d’amputation homolatérale majeure (au-dessus de la cheville), contre-indication absolue à la thérapie HBOT (exemples : BPCO stade IV, insuffisance cardiaque sévère avec FEVG <20 %, port de pacemaker, néoplasie métastatique, ou grossesse), insuffisance rénale terminale, chimiothérapie en cours, traitement par immunosuppresseurs, corticothérapie à forte dose (>10 mg/jour), ou l’incapacité de renseigner un questionnaire en néerlandais. Tous les participants ont bénéficié d’une revascularisation endovasculaire ou chirurgicale (de préférence avant la thérapie HBOT quand c’était possible) avec un traitement conservateur optimal (antibiotique, anticoagulant, contrôle du diabète) en plus des soins locaux selon les pratiques de chaque centre. La thérapie HBOT a été réalisée par des sessions de 90 minutes dans des chambres de pression 2,4 à 2,5 supérieures à la pression atmosphérique où les patients respiraient 100 % de FiO2 (fraction inspirée en oxygène) à l'exception de trois périodes de 5 minutes pendant lesquelles l'air ambiant était administré pour éviter l'intoxication à l'oxygène. Les participants randomisés dans le bras actif ont bénéficié d’une séance quotidienne (5 jours par semaine) de thérapie HBOT jusqu’à un maximum de 40 séances ou jusqu’à la cicatrisation complète. Les patients ont été suivis régulièrement à 3, 6, et 12 mois après l’inclusion.

Les valeurs moyennes des glycémies pendant le CGM (10,2 vs 9,9 mmol/L), de l’HbA1c (8,7 vs 8,7%) et d’ancienneté de diabète (24,5 vs 19,8 années) étaient comparables chez les patients avec un rCP < 200 ou > 600 pmol/L. En revanche, les patients avec déficit insulino-sécrétoire sévère ont eu plus rapidement besoin d’un traitement par insuline, avec des doses plus fortes et un recours plus fréquent au schéma basal-bolus, et avaient plus fréquemment des anticorps anti-ilôts positifs. La déviation standard des concentrations du glucose interstitiel était plus élevée dans le groupe ‘rCP bas’ en comparaison au groupe ‘rCP élevé’ (4,15 IC 95% [3,67 – 4,64]) vs 3,01 [2,65 – 3,38] mmol/L, p<0,001). L’indice MAGE n’était pas significativement différent entre les 2 groupes (7,05 [5,9 – 8,2] vs 6,03 [4,8 – 7,3] mmol/L, p=0,1). Les hypoglycémies étaient plus fréquentes dans le groupe avec déficit insulino-sécrétoire sévère : 16 sujets de ce groupe (94%) ont eu au moins un épisode d’hypoglycémie (≤ 4 mmol/L pendant ≥ 20 min) vs 7 (41%) dans le groupe avec insulino-sécrétion préservée (p<0,001). L’incidence des épisodes hypoglycémiques (5,5 [4,4 – 6,7] vs 2,1 [1,4 – 2,9] épisodes/personne/semaine, p=0,004) et leur durée totale (630 [329 – 931] vs 223 [14 – 431] minutes/personne/semaine, p=0,01) étaient plus élevées chez les sujets avec déficit insulino-sécrétoire sévère que chez ceux avec une sécrétion d’insuline conservée. Des différences comparables étaient observées avec les hypoglycémies plus basses (≤ 3 mmol/L) : incidence 1,8 [1,2 – 2,6] vs 0,4 [0,1 – 0,8] épisodes/personne/semaine (p=0,037); durée 199 [47 – 352] vs 31 [0 – 83] minutes/personne/semaine (p=0,049). Les mêmes tendances étaient observées pour les hypoglycémies sévères (définie par une valeur CGM ≤ 2,2 mmol/l), mais sans atteindre la signification statistique. L’index LBGI (Low Blood Glucose Index) était plus élevé dans le groupe avec faible concentration de rCP (5,5 [3,8 – 7,3] vs 1,9 [0,8 – 3,0], p<0,001). Les associations entre le rCP et la variabilité glycémique ou les hypoglycémies n’étaient pas influencées par le protocole d’insulinothérapie.

Les critères principaux de jugement ont été le sauvetage du membre inférieur (absence d’amputation majeure au-dessus de la cheville) et cicatrisation (ré-épithélialisation complète) de l’ulcère à 12 mois. Les critères secondaires de jugement ont été l’absence d’amputation mineure (un ou plusieurs orteils ou trans-métatarsienne), la survie sans amputation majeure, la nécessité de revascularisation supplémentaire, un nouvel ulcère, récidive de l’ulcère index déjà cicatrisé, toutes les complications et les morbidités liées (ou pas) à la thérapie HBOT, et la mortalité totale. La qualité de vie et le rapport coût-efficacité de la thérapie HBOT ont été également évalués, mais non rapportés dans la présente publication.

Entre juin 2013 et décembre 2015, 120 patients ont été inclus, 60 dans le groupe de soins standards (4 d’entre eux ont décidé de leur propre initiative d’avoir une thérapie HBOT) et 60 dans le groupe HBOT (seulement 39 ont complété l’étude, car 11 n’ont jamais commencé la thérapie, et 10 sont sortis de l’étude précocement).

Pendant le suivi, 13 patients (22 %) ont eu une amputation majeure dans le groupe de soins standards et 7 (12 %) dans le groupe HBOT. La thérapie HBOT était associée à un taux plus élevé, mais statistiquement non significatif, de sauvetage de membre inférieur en comparaison au traitement standard : risque relatif (RR) 0,54, IC95 % [0,23-1,26]. Les auteurs n’ont pas observé de différence entre les 2 groupes en termes de taux ou de délai de cicatrisation. Pendant l’étude, 29 (48 %) ulcères ont cicatrisé dans le groupe de soins standards et 33 (55 %) dans le groupe HBOT (RR 0,87 [0,60-1,26]). À la fin de l’étude, 28 (47 %) ulcères ont définitivement cicatrisé dans le groupe de soins standards et 30 (50 %) dans le groupe HBOT (RR 0,94 [0,66-1,33]). Des résultats comparables ont été observés après plusieurs analyses en per protocole.

À la fin de l’étude, 31 (52 %) et 38 (63 %) participants dans les 2 groupes standard et actif respectifs n’ont eu aucune amputation (mineure ou majeure) : RR 0,76 [0,50-1,16]. Le nombre de participants qui ont survécu à la fin de l’étude sans amputation majeure était plus élevé dans le groupe HBOT comparé au groupe standard : 49 (82 %) versus 41 (68 %), RR 0,58 [0,30-1,11], mais cette différence n’était pas significative statistiquement. Quatorze participants sont décédés pendant le suivi. Le taux de mortalité était plus faible, mais de façon non significative, dans le groupe HBOT comparé au groupe de soins standards : 9 (15 %) vs 5 (8 %), RR 0,56 [0,20-1,56]. La fréquence du recours à une revascularisation complémentaire était comparable entre les 2 groupes : 17 (28 %) vs 14 (23 %), RR 0,98 [0,81-1,19]. Le taux de récidive des ulcères et l’incidence des nouveaux ulcères étaient également similaires dans les 2 groupes. Deux évènements indésirables graves ont été potentiellement attribués à la thérapie HBOT (convulsion et perforation tympanique).

L’étude DAMO2CLES n’a pas réussi à démontrer l’efficacité de la thérapie HBOT par rapport aux soins standards pour améliorer le taux de cicatrisation des ulcères ischémiques des membres inférieurs ou de diminuer le risque d’amputation majeure chez les patients diabétiques. Les résultats négatifs de cette étude peuvent être expliqués par le faible effectif qui ne permet pas de détecter des différences modestes entre les 2 groupes. En plus, 35 % des participants du groupe HBOT n’ont pas commencé cette thérapie ou l’ont abandonné précocement. L’autre limite de cette étude est l’absence de méthode d’adjudication appropriée pour valider les évènements en insu du bras de randomisation.

Il est difficile de comparer ces données avec des études antérieures qui ont des résultats discordants avec plusieurs niveaux d’hétérogénéité (caractéristiques des plaies, statut vasculaire, protocole de la thérapie HBOT, et évènements testés) [8-10]. Il est toutefois important de noter qu’au moins trois études ont montré une amélioration du taux de cicatrisation d’ulcères et/ou une réduction du risque d’amputation chez des patients diabétiques [11-13]. Néanmoins, il est difficile de tirer des conclusions pratiques à partir de ces études à cause d’un suivi trop court, plusieurs biais méthodologiques, et un nombre limité de participants.

Au total, cette étude ne valide pas l’intérêt de la thérapie HBOT en adjuvant des soins standards dans la prise en charge des ulcères ischémiques des patients diabétiques. Une étude plus large, avec une meilleure observance thérapeutique et une adjudication des évènements testés, est indispensable pour mieux évaluer l’intérêt de cette thérapie.

 

Références

[1] Boulton AJ. The diabetic foot: grand overview, epidemiology and pathogenesis. Diabetes Metab Res Rev 2008;24(Suppl. 1):S3–S6.
 
[2] Boulton AJ. The pathway to foot ulceration in diabetes. Med Clin North Am 2013;97:775– 790.
 
[3] Hinchliffe RJ, et al. A systematic review of the effectiveness of revascularization of the ulcerated foot in patients with diabetes and peripheral arterial disease [published correction appears in Diabetes Metab Res Rev 2012;28:376]. Diabetes Metab Res Rev 2012; 28(Suppl. 1):179–217.
 
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[6] Flegg JA, et al. Mathematical model of hyperbaric oxygen therapy applied to chronic diabetic wounds. Bull Math Biol 2010; 72:1867–1891.
 
[7] Thackham JA, et al. The use of hyperbaric oxygen therapy to treat chronic wounds: a review. Wound Repair Regen 2008; 16:321–330.
 
[8] Stoekenbroek RM, et al. Hyperbaric oxygen for the treatment of diabetic foot ulcers: a systematic review. Eur J Vasc Endovasc Surg 2014;47:647–655.
 
[9] Elraiyah T, et al. A systematic review and meta-analysis of adjunctive therapies in diabetic foot ulcers. J Vasc Surg 2016;63:46S.e1-2–58S.e1-2.
 
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[13] Löndahl M, et al. Hyperbaric oxygen therapy facilitates healing of chronic foot ulcers in patients with diabetes. Diabetes Care 2010;33:998–1003.
 


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mardi 31 octobre 2017

Fibrillation auriculaire : une nouvelle complication cardiaque du diabète de type 1

Auteur : 
Michael Joubert
Date Publication : 
Octobre 2017
 
Article du mois en accès libre
 
Dahlqvist S et al. Risk of atrial fibrillation in people with type 1 diabetes compared with matched controls from the general population: a prospective case-control study. Lancet Diabetes Endocrinol 2017;5:799-807. doi: 10.1016/S2213-8587(17)30262-0

 

La fibrillation auriculaire (FA) est le trouble du rythme cardiaque le plus fréquemment observé et sa survenue est associée au vieillissement ainsi qu’à la présence d’une cardiopathie associée. Le diabète de type 1 (DT1) est associé à une augmentation de l’incidence de cardiopathie ischémique et d’insuffisance cardiaque [1]. Cependant, le lien entre DT1 et FA n’avait jusqu’alors jamais été précisément étudié. De précédentes études avaient montré une association entre le diabète (quel qu’en soit l’étiologie) et la survenue de FA, mais sans qu’il soit possible de distinguer le poids du DT1 dans cette association pour laquelle le diabète de type 2 (DT2) a une implication prouvée [2,3]. Le but de l’étude de Dahlqvist et al. était donc d’éclaircir cette question, en recherchant s’il existe une association entre DT1 et FA, et si cette association varie selon le niveau de contrôle glycémique et selon la présence, ou non, d’une néphropathie diabétique, complication du DT1 bien connue pour augmenter le risque cardiovasculaire [4].
Pour répondre à cette question, cette équipe a réalisé une étude prospective cas-contrôle grâce au Swedish National Diabetes Registry (SNDR), le registre national Suédois qui comporte les données de traitement, de suivi, des complications et des comorbidités de tous les patients suédois atteints de diabète depuis 1996, date à laquelle il a été mis en place. Depuis sa création, ce registre est implémenté au fil de l’eau principalement par transfert automatisé des données enregistrées dans les logiciels de suivi des hôpitaux et/ou des cabinets de ville, mais il est également possible de rentrer directement des données dans le SNDR. Dans ce registre, le DT1 est défini par sa survenue avant l’âge de 30 ans et par la nécessité d’un traitement exclusif par insuline. Cette définition a été évaluée dans une précédente étude comme correspondant réellement à des sujets atteints de DT1 dans 97% des cas. Pour chaque sujet DT1 de ce registre, 5 sujets contrôles ont été appariés sur l’âge et le sexe. Les données concernant ces sujets contrôles étaient issues du registre général de santé Suédois qui est également régulièrement implémenté selon la même méthode que celle décrite pour le SNDR. Dans ces deux registres, l’identification de la FA a également été validée par une étude antérieure, montrant que sa détermination par les critères du registre est juste dans 96,5% des cas. Dans cette étude, d’autres registres/database ont été utilisés : le registre national Suédois de mortalité (afin de déterminer les cause des décès), la base de donnée des compagnies d’assurance ainsi que la base de donnée des études de marché (afin de déterminer le niveau d’éducation ainsi que l’origine géographique – né en Suède ou provenant d’un autre pays). Parmi les sujets contrôles, ceux présentant une FA avant le début du suivi prospectif ont été exclus de l’analyse. L’ensemble de la cohorte (sujets DT1 et sujets contrôles) a été suivie entre 2001 et 2013, afin de déterminer l’incidence de la FA, stratifiée par âge, sexe, niveau de contrôle glycémique et fonction rénale.
Pendant la période de l’étude, 36 258 patients DT1 et 179 980 sujets contrôles appariés ont pu être analysés. Les caractéristiques des patients DT1 au début du suivi étaient les suivantes : âge moyen 35,6±14,6 ans ; 45% de femmes ; ancienneté du diabète 20,3±14,8 années et HbA1c moyenne 8,2±1,5%. Le suivi médian fut de 9,7 (IQR 5,2-13,0) et de 10,2 (IQR 5,7-13,0) années chez les sujets DT1 et contrôles, respectivement. Au cours du suivi, 749 patients DT1 (2%) et 2882 sujets contrôles (2%) ont développés une FA, ce qui représentait une incidence de 2,35 pour 1000 personnes-années (IC 95% 2,19-2,53) pour les patients DT1 et de 1,76 pour 1000 personnes-années (IC 95% 1,70-1,83) pour les sujets contrôles. L’analyse de régression par modèle de Cox, après ajustement sur l’âge, les comorbidités, l’ancienneté du diabète, le pays d’origine et le niveau d’éducation, a montré une incidence plus importante de FA chez les patients diabétiques vs les sujets contrôles, de façon moins marquée chez les hommes que chez les femmes : HR 1,13 (IC 95% 1,01-1,25; p=0,029) chez les hommes et 1,50 (1,30-1,72; p<0,0001) chez les femmes. Ce résultat restait quasi-identique chez les hommes et chez les femmes après exclusion des sujets qui présentaient une cardiopathie ischémique ou une insuffisance cardiaque à l’inclusion : HR 1,14 (IC 95% 1,01-1,28; p=0,033) chez les hommes et 1,48 (1,28-1,74; p<0,0001) chez les femmes. L’analyse de sensibilité par sous-groupes d’âge a montré que le sur-risque de développer une FA était maximal chez les hommes DT1 âgés de 35 à 49 ans (HR 1,42 (1,10-1,84; p=0,0075)) et chez les femmes DT1 âgées de 50 à 64 ans (HR 1,60 (1,27-2,03; p<0,0001)), comparativement aux sujets contrôles de même sexe et tranche d’âge. Par ailleurs, d’autres analyses de sensibilité ont montré que le sur-risque de FA chez les patients DT1 vs les sujets contrôles était d’autant plus important que l’HbA1c était élevée et que les patients DT1 avaient une néphropathie diabétique à un stade avancé. Ainsi, l’incidence de FA chez les patients DT1 était maximale dans le sous-groupe avec HbA1c ≥ 9,7% (HR 2,32 (1,80-2,99)), dans le sous-groupe avec macro-protéinurie (HR 1,89 (1,54-2,31)) et dans le sous-groupe avec insuffisance rénale stade 5 (débit de filtration glomérulaire – DFG≤15mL/min/1,73m2) (HR 5,85 (4,60-7,43)), et ce après ajustements multiples comme décrit précédemment.

Cette étude est donc la première à montrer une association entre le DT1 et la survenue de FA, cette association étant d’autant plus marquée chez les femmes. Chez les hommes, cette association n’était significative que pour les patients DT1 avec HbA1c élevée et néphropathie diabétique évoluée. Il faut souligner que chez les patients DT1 de sexe masculin avec DFG>60 mL/min/1,73m2, il n’a été retrouvé aucun sur-risque de FA, quelque soit le niveau d’HbA1c. Il n’est pas étonnant que la présence d’une néphropathie soit un facteur de risque de FA dans la mesure où l’hypertension artérielle est fortement pourvoyeuse de cette pathologie rythmique cardiaque. L’incidence augmentée de FA chez les patients DT1 représente un risque cardiaque supplémentaire qui s’ajoute à l’incidence élevée d’infarctus du myocarde et d’insuffisance cardiaque déjà démontrée dans cette population (> 4 fois plus élevée que dans la population générale). De plus, la présence d’une insuffisance cardiaque peut, en elle-même, favoriser la survenue de FA. Dans le DT2, une association entre diabète et FA avait été antérieurement mise en évidence dans une population de patients DT2, uniquement chez les femmes (HR 1,26 ; 95% CI 1,08-1,46), alors que cette association n’était pas significative chez les hommes [5]. Cependant, une méta-analyse plus récente a retrouvé une association diabète-FA quel que soit le sexe [3].

Plusieurs limites inhérentes au dessin de l’étude de Dahlqvist S et al. doivent être citées. Tout d’abord, le début de la survenue de la FA correspondait à la date de sa découverte mais cette anomalie rythmique n’est parfois mise en évidence que plusieurs mois après sa survenue réelle. Par ailleurs, un nombre non négligeable de patients atteints de FA aurait pu également rester sans diagnostic, notamment les patients qui présentaient des épisodes de FA paroxystique. En effet, il n’y avait pas de dépistage systématique de cette anomalie du rythme cardiaque dans la population de cette cohorte.

Quoiqu’il en soit, cette étude est importante car elle suggère que la FA est une complication cardiaque du DT1 qui doit être dépistée et traitée précocement afin d’en limiter les conséquences potentielles dont l’accident vasculaire cérébral ischémique. Le clinicien doit d’autant plus rechercher cette complication en cas de mauvais équilibre glycémique ou de néphropathie évoluée associée. Pour dépister la FA, même si l’ECG reste l’examen de confirmation, les auteurs de cet article conseillent en première intention une évaluation clinique du rythme cardiaque par palpation du pouls ou par auscultation cardiaque.

A nous cliniciens de ne pas oublier ces gestes simples lorsque nous examinons nos patients atteints de DT1 ...

 

Références

[1] Livingstone SJ et al. Risk of cardiovascular disease and total mortality in adults with type 1 diabetes: Scottish registry linkage study. PLoS Med 2012; 9:e1001321.
 
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[4] de Boer IH et al. Albuminuria Changes and Cardiovascular and Renal Outcomes in Type 1 Diabetes: The DCCT/EDIC Study. Clin J Am Soc Nephrol 2016;11:1969-1977.
 
[5] Nichols GA et al. Independent contribution of diabetes to increased prevalence and incidence of atrial fibrillation. Diabetes Care 2009;32:1851-1856.
 


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lundi 2 octobre 2017

La chirurgie bariatrique pour les adolescents : quels résultats à long terme ? Résultats d’une méta-analyse à 3 ans

Auteur : 
Bénédicte Gaborit
Date Publication : 
Septembre 2017
 
Article du mois en accès libre
 
Shoar et al. Long-Term Outcome of Bariatric Surgery in Morbidly Obese Adolescents: a Systematic Review and Meta-Analysis of 950 Patients with a Minimum of 3 years Follow-Up. Obes Surg. 2017 Jun 2. doi: 10.1007/s11695-017-2738-y

 

L’obésité touche de plus en plus les sujets jeunes et les classes sociales les plus défavorisées, qui n’ont pas forcément accès aux soins et à la chirurgie bariatrique (CB) [1,2]. Il s’agit d’une véritable préoccupation mondiale, car les complications de l’obésité massive acquises à un jeune âge telles que l’hypertension artérielle (HTA), le diabète de type 2 (DT2), l’insuffisance rénale chronique, l’asthme, le syndrome d’apnées du sommeil, et les troubles de la statique rachidienne régressent rarement à l’âge adulte. La CB chez les adolescents est de plus en plus pratiquée aux Etats-Unis où la prévalence de l’obésité est la plus importante, mais des données de sécurité sur le long terme manquent encore, notamment sur le risque de carences nutritionnelles. L’étude de Inge et al., publiée en 2016 dans le New England Journal of Medicine rapportait une perte de poids conséquente chez les adolescents obèses opérés (-27%), et une réduction significative des comorbidités (95% de rémission de DT2), mais révélait 57% d’hypoferritinémie à 3 ans, et un taux de ré-intervention intra-abdominale non négligeable de 13% [3]. Une revue de la littérature s’imposait sur cette population particulièrement à risque de rupture de suivi. C’est l’objet de cette méta-analyse qui a colligé l’ensemble des études publiées sur le devenir de patients obèses adolescents ayant bénéficié de CB, après au moins 3 ans de suivi.
Les critères d’éligibilité portaient sur des études originales publiées en anglais avant janvier 2017 concernant des adolescents ou population pédiatrique (âge au moment de la chirurgie <18 ans) opérés de CB et suivis pendant au moins 3 ans. Seules les études concernant des obésités non génétiques, des primo-interventions de CB, et comptant au moins 10 patients ont été incluses. Les critères d’évaluation primaires étaient la perte de poids et la régression des comorbidités. Les critères d’évaluation secondaires portaient sur les complications post-opératoires, les carences nutritionnelles, et les autres effets secondaires attribuables à la chirurgie.
Au total, 3193 publications originales ont été sélectionnées sur le titre/abstract, 1832 ont été retenues après exclusion des doublons, et 45 ont fait l’objet d’une analyse de texte intégral. Seize ont validé les critères d’éligibilité et de qualité, et 14 études comprenant au total 950 adolescents souffrant d’obésité massive opérés entre 2003 et 2016 ont finalement été analysées après extraction des données globales. Il s’agissait de 8 études rétrospectives (n=301 patients, 31,7%), 4 études prospectives observationnelles (n=621 patients, 65,4%) et 2 séries de cas (n=28 patients, 2,9%). La moyenne de suivi des adolescents s’étalait de 2 à 23 années post-opératoires, soit une moyenne supérieure à 3 ans. Le sexe ratio était rapporté dans 12 études (n=875, 92,1%) avec une majorité d’adolescentes opérées (72,8%). La moyenne d’âge des patients variait de 12 à 19 années avec une fourchette d’IMC préopératoire très large (26 à 91 kg/m2). Les comorbidités les plus fréquentes étaient la dyslipidémie (58,8%), l’HTA (36,1%), la dyspnée (15,9%), et le DT2 (11%). L’intervention la plus pratiquée était le by-pass gastrique Roux en Y (47,7%), puis l’anneau gastrique (27,9%), et enfin la sleeve-gastrectomie (15,6%). Une seule étude rapportait des dérivations bilio-pancréatiques (n=68, 7,1%).
Après un minimum de 3 ans de suivi, les données ont pu être obtenues pour 677 patients (71,3%). La perte d’IMC s’étalait de -11,3 à -33 kg/m2. Deux études ont observé un regain pondéral lors du dernier suivi (après la troisième année post opératoire, n=6, 13,9%). Onze études ont rapporté l’évolution des comorbidités. Parmi ces dernières, la dyslipidémie était la comorbidité la plus souvent persistante (n=213, 33%), suivie de l’HTA (n=118, 18,3%), de la dyspnée (n=63, 9,8%), et du diabète (n=28, 4,3%). Le taux de réadmission en post-opératoire était de 11,4%, incluant 91 ré-interventions (9,6%). Trois décès ont été observés (0,3%), un lié à une hypoglycémie post by-pass et 2 non liés à la procédure chirurgicale. Dans 7 études, le devenir chirurgical des patients était rapporté (n=224, 23,6%). Parmi les ré-interventions pratiquées, une conversion de l’anneau en by-pass était le plus couramment choisie (n=31, 58,5%), suivie par le retrait d’anneau (n=15, 28,3%), ou la conversion en dérivation bilio-pancréatique (n=2, 3,8%).

Cette méta-analyse montre la même tendance pour la CB que chez l’adulte à savoir, à partir de 2009, un recours plus fréquent à des techniques non réversibles telles que la sleeve ou le by-pass chez les adolescents [4]. La moyenne de perte d’IMC (-13,3 kg/m²) est quant à elle comparable à celle observée dans d’autres études qui montrent également la supériorité du by-pass sur les autres techniques en terme de perte pondérale [5,6]. Concernant la régression des comorbidités, on peut souligner la faible qualité des études, et la variabilité des définitions utilisées. Une observation intéressante est la persistance à long terme de la dyslipidémie pour 1/3 des adolescents, suggérant que le suivi métabolique doit être poursuivi. Quant aux ré-interventions, elles étaient assez fréquentes (7,9%), mais avec une incidence moindre que chez l’adulte (entre 9 et 20 %) [7], et étaient décidées pour deux raisons principales : échec de perte de poids ou complication post-opératoire. La mortalité est comparable aux autres études et à ce qui est retrouvé chez l’adulte après CB, et confirme les résultats d’une étude âge spécifique sur les causes de mortalité après by-pass chez les jeunes < 35 ans, comme les accidents de la voie publique, les suicides et les évènements hypoglycémiques [8]. On déplore évidemment le manque de données sur les carences nutritionnelles et l’adhérence au traitement par vitamines de cette population souvent en période transitionnelle, et sur le suivi des éventuelles grossesses chez ces femmes jeunes. En France, les recommandations de l’HAS de janvier 2016 sur les indications de chirurgie bariatrique chez les moins de 18 ans [9], marquent la volonté d’encadrement de cette procédure et rappellent qu’il faut que l’adolescent ait plus de 15 ans avec un stade de Tanner ≥ IV, un suivi pluri-professionnel par un centre spécialisé d’obésité (CSO) à compétence pédiatrique avec une préparation spécifique d’au moins 12 mois, et la nécessité d’au moins deux réunions de concertation pluridisciplinaire. Il est fort à parier que les CSO à compétence pédiatrique ne vont pas manquer de travail dans les années à venir et devront mettre en place rapidement un parcours coordonné avec les équipes adultes pour un suivi de cette population tout au long de la vie.

 

Références

[1] Chung A, et al. Trends in child and adolescent obesity prevalence in economically advanced countries according to socioeconomic position: a systematic review. Obes Rev. 2016;17: 276–95.
 
[2] Kelleher DC, et al. Recent national trends in the use of adolescent inpatient bariatric surgery: 2000 through 2009. JAMA Pediatr. 2013;167:126–32.
 
[3] Inge TH, Courcoulas AP, Jenkins TM, et al. Weight loss and health status 3 years after bariatric surgery in adolescents. N Engl J Med. 2016;374: 113–23.
 
[4] Pallati P, et al. Trends in adolescent bariatric surgery evaluated by UHC database collection. Surg Endosc. 2012;26: 3077–81.
 
[5] Paulus GF, et al. Bariatric surgery in morbidly obese adolescents: a systematic review andmeta-analysis. Obes Surg. 2015;25: 860–78.
 
[6] Black JA, et al. Bariatric surgery for obese children and adolescents: a systematic review and meta-analysis. Obes Rev. 2013; 14: 634–44.
 
[7] Kellogg TA, et al. Patterns of readmission and reoperation within 90 days after roux-en-Y gastric bypass. Surg Obes Relat Dis. 2009;5: 416–23.
 
[8] Davidson LE, et al. Association of patient age at gastric bypass surgery with long-term all-cause and cause-specific mortality. JAMA Surg. 2016;151: 631–7.
 


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