mercredi 28 mars 2018

Le risque de suicide est augmenté après chirurgie bariatrique !

Auteur : 
Manuel Dolz
Date Publication : 
Mars 2018
 
Article du mois en accès libre
 
Neovius M et al. Risk of suicide and non-fatal self-harm after bariatric surgery: results from two matched cohort studies. Lancet Diabetes Endocrinol 2018 march;6:197-207. 10.1016/S2213-8587(17)30437-0

 

La chirurgie bariatrique permet de réduire significativement de nombreux risques auxquels sont exposés les patients obèses : mort prématurée, événements cardiovasculaires, diabète et son cortège de complications micro et macrovasculaires… Les niveaux de preuve sont élevés et la balance bénéfices/risques est clairement en faveur de la chirurgie pour tous ces critères. Toutefois, un problème émerge dans la littérature : celui de l’impact de la chirurgie de l’obésité sur la santé mentale de nos patients. Ainsi, plusieurs publications signalent une augmentation de l’abus d’alcool ou de traitements anxiolytiques ou antidépresseurs après certaines interventions [1,2]. Il apparaît aussi des alertes sur l’existence d'un risque accru de suicide après chirurgie comparativement à la population générale ou aux patients obèses non opérés [3]. Ces constatations ne sont toutefois pas systématiquement rapportées [4,5]. Ainsi dans une étude danoise de cohorte qui avait exclu les patients ayant des antécédents de contact avec les services psychiatriques, la fréquence des suicides n’était pas différente entre les patients traités par chirurgie bariatrique et ceux admis à l'hôpital avec un diagnostic d'obésité mais n'ayant pas subi de chirurgie bariatrique [4].

Neovius M et al ont donc réalisé cette étude dans le but de comparer le risque de suicide ou de tentative d’autolyse chez des sujets obèses opérés comparativement à des obèses non opérés, en tenant compte du statut psychiatrique à l’inclusion. Pour cela, Ils ont utilisé les données de la Swedish Obese Subjects (SOS) study [6] et celles d’une étude nationale combinant le registre scandinave de chirurgie de l'obésité (SOReg) [7] et la base de données Itrim Health Database (Itrim).
Rappelons que SOS est une étude d’intervention prospective, non-randomisée, contrôlée incluant des sujets obèses recrutés entre 1987 à 2001. Les patients choisissant la chirurgie constituaient le groupe chirurgical (n=2010). Le choix de la procédure dans le groupe de chirurgie bariatrique a été fait par le chirurgien (265 [13%] bypass gastriques, 376 [19%] anneaux gastriques, et 1369 [68%] sleeve gastrectomies). Le groupe contrôle, composé de 2037 individus obèses choisissant de ne pas subir une chirurgie, avait les mêmes critères d’inclusion (âgés de 37 à 60 ans et un IMC≥34 kg/m² chez les hommes et ≥38 kg/m² chez les femmes) et d'exclusion (dont la boulimie, l’abus de drogues ou d'alcool, les problèmes psychiatriques ou de coopération contre-idiquant la chirurgie bariatrique). Les patients témoins ont reçu le traitement non chirurgical de l'obésité habituellement mis en œuvre dans leur centre d'inclusion. Il n’y a eu aucune tentative pour standardiser le traitement non chirurgical, qui allait de l'intervention sophistiquée sur le mode de vie à l'absence de traitement. Ces 2 groupes étaient appariés sur 18 variables, dont quatre variables psychosociales possédant une association documentée avec la mort, et deux traits de personnalité liés à la préférence thérapeutique.
Le SOReg est un registre prospectif national débuté en 2007 couvrant 98,5% des interventions bariatriques réalisées en Suède. Parmi les 30081 patients de SOReg ayant eu une chirurgie bariatrique au cours de la période d'étude (du 1er janvier 2007 au 31 décembre 2012), 26388 (88%) ont eu un bypass gastrique et étaient éligibles. La base de données Itrim recueille de manière prospective les données des personnes inscrites au programme Itrim de perte de poids commercial dans 38 centres à travers la Suède. Les centres utilisent une plateforme informatique commune pour le suivi trimestriel (par exemple, le poids corporel mesuré, le tour de taille et la pression artérielle…) et l’analyse des données a concerné 18365 (58%) des 31414 patients commençant le programme de modifications intensives du style de vie du 1er janvier 2006 au 31 décembre 2013. Après l'appariement des 2 cohortes (catégories d’âges, d’IMC, sexe, niveau d'éducation, diabète, maladies cardiovasculaires, antécédents d'automutilation, mésusage de substances, anti-dépresseurs, anxiolytiques et antécédents de soins psychiatriques), 20256 (77%) des participants traités par un bypass gastrique et 16162 (88%) participants traités par une modification intensive du mode de vie étaient disponibles pour analyse (SOReg plus Itrim).
Les participants au programme intensif Itrim (groupe contrôle) ont bénéficié d’une phase de perte de poids de 3 mois avec un régime hypocalorique ou très hypocalorique sur la base de l'IMC initial, des préférences personnelles et des contre-indications. Après la phase de perte de poids, les patients ont suivi un programme de maintien du poids de 9 mois incluant l'exercice (entraînement au centre 2-3 fois par semaine pendant 30-45 min et l'utilisation du podomètre pour encourager la marche) et des conseils diététiques. Les changements de comportement ont été facilités par un programme structuré, comprenant 20 séances d'une heure en groupe et des séances individuelles réalisées tout au long du programme. Le programme Itrim peut donc être assimilé à un « coaching », les patients n’étant pas livrés à eux-mêmes comme ont pu l’être certains patients du groupe contrôle de la SOS study. Toutefois, dans la SOS, les deux groupes ont eu un suivi identique avec des examens physiques et des questionnaires à l’inclusion, à 6 mois, et à 1, 2, 3, 4, 6, 8, 10, 15 et 20 ans.
Cette différence de prise en charge dans les groupes contrôles a eu un impact sur les pertes pondérales moyennes des 2 cohortes. Ainsi, pour SOS, la perte de poids du groupe chirurgie et du groupe contrôle étaient respectivement de -23% (SD 11; -28kg [SD 14]) et 0 (8; 0kg [9]) à 2 ans, -17% (12; -21kg [15]) et 1% (13; 1kg [14]) à 10 ans et -16% (13; -21kg [17]) et -1% (14; -2kg [16]) à 15 ans. Dans la cohorte SOReg plus Itrim, la perte moyenne du poids sur 1 an était de -32% (7; -37kg [10]) dans le groupe chirurgie, et de -15% (9; -18kg [11]) dans le groupe contrôle.

Les morts par suicide, les visites médicales pour automutilation, abus de substances et autres causes psychiatriques, ainsi que pour les maladies cardiovasculaires, ont été récupérées à partir du Registre National des Causes de Décès et du Registre National des Patients. Les données sur l'utilisation de médicaments psychiatriques étaient retrouvées sur les registres d’inclusion de SOS et dans le registre des médicaments prescrits dans SOReg plus Itrim. L'utilisation autodéclarée de drogues dans SOS correspondait aux données du Registre National des Médicaments d'Ordonnance.

Au cours des 68528 années-personnes dans SOS (médiane 18 ans, IQR 14-21), les suicides ou les comportements auto-agressifs non mortels étaient plus élevés dans le groupe chirurgie (n=87) que dans le groupe témoin (n=49; [aHR] 1,78, IC 95% 1,23-2,57, p=0,0021); parmi ces événements, neuf étaient des suicides, dans le groupe chirugie et trois dans le goupe contrôle (3,06 [0,79-11,88], p=0,11). Après ajustement sur la présence d’un diabète et des maladies cardiovasculaires à l’inslusion, les résultats sont similaires pour le suicide ou l'automutilation non mortelle (1,74 [1,20-2,52], p=0,0033) et pour le suicide (3,33, [0,86-12,97], p=0,083). Ce sur-risque de suicide ou de comportements auto-agressifs non mortels était observé avec toutes les procédures par rapport aux témoins: bypass gastrique 3,48 [1,65-7,31], p=0,0010 ; anneau gastrique 2,43 [1,23-4,8], p=0,011 ; et sleeve-gastrectomie 2,25 (1·37-3·71), p=0,0015. L’intoxication médicamenteuse était la méthode la plus courante pour mourir par suicide (78% [7/9] pour la chirurgie et 100% [3/3] pour les témoins), ou par automutilation non fatale (70% [57/81] et 53% [25/47]). Parmi les neuf suicides dans le groupe chirurgie, cinq sont survenus chez des patients traités par bypass gastrique. L'abus de substance a été enregistré chez 48% [39/81] des patients du groupe chirurgie et 28% [13/47] des participants du groupe témoin avec des comportements auto-agressifs non fatals (p = 0,023).

C’est le même constat dans la cohorte SOReg plus Itrim. Au cours des 149582 années-personnes (médiane 3,9, IQR 2,8-5,2), les suicides ou les comportements auto-agressifs non mortels étaient plus élevés dans le groupe bypass gastrique (n=341) que dans groupe contrôle Itrim (n=84, aHR 3,16, 2,46-4,06, p<0,0001); parmi ces événements, 33 et 5 étaient des suicides, groupes bypass et contrôle respectivement (5,17, 1,86-14,37, p=0,0017). Comme dans SOS, l'intoxication était la méthode de suicide la plus courante (79% [26/33] pour la chirurgie et 80% [4/5] dans le groupe contrôle) et l'automutilation non fatale (68 % [214/316] et 59% [47/80]). Parmi les participants présentant des comportements auto-agressifs non mortels, les diagnostics de toxicomanie étaient plus fréquents après un bypass gastrique qu'après une modification intensive du mode de vie (51% [162/316] vs 29% [23/80], p=0,0003). Il n’y avait pas de lien entre le degré de perte de poids et le poids à l’inclusion et le risque de suicide ou d’événement d'automutilation non mortel.

Les résultats de cette étude apportent les preuves les plus fortes à ce jour d'une association entre chirurgie et comportement suicidaire. Certes il s’agit d’une association dans deux cohortes appariées non randomisées, mais possédant de grandes qualités complémentaires (suivi prolongé pour SOS, groupe intensif dans Itrim en particulier). Il faut garder à l’esprit que le suicide reste un événement rare en valeur absolue (neuf contre trois suicides dans SOS et trente trois contre cinq dans SOReg plus Itrim), et il est difficile d’imaginer la mise en œuvre d’un essai randomisé de taille et de durée suffisantes pour évaluer le risque de suicide après une chirurgie bariatrique.

D’autres études seront nécessaires pour mieux appréhender les mécanismes impliqués dans cette augmentation du taux de suicide. On peut bien sûr évoquer la piste de bouleversements psychologiques après la chirurgie (modification de l’image du corps, troubles des conduites alimentaires…), mais également celle d’altérations neuroendocriniennes avec des changements dans les systèmes de signalisation de la ghréline, du GLP-1, du NPY et des endocannabinoïdes (ainsi que les synergies potentielles entre ces changements) qui affectent non seulement le contrôle énergétique, mais aussi les réponses hédoniques avec des effets sur l'humeur, l'anxiété et la dépression. Par ailleurs des changements morphologiques induits par la chirurgie bariatrique peuvent également produire des altérations de l'absorption et du métabolisme de l'alcool (et de certains médicaments), une oxydation réduite de l'alcool et une vidange gastro-intestinale accélérée…

Y’avait-il un intérêt propre à mener cette étude en Suède au-delà de sa faisabilité tirant profit de la force des registres scandinaves ? En fait en 2014 en Suède, la prévalence d'un IMC≥35 kg/m² n’est pas plus inquiétante qu’ailleurs, estimée à 5-6%. Mais la Suède en 2013 avait l'un des pourcentages les plus élevés de procédures de chirurgie bariatrique dans le monde pour sa population totale (0,08 % contre 0,04% aux Etats-Unis) [8] et chez les patients opérés pour obésité, la prévalence de la dépression, de l'automutilation et de la toxicomanie avant chirurgie était environ deux fois plus élevée que dans la population générale de Suède [9], alors même que le taux de suicide normalisé selon l'âge pour 100000 habitants étaient de 12,3 en Suède, similaire à la moyenne des pays de l’OCDE (12,0) et aux États-Unis (12,5) [10]. Or dans les 2 cohortes, le sur-risque de suicide ou d'automutilation non mortelle persistait lors des analyses en sous-groupes tenant compte de l’existence ou non à l’inclusion de troubles psychiatriques ou d’antécédents d'automutilation. Cela souligne l’importance d’une sélection soigneuse des patients telle que mise en exergue par les recommandations. L'évaluation préopératoire ne doit donc pas seulement être diagnostique, mais doit être utilisée pour améliorer la sécurité et l'efficacité du traitement chirurgical en identifiant les zones de vulnérabilité potentielle, les défis et les forces pour créer un plan de traitement personnalisé. Il convient donc de bien faire la différence entre le risque collectif et le risque à l’échelle individuelIe. Il apparaît qu’un soutien psychologique postopératoire à long terme est tout aussi crucial et les mesures de soutien postopératoires devraient en particulier inclure une évaluation clinique pour identifier tout facteur de risque modifiable de suicide ou d'automutilation afin qu'une stratégie thérapeutique puisse être proposée pour réduire ce sur-risque.

 

Références

[1] Arterburn DE, Courcoulas AP. Bariatric surgery for obesity and metabolic conditions in adults. BMJ 2014; 349: g3961.
 
[2] Courcoulas AP, et al. Long-term outcomes of bariatric surgery: a National Institutes of Health symposium. JAMA Surg 2014;149(12):1323-29.
 
[3] Lagerros YT, et al. Suicide, self-harm, and depression after gastric bypass surgery: a nationwide cohort study. Ann Surg 2017;265(2):235-43.
 
[4] Kovacs Z, et al. Risk of psychiatric disorders, self-harm behaviour and service use associated with bariatric surgery. Acta Psychiatr Scand 2017;135(2):149-58.
 
[5] Adams TD, et al. Health benefits of gastric bypass surgery after 6 years. JAMA 2012;308:1122-31.
 
[6] Sjostrom L, et al. Effects of bariatric surgery on mortality in Swedish obese subjects. N Engl J Med 2007;357(8):741-52.
 
[7] Hedenbro JL, et al. Formation of the Scandinavian Obesity Surgery Registry, SOReg. Obes Surg 2015;25(10):1893-900.
 
[8] Angrisani L, et al. Bariatric surgery worldwide 2013. Obes Surg 2015;25(10):1822-32.
 
[9] Backman O, et al. Alcohol and substance abuse, depression and suicide attempts after Roux-en-Y gastric bypass surgery. Br J Surg 2016;103(10):1336-42.
 
[10] OECD. Suicide rates: age-standardised rates per 100 000 population, 2013 or latest available year.
 


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lundi 19 mars 2018

Team Novo Nordisk, saison 2018

Comme vous le savez certainement, je suis un fan de vélo. Sport que je pratique moi-même, que ce soit dans les chemins à VTT, ou sur la route, (cf. #LeDefideFred ). Je suis un supporter d’une équipe cycliste, le Team Novo Nordisk, que l’on pourrait décrire comme « hors du commun« . Avant de continuer, je précise […]

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lundi 26 février 2018

Metformine et insuffisance rénale : nouvelles données pharmacocinétiques

Auteur : 
Michael Joubert
Date Publication : 
Février 2018
 
Article du mois en accès libre
 
Lalau JD et al. Metformin Treatment in Patients With Type 2 Diabetes and Chronic Kidney Disease Stages 3A, 3B, or 4. Diabetes Care 2018 Jan 5. pii: dc172231. 10.2337/dc17-2231. [Epub ahead of print].

 

Dans toutes les recommandations et prises de position d’experts, la metformine (MET) reste le traitement de première intention dans le diabète de type 2 (DT2). Les données de pharmacocinétique concernant la MET montrent que cette molécule n’est pas métabolisée, qu’elle ne se lie pas aux protéines, et qu’elle est rapidement éliminée par le rein. L’élimination rénale de la MET fait appel à un mécanisme de filtration glomérulaire passive et à un mécanisme de sécrétion tubulaire active qui est limité et ne peut compenser la perte de filtration glomérulaire lorsque le DFG s’abaisse [1]. C’est la raison pour laquelle il est recommandé de ne pas utiliser la MET en cas d’insuffisance rénale modérée à sévère, cette situation pouvant aboutir, en théorie, à une accumulation de la molécule et à un risque majoré d’acidose lactique, complication rare mais grave chez les patients utilisateurs de ce traitement. Du fait d’une probable surestimation de ce risque, les autorités de santé américaines et européennes ont assoupli les modalités de prescription de la MET, levant la contre-indication de ce traitement pour les patients présentant une insuffisance rénale modérée (stade 3A, débit de filtration glomérulaire DFG entre 45 et 59 mL/mn et stade 3B, DFG entre 30 et 44 mL/min), sous couvert d’une réduction posologique [2,3]. Cette décision n’était pas étayée par des données pharmacocinétiques jusqu’à ce qu’une équipe française décide de répondre à cette question.

Jean-Daniel Lalau et al. ont réalisé une étude à plusieurs volets chez des patients DT2 sans (stade 1, DFG 90-120 mL/min) ou avec insuffisance rénale de stade 2, 3A, 3B, 4, ou 5 (DFG 60-89, 45-59, 30-44, 15-29 et <15 mL/min) comportant : (i) une étude pharmacocinétique après une dose unique de 500 mg de MET (ii) une évaluation de la concentration plasmatique et érythrocytaire après une semaine de MET et (iii) une étude d’exposition à la metformine sur 4 mois. Pour ces trois volets, le principal critère d’évaluation était la concentration plasmatique de MET, considérée comme modérément élevée pour des valeurs de 2,5-5 mg/L et élevée pour des valeurs > 5 mg/L, seuil de sécurité à ne pas dépasser d’après la FDA [4]. Les patients inclus dans cette étude étaient atteints de DT2, avec une HbA1c > 6,5%, un taux de lactate de base < 2,5 mmol/L et une fonction rénale allant du stade 1 au stade 5. Leur fonction rénale devait en outre être stable (< 30% de variation du DFG sur les 3 mois précédant l’étude) et ils étaient exclus s’ils changeaient de plus de 2 stades d’insuffisance rénale pendant l’étude. Les différentes explorations ont été analysées par sous-groupes de patients, selon leur fonction rénale (groupe 1, 2, 3A, 3B, 4 et 5). L’insuffisance hépatique sévère, la grossesse et l’allaitement étaient des critères de non inclusion dans cette étude.

Pour l’étude de pharmacocinétique, cinq patients des groupes 3A, 3B et 4, traités depuis au moins un mois par MET, recevaient une dose unique de 500 mg de MET à 08h30 le jour de l’exploration, avec dosages de MET plasmatique et érythrocytaire avant la prise et à 0,5, 1, 2, 4, 6, 8, 12 et 24 heures après la prise. Pour tous les paramètres pharmacocinétiques étudiés (AUC, Tmax, T1/2, Cmax, Cavss (average steady state concentration)), aucune différence n’a été mise en évidence entre les trois groupes 3A, 3B et 4.

Concernant l’étude d’exposition pendant une semaine, 78 patients répartis dans les groupes 1, 2, 3A, 3B, 4 et 5 recevaient trois séquences d’une semaine de traitement par MET à 500, 1000 ou 2000 mg/j, avec une semaine de wash-out entre chaque séquence. Les dosages de MET plasmatique étaient réalisés 12 heures après la dernière prise de MET à chaque semaine de traitement. A la dose de 500 mg/j, seul un patient (dans le groupe 4) a présenté une MET plasmatique entre 2,5 et 5 mg/L. A la dose de 1000 mg/j, 5 patients ont présenté une MET plasmatique entre 2,5 et 5 mg/L, et un patient une valeur de MET > 5 mg/L (tous dans les groupes 4 et 5). A la dose de 2000 mg/j, 17 patients ont présenté une MET plasmatique entre 2,5 et 5 et deux patients > 5 mg/L (dans les groupes 3A, 3B, 4 et 5). Pour toutes les doses testées de MET, les auteurs ont mis en évidence une relation inverse entre le DFG et la concentration plasmatique de MET, 12 heures après la dernière prise de la séquence de traitement d’une semaine. Pour cette étude d’exposition d’une semaine, aucun patient n’a présenté d’hyperlactatémie > 5 mmol/L. Seul un patient a présenté une élévation modérée des lactates entre 2,5 et 3 mmol/L, sans corrélation avec son taux plasmatique de MET qui était bas. Au terme de cette étude d’exposition d’une semaine, les auteurs ont choisi d’utiliser une dose de MET de 1500, 1000 et 500 mg/j pour les patients des groupes 3A, 3B et 4, respectivement, pour l’étude d’exposition de 4 mois.

Pour cette étude d’exposition de 4 mois, dernier volet de l’exploration, 46 patients des groupes 3A, 3B et 4 ont reçu 1500, 1000 et 500 mg/j de MET pendant 4 mois. La concentration de MET plasmatique ainsi que la lactatémie étaient mesurées chaque mois, 12 heures après la dernière prise de MET (ou 24 h pour les patients du groupe 4 ne prenant que 500 mg/j le matin). La concentration plasmatique de MET est restée stable tout au long de l’étude, pour les patients des trois groupes, avec seulement quelques valeurs de MET plasmatique entre 2,5 et 5 mg/L mais aucune valeur > 5 mg/L. Quant à la lactatémie, seulement 6 patients ont présenté des valeurs > 2,5 mmol/L dont un seul patient > 5 mmol/L dans un contexte d’infarctus. La MET a dû être interrompue chez seulement 2 patients. Aucune corrélation n’a été mise en évidence entre la concentration plasmatique de MET et la lactatémie.

Ces données robustes constituent le premier rapport exposant clairement la pharmacocinétique de la metformine chez les patients DT2 en insuffisance rénale modérée ou sévère. A la lumière de ces résultats, il apparaît que la dose de 500 mg/j de MET n’a pas entraîné d’élévation de la concentration plasmatique de ce médicament au dessus du seuil de sécurité de 5 mg/L, quelque soit le DFG considéré. En revanche, la dose de 2000 mg/j de MET était clairement trop élevée pour les patients DT2 avec une insuffisance rénale stade 3, 4 ou 5. La dose intermédiaire de 1000 mg/j était responsable d’une élévation de la concentration plasmatique de MET > 2,5 mg/L chez quelques patients.

Ainsi, ces données suggèrent que les doses de MET à ne pas dépasser chez les sujets DT2 avec une insuffisance rénale stade 3A (DFG 45-59 mL/min) et stade 3B (DFG 30-44 mL/min) sont respectivement de 1500 et 1000 mg/j. De plus, cette étude ouvre la voie à une réflexion d’utilisation de MET pour des patients DT2 présentant une insuffisance rénale stade 4 (DFG 15-29 mL/min), avec une posologie adaptée de ce médicament. Il faut cependant souligner que le MET reste encore à ce jour contre-indiquée en cas de DFG < 30 mL/min. Concernant la sécurité d’utilisation, le dosage de MET plasmatique étant coûteux et sa concentration n’étant pas corrélée à la lactatémie, il semble plus pragmatique de proposer un dosage de lactate pour les patients DT2 insuffisants rénaux fragiles, notamment lors d’un événement intercurrent, afin de décider de la poursuite ou non de ce traitement. En effet, une lactatémie à deux reprises entre 2,5 et 5 mmol/L ou une seule fois > 5 mmol/L doit faire arrêter la MET, afin de ne pas exposer le patient à l’acidose lactique, complication rare mais grave de ce traitement.

 

Références

[1] Smith HW et al. The renal clearances of substituted hippuric acid derivatives and other aromatic acids in dog and man. J Clin Invest 1945;24:388-404.
 
[2] The EuropeanMedicines Agency (EMA). Use of metformin to treat diabetes now expanded to patients with moderately reduced kidney function: recommendations for patients with kidney impairment updated in product information [Internet], 2016. Available from (Accessed 7 March 2017) :
 
[3] The U.S. Food and Drug Administration (FDA). Drug Safety Communication : FDA revises warnings regarding use of the diabetes medicine metformin in certain patients with reduced kidney function [Internet], 2016. Available from (Accessed 7 March 2017) :
 
[4] The U.S. Food and Drug Administration (FDA). FDA label approved (revised) on 07/19/2013 for Metformin Hydrochloride, ANDA no. 091664 [Internet], 2013. Available from (Accessed 7 March 2017) :
 


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mardi 6 février 2018

Février 2018, de grosses nouveautés pour FreeStyle LibreLink

2 nouveautés intéressantes au menu de ce début février 2018 !   Commençons par les diabétiques utilisateurs de l’application LibreLink sur leurs smartphones Android. L’application LibreLink, disponible sur Android depuis maintenant plus d’un an et demi pour les utilisateurs Français, connaît une grosse mise à jour technique. En effet, depuis ce Mardi 6 février 2018, […]

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mercredi 31 janvier 2018

Quels sont les facteurs de survie des patients diabétiques de type 2 en hémodialyse ?

Auteur : 
Bénédicte Gaborit
Date Publication : 
Janvier 2018
 
Article du mois en accès libre
 
Triebswetter S et al. Long-Term Survivor Characteristics in Hemodialysis Patients with Type 2 Diabetes, Am J Nephrol. 2018; 47 : 30-39. doi: 10.1159/000485842

 

L’insuffisance rénale chronique terminale et le recours à l’hémodialyse concernaient en 2010 un total de 2,6 millions de personnes dans le monde. En 2030, ce chiffre atteindra plus de 5,4 millions d’individus [1]. Dans 22 % des cas, la maladie causale est le diabète [2]. Ceci représente un vrai challenge médico-économique car toutes les études pointent le sur-risque cardiovasculaire de ces patients. Bien que de nombreuses études aient tenté de prédire la survie chez les patients hémodialysés, peu se sont intéressées à une population uniquement diabétique sur le long terme (> 10 années de suivi) [3,4]. L’objectif de cette étude était de décrire la survie des patients diabétiques de type 2 (DT2) en hémodialyse d’après un essai randomisé multicentrique prospectif, l’étude 4D (German Diabetes Dialysis Study), et son étude observationnelle de suivi afin de déterminer les facteurs associés à la mortalité, prédéfinis en fonction de l’expertise clinique, la littérature et la possibilité de récupération des données.

L’étude 4D est un essai randomisé prospectif qui a inclus 1255 patients DT2 âgés entre 18 et 80 ans recrutés dans 178 centres de dialyse allemands entre mars 1998 et octobre 2002 [5]. Les patients ont été randomisés en double aveugle dans un bras atorvastatine 20 mg/jour (n = 619) ou placebo (n = 636). Le critère principal d’évaluation était un critère composite incluant la mortalité cardiovasculaire, l’infarctus non fatal et l’accident vasculaire cérébral non fatal. Dans l’étude princeps publiée dans le New England Journal of Medicine, il n’y avait pas de différence significative pour ce critère à la fin des 4 ans de suivi. Dans l’étude observationnelle de suivi, la poursuite de la statine a été laissée à la discrétion du néphrologue du patient. Lors de cette phase de suivi, des questionnaires ont été envoyés aux néphrologues par mail en 2006 et 2011. En l’absence de réponse, les médecins traitants, la famille, les centres hospitaliers et les mairies ont été contactées afin d’obtenir les certificats de décès.

Le critère d’analyse principal de l’étude était la mortalité toutes causes. Dix paramètres initiaux ont été choisis afin d’évaluer leur possible association avec la mortalité globale : âge, sexe, maladie cardiovasculaire, maladie cérébrovasculaire ou maladie artérielle périphérique, durée d’évolution du diabète, hémoglobine glyquée (HbA1c), albumine, indice de masse corporelle (IMC), et état de santé général. La maladie cardiovasculaire (CaVD) était définie par la survenue d’un des événements parmi les suivants avant le début de l’étude : infarctus du myocarde, pontage aorto-coronarien, angioplastie coronaire, arythmie, fibrillation auriculaire, valvulopathie, ou œdème aigu du poumon. La maladie cérébrovasculaire (CeVD) était un composite d’accident vasculaire cérébral (AVC), accident ischémique transitoire (AIT) et déficit neurologique ischémique prolongé réversible. La maladie artérielle périphérique (PVD) était définie par la présence d’une artériopathie oblitérante des membres inférieurs, et/ou la survenue d’une gangrène avant le début de l’étude. La perte d’autonomie était définie par la nécessité d’une aide à domicile au moins 1 heure et demi par jour pour la mobilité, l’hygiène, ou la nutrition. Pour toutes les variables, les données initiales issues de la visite de randomisation ont été utilisées.

Sur les 1255 patients DT2 en hémodialyse inclus dans l’étude 4D, 103 étaient vivants après les 11,5 années de médiane de suivi. Vingt patients ont été perdus de vue (1 pendant l’étude 4D, 19 durant la phase de suivi), et 46 ont été transplantés d’un rein ou d’une double greffe rein-pancréas. Les patients du groupe survivant étaient significativement plus jeunes (59,3 ± 8,8 versus 66,3 ± 8,0 ans, p<0,001 respectivement), étaient plus souvent des hommes (68 versus 53%, p=0,003), et avaient moins de maladie cardiovasculaire (33 versus 61%, p<0,001) ou de maladie artérielle périphérique (26,2 % versus 48,6%, p<0,001) que les patients du groupe non survivant. Les patients du groupe survivant avaient de plus une durée d’évolution du DT2 plus faible (16,3 ± 8,2 versus 18,3 ± 8,9 années, respectivement, p=0,034), un équilibre glycémique statistiquement meilleur (HbA1c 6,4 ± 1,3 versus 6,8 ± 1,3%, p=0,004), un IMC plus élevé (29 ± 5 versus 27,4 ± 4,8 kg/m2), moins de perte d’autonomie (8,7 versus 24,6%, p=0,001), et une durée de dialyse légèrement plus importante (12,9 versus 12,3 heures/semaine). Les deux groupes n’étaient par contre pas différents en termes de profil tensionnel ou lipidique.

Le risque de mortalité toutes causes augmentait de 3% par an avec l’âge (Hazard ratio 1,03, IC 95% [1,02-1,04]). Il n’existait pas de différence significative pour le sexe. La présence de maladie cardiovasculaire et artérielle périphérique étaient les paramètres qui étaient le plus associés à la mortalité (CaVD HR=1,42 IC 95% [1,25-1,62] et PVD HR=1,55 IC 95% [1,36-1,76], respectivement). Le déséquilibre glycémique représenté par l’HbA1c était associé à un sur-risque (HR=1,08 IC 95% [1,03-1,14]), de même pour la perte d’autonomie (HR=1,20 IC 95% [1,03-1,39]). Il n’existait pas d’association de la mortalité avec la maladie cérébrovasculaire, ou la durée d’évolution du diabète. En revanche, l’IMC élevé et le maintien des taux d’albumine étaient statistiquement associés à la survie : chaque augmentation d’1g/dL d’albumine diminuait le risque de 28% HR=0,72 IC 95% [0,59-0,89] ; chaque augmentation d’1 kg/m2 de l’IMC diminuait le risque de 2% HR=0,98 IC 95% [0,96-0,99].

Cette étude montre, chez des patients hémodialysés chroniques diabétiques de type 2, que la maladie artérielle coronaire et périphérique sont les facteurs les plus associés à la mortalité sur le long terme. Plus que la durée d’évolution du diabète, l’équilibre glycémique est significativement associé à un sur-risque alors que l’on retrouve le paradoxe du surpoids qui semble protecteur, probablement en miroir de la dénutrition, puisque l’IMC élevé et l’albumine sont significativement associés à la survie. Cette étude confirme les résultats d’autres études de mortalité effectuées sur des populations semblables en hémodialyse [4,6], mais étend ces données sur une population uniquement diabétique sur le long terme (au-delà de 10 ans). Le lien entre HbA1c et mortalité chez les hémodialysés n’est pas constant dans les études. L’augmentation du turnover érythrocytaire, et les traitements de stimulation de l’érythropoiétine conduisant à une réduction du temps de glycation de l’hémoglobine, l’HbA1c n’est peut être pas le juste reflet de la moyenne glycémique, ni le meilleur marqueur de suivi chez ces patients hémodialysés. De plus, on ne peut que regretter l’absence de suivi de ce paramètre qui n’a été évalué qu’au début de l’étude. La sous-population des patients atteints de DT2 représentant aux Etats-Unis déjà 45% de la population en hémodialyse, il est fort à penser que d’autres études viendront corroborer ces résultats intéressants.

 

Références

[1] Liyanage T, et al. : Worldwide access to treatment for end-stage kidney disease: a systematic review. Lancet 2015; 385: 1975–1982.
 
[2] ERA-EDTA Registry: ERA-EDTA Registry Annual Report 2013. Academic Medical Center, Department of Medical Informatics, Amsterdam, 2015.
 
[3] van Diepen M, et al. : Predicting mortality in patients with diabetes starting dialysis. PLoS One. 2014 Mar 4;9: e89744..
 
[4] Freedman BI, et al. : Glycated albumin and risk of death and hospitalizations in diabetic dialysis patients. Clin J Am Soc Nephrol 2011; 6: 1635–1643..
 
[5] Wanner C, et al : Atorvastatin in patients with type 2 diabetes mellitus undergoing hemodialysis. N Engl J Med 2005; 353: 238–248.
 
[6] Segall L, et al. : Protein-energy wasting, as well as overweight and obesity, is a long-term risk factor for mortality in chronic hemodialysis patients. Int Urol Nephrol 2014; 46: 615–621.
 


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dimanche 7 janvier 2018

L'imagerie fonctionnelle rétinienne : une méthode passionnante et très prometteuse pour étudier les troubles cognitifs des patients DT2.

Auteur : 
Manuel Dolz
Date Publication : 
Décembre 2017
 
Article du mois en accès libre
 
Ciudin A, et al. Retinal Microperimetry: A new tool for identifying patients with type 2 diabetes at risk for developing Alzheimer disease. Diabetes 2017 Dec;66(12):3098-3104. doi: 10.2337/db17-0382

 

Les patients atteints de diabète de type 2 (DT2) présentent une augmentation de la prévalence de troubles cognitifs légers (MCI pour mild cognitive impairment) et un risque significativement plus élevé de développer une maladie d'Alzheimer (MA) comparativement aux individus non diabétiques d'âge comparable [1]. Les MCI sont caractérisés par une déficience cognitive mise en évidence lors des tests standards (MMSE par exemple) mais sans altération des activités quotidiennes, et représentent un état transitoire entre des fonctions cognitives normales et la démence. Le taux de conversion annuel des MCI vers la démence varie entre 10% et 30% dans la population générale [2]. A présent, une atteinte cognitive sévère peut être considérée comme une «nouvelle» complication du diabète à long terme avec des conséquences parfois dramatiques pour les sujets affectés et leurs familles et avec un impact significatif en termes de santé publique [3]. Or le nombre de patients atteints de DT2 et de MCI ou de démence devrait augmenter en raison de l’augmentation conjointe de l’incidence du diabète et du vieillissement de la population dans le monde. Par conséquent, des stratégies sont nécessaires pour identifier les patients diabétiques qui sont à risque de démence.
Les auteurs rappellent que la rétine, en raison de ses correspondances anatomiques, embryologiques et physiologiques avec le cerveau, offre une «fenêtre» unique et facilement accessible pour étudier de manière non invasive les pathologies cérébrales [4]. Il apparaît, par conséquent, raisonnable de proposer que l'évaluation de paramètres rétiniens liés à la neurodégénérescence, comme la fonction rétinienne, pourrait être utile pour identifier les patients DT2 qui présentent un risque élevé de développer une MA.
Plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour mesurer la fonction rétinienne dont la micropérimétrie qui, dans des études récentes, serait encore plus sensible que l'électrorétinographie multifocale pour détecter les changements fonctionnels précoces de la rétine [5-6]. Il s’agit d’un test simple, non invasif et rapide, qui peut être utilisé dans la pratique clinique. La micropérimétrie mesure la sensibilité rétinienne en termes d'intensité lumineuse minimale que les patients peuvent percevoir lorsque des taches de lumière stimulent des zones spécifiques de la rétine. Elle permet donc une corrélation topographique exacte entre les détails du fond d'œil et la sensibilité à la lumière (sensibilité différentielle à la lumière). L'examinateur obtient donc une réponse fonctionnelle de la zone sélectionnée. Les altérations périmétriques reflètent l'atteinte des fibres visuelles.

Les principaux objectifs de cette étude étaient 1) d'évaluer si la sensibilité rétinienne évaluée par micropérimétrie est corrélée avec les paramètres de l'imagerie cérébrale anatomique (IRM) et fonctionnelle (TEP-18FDG) ; 2) déterminer si la sensibilité rétinienne évaluée par micropérimétrie discrimine les différents stades de déficience cognitive chez les patients DT2 (absence de déficience cognitive, MCI, et MA).

Il s’agit d’une étude cas-témoins prospective espagnole qui a inclus 35 patients atteints de MCI, sélectionnés parmi 214 patients DT2 consécutifs qui consultaient dans une clinique de la mémoire de Barcelone.
Les principaux critères d'inclusion étaient un âge supérieur à 65 ans, un DT2 découvert depuis plus de 5 ans, l’absence de rétinopathie diabétique ou la présence d’une rétinopathie non proliférante minime. Les patients présentant une rétinopathie diabétique plus avancée ont été exclus car une atteinte microvasculaire sévère peut contribuer à la neurodégénérescence rétinienne. Les autres principaux critères d'exclusion étaient : les patients atteints d'autres maladies neurodégénératives du cerveau ou de la rétine (par exemple, un glaucome) ou de maladies cérébro-vasculaires ; un taux d’HbA1c > 10%.
Chaque patient MCI a été apparié à un patient DT2 avec MA et un patient DT2 avec une cognition normale (NC). Les critères d’appariement étaient l'âge (79,55 ± 5,66 vs 77,02 ± 4,88 et 75,71 ± 7,04 ans, pour MCI, MA et NC respectivement), l’ancienneté du diabète (11,40 ± 6,92 vs 13,34 ± 9,70 vs 12,65 ± 6,50 ans) et les facteurs de risque cardiovasculaire classiques (hypertension et dyslipidémie). Les groupes étaient comparables en termes d’IMC (27,24 ± 3,92 vs 28,60 ± 4,24 vs 29,53 ± 3,79 kg/m²), de sexe (42,85 vs 51,42 vs 57,14 % d’hommes) ou d’antécédents familiaux de MA. Par ailleurs, 20 sujets sans diabète ont été inclus comme sujets témoins pour chacune des catégories cognitives (MA, MCI et NC).
Tous les patients ont eu des évaluations neuropsychologiques, neurologiques et psychiatriques complètes. La neurodégénérescence du cerveau a été évaluée par IRM (pour les changements structurels) et en TEP-18FDG (pour les changements fonctionnels). Les mesures de TEP-18FDG ont été réalisées sur les régions d'intérêt choisies, car souvent rapportées dans la littérature comme ayant un hypométabolisme chez des patients atteints de MA. L’analyse par micropérimétrie automatisée après dilatation pupillaire, a permis d’évaluer 29 points de mesure permettant la détection de petites anomalies du champ visuel dans la zone péri-fovéolaire. L'appareil calculait automatiquement l’index de fiabilité (qui évalue l'exactitude du test). Les valeurs moyennes de sensibilité rétinienne et de fiabilité des deux yeux ont été utilisées pour l’analyse.

Les résultats de ce travail suggèrent que la sensibilité rétinienne évaluée par micropérimétrie est bien liée à la neurodégénérescence du cerveau. En effet, la sensibilité rétinienne était significativement plus faible chez les patients DT2-MA que chez les patients DT2-MCI (17,11 ± 6,32 vs 21,68 ± 4,06 pour MA et MCI respectivement ; p < 0,0001). De plus, les patients DT2-MA et DT2-MCI présentaient une sensibilité rétinienne plus faible que les patients DT2 de même âge ayant une cognition normale (23,90 ± 1,40, p = 0,027). Des résultats similaires ont été obtenus dans le groupe témoin sans diabète, mais la différence entre les sujets NC et MCI n'a pas atteint le seuil de significativité. La moyenne de l'index de fiabilité du test de micropérimétrie était > 90% et non significativement différente dans tous les groupes (92,57 ± 10,92 vs 94,88 ± 7,16 vs 97,66 ± 8,97), indiquant ainsi que les mesures de sensibilité étaient précises. Une corrélation (r = 0,50; p < 0,0001) a été trouvée entre la sensibilité rétinienne et l'échelle cognitive ADAS-Cog chez les patients DT2 avec déficience cognitive.

Dans cette étude, la sensibilité rétinienne est également bien corrélée avec les paramètres topographiques de perte de tissu cérébral et d’hypométabolisme cérébral chez les patients DT2 avec déficience cognitive.
En IRM, une réduction significative des volumes du cerveau entier, de la substance grise, de l'hippocampe et du cortex moyen a été observée chez les patients atteints de MA par rapport aux patients atteints de MCI (p variant de 0,002 à < 0,001). En ce qui concerne la TEP-18FDG, une réduction significative de l'absorption du glucose a été détectée chez les patients atteints de MA par rapport aux patients atteints de MCI dans le cerveau entier, le gyrus angulaire, le gyrus cingulaire et en temporal (p variant de 0,016 à < 0,001).
La sensibilité rétinienne était directement corrélée avec le volume total de la substance grise (r = 0,38, p < 0,01), avec l'épaisseur moyenne du cortex (r = 0,37, p < 0,01) et le volume hippocampique (r = 0,35; p < 0,01). De plus, la sensibilité rétinienne était corrélée avec l'absorption du glucose dans le cerveau entier (r = 0,66; p < 0,001), dans le cortex angulaire gauche (r = 0,46; p < 0,001) et angulaire droite (r = 0,64; p < 0,001), dans la partie postérieure du cortex cingulaire (r = 0,48; P < 0,001) et en région temporale (gauche temporale: r = 0,55, p <  0,001; droite temporale: r = 0,32, p = 0,02). A noter qu’il existait une corrélation entre la sensibilité rétinienne et l'âge (r = 0,44, p <0,001), mais que toutes les corrélations entre la sensibilité rétinienne et les données d'IRM et de TEP-18FDG sont restées significatives après ajustement pour l'âge.

Guy De Maupassant avait écrit « L'oeil. En lui, il y a l'âme, il y a l'homme qui pense, l'homme qui aime, l'homme qui rit, l'homme qui souffre ! ». Ces mots raisonnent d’un sens nouveau à la lecture de cet article.

En effet, les diabétiques avec MCI ou MA sont des êtres potentiellement en souffrance : en plus des complications plus spécifiquement gériatriques (dénutrition, chutes, perte d’autonomie, isolement social…), une dysfonction cognitive non reconnue peut affecter l'observance du traitement et l'autogestion du diabète, entraînant ainsi un mauvais contrôle glycémique, des épisodes hypoglycémiques sévères plus fréquents et davantage d'hospitalisations [7]. L'identification des patients avec des stades prodromiques de la MA, comme le MCI, est donc essentielle. Cela permet de personnaliser leur prise en charge en adaptant les objectifs et les traitements et en sélectionnant les patients pour lesquels un bilan psychométrique plus exhaustif dans des centres spécialisés serait indiquée.

Les résultats de ce travail suggèrent que la neurodégénérescence de la rétine et du cerveau se développent en parallèle.

L’étude fonctionnelle du fond d’œil de patients diabétiques par micropérimétrie apparaît être un test de dépistage fiable pour identifier les patients DT2 aux premiers stades de la déficience cognitive. Comparativement à d’autres techniques qui sont plus difficiles à mettre en œuvre et chronophages, la micropérimétrie est un test simple qui nécessite moins de 5 min pour évaluer la fonction rétinienne. De plus cet examen est indépendant de la fixation et de tout autre mouvement oculaire [8]. Par conséquent, elle peut être particulièrement recommandée chez les patients âgés atteints de déficience cognitive.

Cette étude n’est pas exempte de certaines limites, en particulier l'inclusion de patients sélectionnés sur des critères stricts ce qui ne permet pas d'extrapoler les résultats à l'ensemble des patients DT2. Par conséquent, une étude avec des critères de sélection moins stricts sur une plus grande population sera nécessaire avant de conclure définitivement sur l’intérêt de cette technique afin d’examiner indirectement les événements qui se produisent dans le cerveau au cours des processus neurodégénératifs.

Tout de même, j’ose croire que nous sommes au début d’une nouvelle ère d’évaluation des processus neurodégénératifs grâce à l’exploration de notre rétine. Alors gardons l’œil ouvert !

 

Références

[1] Kopf D, Frölich L. Risk of incident Alzheimer's disease in diabetic patients: a systematic review of prospective trials. J Alzheimers Dis 2009;16(4):677-85.
 
[2] Morris JC, et al. Mild cognitive impairment represents early-stage Alzheimer disease. Arch Neurol 2001 Mar;58(3):397-405. PubMed.
 
[3] Simó R, et al. Cognitive impairment and dementia: a new emerging complication of type 2 diabetes-The diabetologist's perspective. Acta Diabetol 2017 May;54(5):417-424.
 
[4] Cheung CY, et al. Imaging retina to study dementia and stroke. Prog Retin Eye Res 2017 Mar;57:89-107.
 
[5] Acton JH, Greenstein VC.  Fundus-driven perimetry (microperimetry) compared to conventional static automated perimetry: similarities, differences, and clinical applications. Can J Ophthalmol 2013 Oct;48(5):358-63.
 
[6] Wu Z, et al. Comparison between multifocal electroretinography and microperimetry in age-related macular degeneration. Invest Ophthalmol Vis Sci 2014 Aug 26;55(10):6431-9.
 
[7] Tomlin A, Sinclair A. The influence of cognition on self-management of type 2 diabetes in older people. Psychol Res Behav Manag 2016 Jan 21;9:7-20.
doi : 10.2147/PRBM.S36238. eCollection 2016.
Review. PubMed PMID: 26855601
PubMed Central PMCID: PMC4727517
 
[8] Rohrschneider K, et al. Use of fundus perimetry(microperimetry) to quantify macular sensitivity. Prog Retin Eye Res 2008 Sep;27(5):536-48.
 


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vendredi 8 décembre 2017

Quel intérêt pour l’oxygénothérapie hyperbare dans la prise en charge du pied diabétique ischémique ?

Auteur : 
Kamel Mohammedi
Date Publication : 
Novembre 2017
 
Article du mois en accès libre
 
Katrien T.B. et al. Hyperbaric Oxygen Therapy in the Treatment of Ischemic Lower Extremity Ulcers in Patients With Diabetes: Results of the DAMO2CLES Multicenter Randomized Clinical Trial. Diabetes Care 2017 [Epub ahead of print]. doi: 10.2337/dc17-0654

 

Le « pied diabétique » est un problème majeur de santé publique. Les patients diabétiques ont un risque élevé, estimé entre 3 et 11 %, de développer une ulcération du pied [1]. Plusieurs complications sont impliquées dans le développement du pied diabétique, notamment la neuropathie périphérique, les infections, et l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs. Cette dernière complication est souvent associée à un pronostic podologique sévère [1, 2] avec un risque très élevé d’amputation majeure [3]. Les ulcères ischémiques des membres inférieurs sont souvent difficiles à cicatriser, nécessitant une prise en charge complexe et multidisciplinaire [4]. L’oxygénothérapie hyperbare (HBOT) permet d’améliorer l’oxygénation des tissus ulcérés, d’améliorer la cicatrisation, et éventuellement de prévenir les amputations [5-7]. Néanmoins, l’efficacité de la thérapie HBOT n’a pas été clairement démontrée, particulièrement en cas de pied diabétique ischémique. L’étude DAMO2CLES (Does Applying More Oxygen (O2) Cure Lower Extremity Sores?) a été conçue et conduite pour évaluer l’intérêt de la thérapie HBOT, en adjuvant des soins standards et de la revascularisation, dans la cicatrisation des ulcères ischémiques de pied et la prévention des amputations majeures, chez les patients diabétiques.

L’étude DAMO2CLES est un essai clinique multicentrique (24 centres aux Pays-Bas et un centre en Belgique) randomisé en 2 groupes parallèles comparant les soins standards seuls ou combinés à la thérapie HBOT. Les participants diabétiques (type 1 ou 2) répondant à tous les critères suivants ont été inclus : ulcère chronique (≥ 4 semaines) du pied gradé 2 à 4 selon la classification de Wagner, avec une atteinte ischémique nécessitant une revascularisation dont l’indication devait être retenue avant la randomisation. Les principaux critères d’exclusion ont été : antécédent d’amputation homolatérale majeure (au-dessus de la cheville), contre-indication absolue à la thérapie HBOT (exemples : BPCO stade IV, insuffisance cardiaque sévère avec FEVG <20 %, port de pacemaker, néoplasie métastatique, ou grossesse), insuffisance rénale terminale, chimiothérapie en cours, traitement par immunosuppresseurs, corticothérapie à forte dose (>10 mg/jour), ou l’incapacité de renseigner un questionnaire en néerlandais. Tous les participants ont bénéficié d’une revascularisation endovasculaire ou chirurgicale (de préférence avant la thérapie HBOT quand c’était possible) avec un traitement conservateur optimal (antibiotique, anticoagulant, contrôle du diabète) en plus des soins locaux selon les pratiques de chaque centre. La thérapie HBOT a été réalisée par des sessions de 90 minutes dans des chambres de pression 2,4 à 2,5 supérieures à la pression atmosphérique où les patients respiraient 100 % de FiO2 (fraction inspirée en oxygène) à l'exception de trois périodes de 5 minutes pendant lesquelles l'air ambiant était administré pour éviter l'intoxication à l'oxygène. Les participants randomisés dans le bras actif ont bénéficié d’une séance quotidienne (5 jours par semaine) de thérapie HBOT jusqu’à un maximum de 40 séances ou jusqu’à la cicatrisation complète. Les patients ont été suivis régulièrement à 3, 6, et 12 mois après l’inclusion.

Les valeurs moyennes des glycémies pendant le CGM (10,2 vs 9,9 mmol/L), de l’HbA1c (8,7 vs 8,7%) et d’ancienneté de diabète (24,5 vs 19,8 années) étaient comparables chez les patients avec un rCP < 200 ou > 600 pmol/L. En revanche, les patients avec déficit insulino-sécrétoire sévère ont eu plus rapidement besoin d’un traitement par insuline, avec des doses plus fortes et un recours plus fréquent au schéma basal-bolus, et avaient plus fréquemment des anticorps anti-ilôts positifs. La déviation standard des concentrations du glucose interstitiel était plus élevée dans le groupe ‘rCP bas’ en comparaison au groupe ‘rCP élevé’ (4,15 IC 95% [3,67 – 4,64]) vs 3,01 [2,65 – 3,38] mmol/L, p<0,001). L’indice MAGE n’était pas significativement différent entre les 2 groupes (7,05 [5,9 – 8,2] vs 6,03 [4,8 – 7,3] mmol/L, p=0,1). Les hypoglycémies étaient plus fréquentes dans le groupe avec déficit insulino-sécrétoire sévère : 16 sujets de ce groupe (94%) ont eu au moins un épisode d’hypoglycémie (≤ 4 mmol/L pendant ≥ 20 min) vs 7 (41%) dans le groupe avec insulino-sécrétion préservée (p<0,001). L’incidence des épisodes hypoglycémiques (5,5 [4,4 – 6,7] vs 2,1 [1,4 – 2,9] épisodes/personne/semaine, p=0,004) et leur durée totale (630 [329 – 931] vs 223 [14 – 431] minutes/personne/semaine, p=0,01) étaient plus élevées chez les sujets avec déficit insulino-sécrétoire sévère que chez ceux avec une sécrétion d’insuline conservée. Des différences comparables étaient observées avec les hypoglycémies plus basses (≤ 3 mmol/L) : incidence 1,8 [1,2 – 2,6] vs 0,4 [0,1 – 0,8] épisodes/personne/semaine (p=0,037); durée 199 [47 – 352] vs 31 [0 – 83] minutes/personne/semaine (p=0,049). Les mêmes tendances étaient observées pour les hypoglycémies sévères (définie par une valeur CGM ≤ 2,2 mmol/l), mais sans atteindre la signification statistique. L’index LBGI (Low Blood Glucose Index) était plus élevé dans le groupe avec faible concentration de rCP (5,5 [3,8 – 7,3] vs 1,9 [0,8 – 3,0], p<0,001). Les associations entre le rCP et la variabilité glycémique ou les hypoglycémies n’étaient pas influencées par le protocole d’insulinothérapie.

Les critères principaux de jugement ont été le sauvetage du membre inférieur (absence d’amputation majeure au-dessus de la cheville) et cicatrisation (ré-épithélialisation complète) de l’ulcère à 12 mois. Les critères secondaires de jugement ont été l’absence d’amputation mineure (un ou plusieurs orteils ou trans-métatarsienne), la survie sans amputation majeure, la nécessité de revascularisation supplémentaire, un nouvel ulcère, récidive de l’ulcère index déjà cicatrisé, toutes les complications et les morbidités liées (ou pas) à la thérapie HBOT, et la mortalité totale. La qualité de vie et le rapport coût-efficacité de la thérapie HBOT ont été également évalués, mais non rapportés dans la présente publication.

Entre juin 2013 et décembre 2015, 120 patients ont été inclus, 60 dans le groupe de soins standards (4 d’entre eux ont décidé de leur propre initiative d’avoir une thérapie HBOT) et 60 dans le groupe HBOT (seulement 39 ont complété l’étude, car 11 n’ont jamais commencé la thérapie, et 10 sont sortis de l’étude précocement).

Pendant le suivi, 13 patients (22 %) ont eu une amputation majeure dans le groupe de soins standards et 7 (12 %) dans le groupe HBOT. La thérapie HBOT était associée à un taux plus élevé, mais statistiquement non significatif, de sauvetage de membre inférieur en comparaison au traitement standard : risque relatif (RR) 0,54, IC95 % [0,23-1,26]. Les auteurs n’ont pas observé de différence entre les 2 groupes en termes de taux ou de délai de cicatrisation. Pendant l’étude, 29 (48 %) ulcères ont cicatrisé dans le groupe de soins standards et 33 (55 %) dans le groupe HBOT (RR 0,87 [0,60-1,26]). À la fin de l’étude, 28 (47 %) ulcères ont définitivement cicatrisé dans le groupe de soins standards et 30 (50 %) dans le groupe HBOT (RR 0,94 [0,66-1,33]). Des résultats comparables ont été observés après plusieurs analyses en per protocole.

À la fin de l’étude, 31 (52 %) et 38 (63 %) participants dans les 2 groupes standard et actif respectifs n’ont eu aucune amputation (mineure ou majeure) : RR 0,76 [0,50-1,16]. Le nombre de participants qui ont survécu à la fin de l’étude sans amputation majeure était plus élevé dans le groupe HBOT comparé au groupe standard : 49 (82 %) versus 41 (68 %), RR 0,58 [0,30-1,11], mais cette différence n’était pas significative statistiquement. Quatorze participants sont décédés pendant le suivi. Le taux de mortalité était plus faible, mais de façon non significative, dans le groupe HBOT comparé au groupe de soins standards : 9 (15 %) vs 5 (8 %), RR 0,56 [0,20-1,56]. La fréquence du recours à une revascularisation complémentaire était comparable entre les 2 groupes : 17 (28 %) vs 14 (23 %), RR 0,98 [0,81-1,19]. Le taux de récidive des ulcères et l’incidence des nouveaux ulcères étaient également similaires dans les 2 groupes. Deux évènements indésirables graves ont été potentiellement attribués à la thérapie HBOT (convulsion et perforation tympanique).

L’étude DAMO2CLES n’a pas réussi à démontrer l’efficacité de la thérapie HBOT par rapport aux soins standards pour améliorer le taux de cicatrisation des ulcères ischémiques des membres inférieurs ou de diminuer le risque d’amputation majeure chez les patients diabétiques. Les résultats négatifs de cette étude peuvent être expliqués par le faible effectif qui ne permet pas de détecter des différences modestes entre les 2 groupes. En plus, 35 % des participants du groupe HBOT n’ont pas commencé cette thérapie ou l’ont abandonné précocement. L’autre limite de cette étude est l’absence de méthode d’adjudication appropriée pour valider les évènements en insu du bras de randomisation.

Il est difficile de comparer ces données avec des études antérieures qui ont des résultats discordants avec plusieurs niveaux d’hétérogénéité (caractéristiques des plaies, statut vasculaire, protocole de la thérapie HBOT, et évènements testés) [8-10]. Il est toutefois important de noter qu’au moins trois études ont montré une amélioration du taux de cicatrisation d’ulcères et/ou une réduction du risque d’amputation chez des patients diabétiques [11-13]. Néanmoins, il est difficile de tirer des conclusions pratiques à partir de ces études à cause d’un suivi trop court, plusieurs biais méthodologiques, et un nombre limité de participants.

Au total, cette étude ne valide pas l’intérêt de la thérapie HBOT en adjuvant des soins standards dans la prise en charge des ulcères ischémiques des patients diabétiques. Une étude plus large, avec une meilleure observance thérapeutique et une adjudication des évènements testés, est indispensable pour mieux évaluer l’intérêt de cette thérapie.

 

Références

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